Mary et Max : Critique

Ilan Ferry | 26 septembre 2009
Ilan Ferry | 26 septembre 2009

A quoi reconnaît- on un coup de cœur ? A ses qualités cinématographiques ? Ses personnages atypiques ? Ou tout simplement cette incroyable faculté à nous cueillir au moment où l'on s'y attend le moins ? Difficile de répondre tant cette notion est avant tout soumise à la subjectivité et à la sensibilité de chacun. Or, en toute objectivité (et bonne foi !) Mary &Max regroupe toutes ces qualités et bien d'autres.

Canonisé par Pixar, le cinéma d'animation est en passe d'atteindre sa pleine maturité, qu'il soit post apocalyptique (Numéro 9) ou philosophique (Le sens de la vie pour 9,99$). Toutefois , là où ses congénères compensaient leurs scénarios trop abscons par une démesure visuelle ou des prétentions arty de mauvais augures, Mary&Max opte pour une certaine simplicité à base de métaphores imagées et autres envolées lyriques. Soit l'histoire de Mary, petite australienne grassouillette de 8 ans évoluant comme elle peut au sein d'une famille zombifiée à défaut d'être dysfonctionnelle, et Max, juif new-yorkais de 44 ans atteint de la maladie d'Asperger.

A priori rien de commun entre ces deux êtres si ce n'est un mal de vivre constant traduit par une curiosité presque hors normes vis-à-vis d'une société (et par une extension d'une existence) qu'ils ne comprennent pas. A des milliers de kilomètres l'un de l'autre, ils vont entreprendre sur vingt ans une longue et fructueuse correspondance, donnant ainsi lieu à l'une des plus belles histoires d'amitié du 7ème art.

 

 

 Sorte d'Harold et Maude sous acides, Mary&Max a de quoi révulser. Ce serait compter sans cette forme de poésie qui le rend tout de suite attachant. Et c'est bien là la grande force du film : faire passer le spectateur par toute une palette d'émotions à la fois contradictoires et cathartiques (entre rires et larmes) à partir d'un écrin extrêmement brut. Et si le réalisateur Adam Elliot ne s'adresse clairement pas à nos chères têtes blondes, il n'en oublie pas pour autant qu'aussi adulte soit son public, il demande avant tout à être touché sans être pris automatiquement pour un imbécile. Une requête parfaitement intégrée par le prisme des deux personnages principaux qui nous content cette belle histoire d'amitié à travers leurs yeux, entre pessimisme larvé et naïvetée exacerbée.

 

 

Dès lors impossible de ne pas ressentir de la tendresse pour cette petite boulotte de Mary et son correspondant totalement névrosé tant leurs visions du monde cachent une sombre lucidité qui au fond ne peut qu'emporter l'adhésion. Dans les rôles de Mary &Max, Toni Collette et Philip Seymour Hoffman parviennent à donner véritablement corps à leurs personnages tandis le stop motion sert magistralement la narration et le ton général du film. Plus qu'un gimmick, le procédé apporte une véritable plus value à l'ensemble, confirmant si besoin est que le  film d'animation est avant tout un genre destiné à évoluer de par son aspect protéiforme et ultra dynamique.

 

Résumé

Sombre, psychanalytique mais surtout drôle et terriblement humain, Mary&Max est certainement l'une des plus belles surprises de l'année et l'exemple même du coup de cœur qui prend son temps pour nous cueillir par surprise. Beau à en pleurer !

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(5.0)

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