The Ghost Writer : critique

Vincent Julé | 13 février 2010 - MAJ : 29/02/2020 12:47
Vincent Julé | 13 février 2010 - MAJ : 29/02/2020 12:47

Faut-il mettre en perspective le dernier film de Polanski avec la récente affaire « Polanski » ? Certains le feront peut-être, prétextant que la manière dont son ghostwriter est enfermé dans cette maison sur une île de la côte est américaine fait écho à l'assignation à résidence du réalisateur dans son chalet suisse. Pourquoi pas, surtout que c'est là qu'il a fini le montage et la post-production du film. Toujours est-il que The Ghostwriter est bien une œuvre de l'isolement, de la solitude, à la première personne.

Lorsqu'un nègre littéraire (Ewan McGregor) accepte de rédiger les mémoires de l'ex-Premier ministre britannique Adam Lang (Pierce Brosnan), alors que son prédécesseur a été retrouvé mort dans d'étranges circonstances et que des accusations de crime de guerre tombent bientôt sur son employeur, le film semble prendre la tangente du thriller politique. Que va découvrir notre homme de l'ombre : des secrets de famille, un complot international, une vengeance personnelle ? Le spectateur connaît ses classiques et donc se frotte les mains à l'avance, de voir Ewan McGregor jouer les enquêteurs, aller de coup de théâtre en course-poursuite et confronter Pierce Brosnan.

 

Photo Ewan McGregor

 

Sauf que comme le dit Sandy, Ewan McGregor n'est pas Dustin Hoffman ou Robert Redford, et le film ni Marathon Man, Les trois jours du condor ou même les récents L'enquête, Jeux de pouvoir, etc. En effet, très vite, le ghostwriter est mis à l'écart, à l'ombre d'une grande maison au bord de la mer, sur une île perdue, en plein hiver. A l'intérieur, une décoration froide, déshumanisée, impersonnelle. A l'extérieur, le gris, la pluie, la tempête. L'accusation de crime de guerre et son raffut médiatique ne sont-ils qu'une bonne grosse excuse pour enfermer notre héros malgré lui, les tensions entre la femme (Olivia Williams) et la secrétaire (Kim Cattrall) une bonne grosse fausse piste pour écarter les soupçons ? De fait, la résolution finale, logique mais gratifiante, importe moins que la manière d'y arriver.

 

Photo Pierce Brosnan

 

Et sachant que Pierce Brosnan disparaît aussi très vite de l'équation, pour réapparaître à la télévision avec son sourire carnassier, que reste-t-il, que va-t-il se passer ? Ewan McGregor est donc quasiment seul, dans un huit clos au grand air, où il enquête à vélo, suit une piste au GPS et s'échappe à la cool, à l'ancienne. Des morceaux de bravoure aussi surprenants que désarmants, où Roman Polanski fait preuve d'un sens du timing et du montage aussi pur que terrassant. Privilégiant le décor, l'atmosphère, le mouvement, sa caméra fait penser, toutes proportions gardées, à la plume de certains écrivains américains contemporains : Donna Tartt, R.J. Ellory, Denis Lehane... Surtout dans la manière de placer le héros dans la scène, pour permettre au spectateur/lecteur d'appréhender the big picture. Ewan McGregor rappelle alors, après I love you Phillip Morris, qu'il n'est jamais aussi bon que dans la vulnérabilité, l'effacement et le second degré. Car il y en a de l'humour dans The Ghostwriter, inattendu, maîtrisé et conscient, comme pour rendre cette mise en abyme littérature/cinéma encore plus vertigineuse.

 

Affiche française

Résumé

Lecteurs

(2.5)

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