Critique : D'une seule voix

Thomas Messias | 10 novembre 2009
Thomas Messias | 10 novembre 2009

Délivrer un message d'espoir : c'est là toute l'ambition de Xavier de Lauzanne, qui a suivi pendant des semaines des chanteurs et musiciens venus d'Israël, de Cisjordanie et de Gaza, mélangés au sein d'une même troupe par un vieux briscard du monde musical. Après avoir réuni ces artistes sur une scène de Jérusalem, Jean-Yves Labat de Rossi a tenté de les emmener sur les routes de France pour faire découvrir leur art et montrer que le Proche-Orient peut être animé par autre chose que des désaccords. De ville en ville, et à travers les 14 concerts donnés sur 3 semaines, ils se jaugent, se jugent, s'apprécient et s'apprivoisent, même si les divergences de fond persistent. D'une seule voix montre ces rapprochements plus ou moins évidents entre des personnes qui n'auraient jamais pu se rencontrer en restant dans leur pays.


C'est la grande absurdité de tout cela : il faut un voyage en France, loin des tensions et des pressions de l'opinion, pour qu'enfin ces voisins daignent apprendre à se connaître et puissent discuter sans - trop - élever la voix. Ce qui leur permet de découvrir, ô surprise, que leurs quotidiens ne sont pas si différents, qu'ils connaissent les mêmes difficultés au jour le jour, et qu'ils sont traversés par des craintes semblables. La force du documentaire, c'est qu'il montre et utilise la puissance de cet effet miroir, qui apaise soudain les conflits. Même si les divergences politiques et idéologiques sont profondes, chacun a au moins l'occasion de réaliser que l'autre n'a rien d'un monstre, mais qu'il est régi par la même humanité faite de doutes et d'espérance.


Le message ne va pas plus loin, mais le film restitue si joliment cet esprit de corps qu'il est très facile de s'en contenter. Xavier de Lauzanne évite tout angélisme et ne tait pas les tensions - discussions très houleuses autour de la légitimité de la guerre - ou les désillusions. Entendre un jeune homme d'une vingtaine d'années affirmer qu'il ne verra pas la paix de son vivant a quelques chose de profondément déchirant. Mais lorsqu'il ajoute qu'il espère que ses enfants auront cette chance, on reprend espoir avec lui. Ponctué de moments amusants et d'instants d'émotion, tant en coulisses que sur les différentes scènes, D'une seule voix est un beau témoignage sur un projet qui, comme le souligne Jean-Yves Labat de Rossi, n'a pas vocation à faire changer les choses mais peut au moins tenter d'ouvrir la voie.

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