Critique : La Source des femmes

Par Louisa Amara
21 mai 2011
MAJ : 25 février 2020

Radu Mihaileanu, réalisateur roumain s'est passionné pour le Maghreb et les femmes de cette région en particulier. Leurs chants, la culture, les danses, les traditions, il nous révèle le fruit de ses recherches. Plongeant corps et âme dans un village où la tradition règne, il nous dépeint le quotidien de femmes soumises qui décident enfin de se révolter. Si l'histoire se déroule dans un lieu non précisé (Maghreb ou Moyen Orient) et sans véritable date, c'est aussi parce qu'elle aurait pu se dérouler n'importe où. C'est cet aspect universel qui touchera, on l'espère, le jury cannois.

De tout temps et de tout pays (zaï, zaï zaï !), les femmes ont été dominées par les hommes, et forcées à accomplir toutes sortes de tâches quotidiennes pénibles et dangereuses. Dans ce village, tous les jours les femmes risquent leur vie, et celle de leurs enfants à naitre, en allant chercher l'eau dans la montagne. C'est lors de l'enième fausse couche de l'une d'elles, que Leïla, meneuse du groupe, se révolte et propose alors sa stratégie : la grève de l'amour. Aucune femme du village ne se donnera à son mari, tant que l'eau n'arrivera pas directement au village. Malgré les coups, les menaces, les pressions, c'est unies qu'elles se battent. Ce combat sans violence rappelle les manifestations pacifiques de Gandhi. Tout comme le leader indien, Leila est instruite et se sert même des versets du Coran pour convaincre. Une ode à la tolérance, au progrès, à l'émancipation des femmes par le seul pouvoir qu'elles ont toutes : le sexe.

Et quel culot de la part du réalisateur d'avoir osé traité du sexe dans une société musulmane traditionnelle ! Faisant appel à l'héritage littéraire arabe, les Milles et une nuit, il nous rappelle que la sensualité des femmes arabes, leur science de la séduction légendaire, est toujours vivant. Et ce savoir, utilisé à bon escient, est une arme puissante. 

Pour porter ce film, où il n'est question que d'amour, de pouvoir, de politique et de religion (un peu), il fallait un groupe d'actrices à la hauteur. Leila Bekhti convainc par sa sensibilité, sa force dans un rôle qui exploite enfin tout son potentiel. La jeune Hafsia Herzi joue de son espièglerie naturelle pour interpréter la plus jeune sœur. Sabrina Ouazani, vive, sensuelle et drôle, est une des révélations du film. Sans oublier les ainées, Hiam Abbas, et surtout Biyouna, qui trouve un rôle à sa démesure. En face de ces femmes, peu d'hommes tirent leur épingle du jeu, on remarquera en particulier Saleh Bakri, en mari de Leila, érudit, courageux et très amoureux.

Un beau film universel, sensible et politique, qui trouvera écho, on l'espère au Maghreb, au  Moyen Orient, et dans tous les pays où les femmes sont opprimées.

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Flo1

Radu Mihaileanu réalise un conte moderne en langue arabe, avec une flopée d’actrices confirmées ou en devenir (Leïla Bekhti, Hiam Abbass, la marrante Biyouna, Hafsia Herzi, Sabrina Ouazani, il y a même Karim Leklou – superbe casting quoi !)…
Un acte de résistance sexuelle au sein d’un village suffisant à mettre à jour des conflits internes, qui touche aussi à la politique, au féminisme, à la sexualité, au consentement, au fondamentalisme, à l’écologie…
Tout un monde décrit, rythmé par de ponctuels chants racontant la situation et les revendications, sans aller complètement vers l’émancipation.
Jusqu’à ce qu’une étrangère trouve enfin officiellement sa place, tandis qu’une gentille ingénue décide de devenir elle-même une étrangère.