Critique : L.A. Confidential

Ilan Ferry | 12 décembre 2008
Ilan Ferry | 12 décembre 2008

Quiconque connaît les œuvres de James Ellroy sait à quel point leurs adaptations cinématographiques peuvent se révéler être des exercices périlleux voire impossibles. A ce petit jeu, seuls Le Dahlia Noir et surtout L.A. Confidential réussirent à retranscrire fidèlement sur pellicule l'univers éminemment noir et malade d'Ellroy. Contrairement au Dahlia Noir, la réussite de L.A. Confidential réside plus dans son écriture que dans sa mise en scène, pourtant extrêmement élégante et oppressante.

Œuvre littéraire dantesque, saga policière brillante et foisonnante, L.A. Confidential  est aussi un véritable cauchemar scénaristique de par sa profusion de détails et d'intrigues. Cela n'a pourtant pas empêché Brian Helgeland de procéder à un travail d'écrémage brillantissime, véritable leçon de scénario pour tous les aspirants auteurs. En élagant un matériau de base tellement riche qu'il en devient terrifiant, Helgeland est parvenu à garder intacte la substance de l'œuvre matricielle où les obsessions de Bud White, Jack Vincennes et Ed Exley font écho aux dérives d'une société en pleine mutation.

 N'en déplaise à certains, L.A. Confidential est avant tout un film sur l'ambivalence où chaque élément relève de la duplicité. Du brutal Bud White (Russell Crowe, formidable de rage contenue) à Jack Vincennes, inspecteur cynique au grand cœur en passant par Ed Exley dont l'arrivisme cache une quête de justice jamais assouvie, chaque personnage assume pleinement sa part d'ombre comme partie intégrante d'une personnalité complexe. A cet égard, on retiendra surtout la présence de la vénéneuse Kim Basinger, à la fois femme fatale et femme enfant dont la beauté diaphane irradie chacune de ses scènes.

 Plus que ces figures tragiques, c'est avant tout Los Angeles qui est au centre de cette acerbe réflexion sur la fin du rêve américain. Ville tentaculaire gangrenée de l'intérieur, elle agit sur ses habitants comme  un doux venin au charmant parfum de déliquescence. Là encore, tout y est de l'ordre de la duplicité : derrière le masque irradiant du glamour se cache une autre réalité où règnent les icônes préfabriquées d'un Hollywood secret et décadent où la pureté n'est qu'une illusion imprimée sur pellicule. A la fois enfer paradisiaque et infernal jardin d'Eden, L..A. nous apparaît ici alors dans toute sa splendeur / horreur. Cette atmosphère de déclin teintée d'ironie, Curtis Hanson la retranscrit à merveille, sachant être à la fois doux et brutal, scandaleux et pudique à la fois. Pour toutes ces raisons, on peut aisément affirmer que L.A. Confidential est la meilleure adaptation d'Ellroy à ce jour.

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