Critique : The Karate kid

Renaud Moran | 3 août 2010
Renaud Moran | 3 août 2010

Film fétiche de toute une génération, mémorable nanar gnangnan pour d'autres ou juste un mauvais film pour beaucoup de cinéphiles, The Karate Kid est indéniablement devenu une franchise extrêmement populaire et une marque profitable. Preuve ultime s'il en fallait avec ce numéro 5 du nom qui a déjà rapporté 237 millions de dollars dans le monde, remake/reboot produit par Will « Papa » Smith pour être un véhicule de Jaden « Fiston » Smith, star en culotte courte qui porte le film du haut de ses 11 ans aux côtés de Jackie Chan. Mais du karaté, celui-ci n'a conservé que le nom, marque déposée oblige, puisque le titre approprié devrait plutôt s'écrire The Kung Fu Kid (d'ailleurs un temps considéré par les producteurs).

Conservant à peu de choses près la même structure et la même durée (que c'est long !), la version 2010 a déplacé son intrigue en Chine et rajeuni ses jeunes héros puisque les vrais faux ados de 16/17 ans sont devenus des vrais préados de 11/12 ans. Et le ponçage/lustrage karatesque a laissé place à l'enlèvement/accrochage/désaccrochage/habillage plus conforme au kung-fu, celui que Bruce Lee, Jackie Chan, Jet Li et consorts ont pratiqué et popularisé au dépend de l'art martial nippon au cours des trente dernières années. Pour le reste, c'est exactement la même histoire, malgré les désormais traditionnels clins d'œil et autres détails pour tout à la fois rendre hommage et se démarquer de son illustre modèle. Quelle(s) véritable(s) différence(s) alors ? Une œuvre d'art étant l'enfant de son temps, c'est tout naturellement que l'une ressemble à un film des années 80, un peu mièvre, esthétisant et artificiel quand l'autre affiche son ton moderne en se voulant plus cru, naturel et réaliste, caméra-épaule à l'appui.

La puérilité du propos et des enjeux « orphelin de mon père et marginalisé dans ma nouvelle école, j'en ai marre de me faire péter la gueule à la récré par des nazillons lobotomisés au service d'un maître maléfique qui dénature l'esprit des arts martiaux alors que je suis en train de vivre mon premier émoi sexuel » passe ici beaucoup mieux, et pour cause : ce sont encore des enfants au seuil de la puberté. On s'en doute, présence de Jackie Chan et son équipe oblige, les chorégraphies des combats sont meilleures et mieux découpées. Même si, du coup, on peut finir par trouver qu'il y a décidément quelque chose d'assez gênant et ambigu/ambivalent dans le fait de voir des gamins à la fois instruments et ouvriers d'un tel étalage de violence (ce qui était moins le cas avec l'original).

Jackie Chan ne fait pas oublier le génial Noriyuki « Pat » Morita a.k.a. Mr Miyagi (Rest in peace !) mais trouve là un rôle à la mesure de son talent, son meilleur depuis très très longtemps : peut-être Drunken Master 2 c'est dire... Parce que le meilleur du film, sa bonne idée, est, comme on l'a annoncé plus haut, de situer l'histoire en Chine, aujourd'hui, ce qui accentue le dépaysement, l'isolement et la détresse de son jeune héros, ressentis beaucoup plus fortement ici, là où Daniel Larusso troquait « simplement » sa petite ville du New Jersey pour une autre au cœur de la vallée californienne, grande banlieue de Los Angeles. Non pas la Chine des gratte-ciels luxueux ou de la campagne pauvre vu sur Envoyé Spécial ou dans d'autres films, mais un entre-deux plus rare, intéressant et fort à propos : le cœur de Pékin, celui des classes moyennes et des expats sans le sous, entre immeuble type HLM et ruelles typiques et historiques, les fameuses « Hutong » de la ville, où les enfants jouent au badminton et les vieux s'adonnent à la gym sur les appareils des nombreux jardins publics. On y découvre ainsi de manière très réaliste et assez exacte la vie qui s'y déroule au quotidien. Et l'histoire d'amour de s'en trouver légèrement compliquée et enrichie par une différence culturelle et raciale qui vient s'ajouter à la différence socio-économique du premier Karate Kid.

Au cœur d'un été moribond en ce qui concerne les blockbusters, ce n'est déjà pas si mal.

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