Critique : Habemus Papam

Simon Riaux | 13 mai 2011
Simon Riaux | 13 mai 2011
Quand on sait combien Moretti, au cours de sa carrière, a su naviguer entre la pure émotion (La Chambre du fils, palme d'or il y a quelques années) et la satire politico-sociale (Le Caïman), on était en droit d'attendre d'Habemus papam une charge enlevée et mordante contre l'institution ecclésiastique romaine.

Lorsqu'un nouveau pape est élu par le conclave, la foule est en liesse place Saint Pierre. Mais le nouveau Pontife ne se présente pas au balcon, contrairement à la tradition, victime d'une terrible crise de foi. En catastrophe un expert psychologue est dépêché pour résoudre le problème. Avec un semblable point de départ, le duel entre le thérapeute interprété par Moretti et le pape joué avec délectation par Piccoli promettait d'être grandiose. Première déception, il n'aura jamais lieu. Après une confrontation malicieuse et impertinente, leurs chemins se sépareront pour ne plus se croiser. Le psychologue se contentera de mettre en garde les cardinaux contre leurs abus d'anxiolytiques, tandis que le pape en fuite trimballera inlassablement sa mine défaite le long des ruelles romaines.

N'attendez pas du long-métrage une véritable critique de l'institution religieuse, elle n'arrivera pas. Les ecclésiastes apparaissent tout au plus vaguement ridicules et gentiment déphasés, sans que leur statut ou leur pouvoir soit jamais remis en cause. On regrette avec un peu d'amertume que la scène la plus « subversive » du film soit un match de beach volley sous les fenêtres de l'appartement pontifical, transformé en running gag vaudevillesque.

Pour autant, le réalisateur maîtrise parfaitement son oeuvre, et nous livre une comédie réussie. Les joutes verbales entre psychologues et religieux sont certes inoffensives, mais toujours savoureuses. On rit souvent, et toujours de bon coeur. Il faut voir Moretti s'improviser arbitre de volley et compter les points entre des cardinaux subitement retombés en enfance, ou encore voir ces derniers se faire naïvement balader par un attaché de presse, lui-même incapable de gérer la crise existentielle du souverain pontife.

Habemus Papam est une oeuvre charmante, qui enchante plus souvent qu'à son tour, mais sans jamais saisir son sujet à bras le corps. Paradoxalement, on a presque envie de recommander plus chaudement le film à des chrétiens désireux de découvrir le clergé sous un jour plus humain et touchant, qu'aux anti-cléricards radicaux, qui seront immanquablement déçus par la sagesse du propos.

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