Critique : Sagan

Jean-Noël Nicolau | 26 mai 2008
Jean-Noël Nicolau | 26 mai 2008

L’œuvre et la vie de Françoise Sagan se confondent pour former une « petite musique » qui énerva autant qu’elle ravit plusieurs générations de lecteurs. Décédée dans l'oubli avec une forme d’anonymat peu en rapport avec sa popularité passée, l’écrivain renaît chez Diane Kurys dans une œuvre qui transforme peu à peu ses nombreux défauts en autant de qualité. La première heure de Sagan inquiète, énerve un peu, déçoit parfois. Habitée par son rôle, en pleine fusion avec l’auteur, Sylvie Testud retrouve tous les tics et les manières de ce personnage hautement théâtral. Il faut un certain temps pour dépasser la performance d’actrice pour accrocher à cette petite bourgeoise capricieuse.

 

En effet, la mise en scène télévisuelle et les ellipses étonnantes n’aident pas à entrer dans l’œuvre. On a l’impression que les scènes s’enchaînent comme autant de passage obligés, sans permettre de pénétrer l’existence et les pensées de Sagan. Malgré la bonne volonté des acteurs (Pierre Palmade est idéal en Jacques Chazot), le film souffle le chaud et le froid sans vraiment choisir de tonalité. C’est lorsque Jeanne Balibar vient littéralement voler le spectacle que Sagan retourne la situation à son avantage. Son duo, franchement drôle et très touchant, avec Sylvie Testud fonctionne merveilleusement, comme une version française des deux terreurs d’Absolutely Fabulous.

 

Plus l’écrivain vieillit, plus on s’y attache. Les citations de ses ouvrages, follement brillantes, creusent doucement le sillon de la mélancolie décadente. Mais c’est surtout l’économie d’effets qui surprend agréablement. Sagan est suffisamment sexe, drogue et rock’n’roll en elle-même sans qu’il soit besoin de tomber dans les travers du biopic pompeux ou misérabiliste. Cette femme, moderne avant tout le monde, ne s’excuse jamais, assume pleinement ses défauts et ses innombrables vices. La solitude qui s’empare d’elle petit à petit n’en est que plus émouvante. Car il se dégage de Sagan une joie de vivre exceptionnelle, qui change agréablement du moralisme habituel. Il faut voir pour cela une scène gag avec toutou naïf et cocaïne éparpillée pour bien saisir la réussite de Diane Kurys.

 

Pas besoin de séquences choc, ni de plans explicites, la suggestion fait des miracles, donnant à la fois envie de se replonger dans l’œuvre de Sagan et de lui pardonner ses penchants les plus exaspérants. Oui, certains aspects de son existence sont gentiment écartés, et l’on sent que le film gagnerait en force avec une petite heure supplémentaire. Mais il reste cette agonie finale, celle d’un immense talent littéraire, libre et affirmé, qui tremble de peur en réalisant que sa solitude ne pourra jamais être guérie.

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