Critique : Gomorra

La Rédaction | 19 mai 2008
La Rédaction | 19 mai 2008

CRITIQUE POUR 

 

La mafia, ce n’est pas uniquement le bureau de Vito Corleone et le palais de Tony Montana. C’est également – pour ne pas dire surtout – de petites activités illégales qui se multiplient, de la corruption à tous les étages, de l’enrôlement et de la propagande. Gomorra tord le cou aux clichés trop souvent propagés par le cinéma, notamment à travers ces deux personnages d’ados qui ahanent à l’envi les dialogues de Scarface sans avoir vraiment conscience du fait qu’un mafieux ne passe pas son temps à sortir vainqueur de fusillades épiques et à troncher toutes les pétasses qui passent. Appartenir à cette famille hors du commun, c’est dire adieu à sa tranquillité et à sa cotisation retraite, c’est planquer ses liasses sous le matelas sans pouvoir en profiter, c’est s’obliger à trahir ses amis pour sauver sa propre peau… Rien de glamour ni de bling-bling dans tout cela. Un message salutaire à une époque où les gangsters font un peu trop rêver.

 

Film choral suivant le destin d’une demi-douzaine de personnages, Gomorra n’a pourtant rien d’un traité de pédagogie comme le fut par exemple Traffic pour le monde de la drogue. Le scénario est pourtant adapté par le journaliste Roberto Saviano d’après son propre livre, et pourtant il n’y a aucun désir d’exhaustivité ou d’exemplarité. Matteo Garrone livre plus de deux heures de vrai cinéma, tranches de vie brutes de décoffrage, où le sang ne fait jamais office de strass. Il est épais et visqueux, et dégueulasse les tapis et les ornements. Malgré son refus de tomber dans le cinéma-spectacle, le film passionne et fait trembler de bout en bout. Aussi antipathiques soient-ils, on s’attache à ces pauvres types et à leur sort, qui n’aura rien d’enviable quoi qu’il arrive.

 

La seule leçon du film, c’est celle-ci : la mafia, c’est pas rose, la mafia c’est morose. En équilibre instable pour le meilleur, Garrone réussit un mélange de gravité et d’humour, notamment lorsqu’il montre que certains magouilleurs de première considèrent en toute sincérité que leurs malversations sont autant d’œuvres de bienfaisance et que tuer quatre personnes pour en rendre une heureuse n’a rien de choquant. Mettant en lumière les contradictions et les absurdités d’un milieu détestable mais néanmoins constitué d’êtres humains, Gomorra est un vrai bijou, qu’il faudrait montrer aux gamins pour leur apprendre à la fois de quoi sont faits la vraie mafia et le vrai cinéma.

 

4,5/5 

 

Thomas Messias 

 

 

 

CRITIQUE CONTRE 

 

La Camorra (phénomène maffieux issu de la ville qui en français signifie « La protection) sévit particulièrement dans les provinces de Naples et Caserte. Matteo Garone a décidé de nous montrer toute la violence d’un système impitoyable à travers cinq portraits allant de deux ratés qui se prennent pour Tony Montana à un dangereux parrain. Adapté du best seller italien du même nom, ce film qui prône une sobriété infinie ne manquera pas de décourager les spectateurs les moins courageux.

En effet, il faut sacrément s’accrocher pour saisir la subtilité prétendue d’un scénario qui fait surtout la part belle aux dialogues plus anecdotiques les uns que les autres. Délaissant tout le côté glamour et romancé dont bénéficient d’habitude les films sur la mafia, Gomorra témoigne d’un véritable parti pris scénaristique. Mais si le réalisateur Matteo Garone ne manque pas de maitrise pour nous offrir de splendides plans, il peine cruellement à donner à son film l’essentiel : l’émotion, le souffle. Certifié 100% politique, le film ne prend pas le temps de planter le décor, de rendre attachants ses personnages, de les rendre humains tout simplement. Et pour la peine, ils auraient beau tous mourir que l’on s’en fiche complètement. C’est bien cela le problème, pour un film engagé qui est censé nous faire réfléchir sur une mafia qui contrôle, sans que l’on se rende vraiment compte, l’Italie et le reste du monde à plus ou moins grande échelle.

Dans sa dernière partie, ce très long métrage de 2h15 semble enfin trouver un peu de mordant. Mais il est déjà bien trop tard.  La sensation d’avoir passé cinq heures à attendre, tétanisé dans son fauteuil, que le film prenne enfin son envol est plus forte que tout. Et les habituels panneaux de sensibilisation à la fin du film ne nous rendrons pas plus cléments. Non, non, non, sans émotion un film n’est pas grand-chose.  La seule chair que nous offre Gomorra est celle de victimes désincarnées, pantins d’un cinéaste qui a oublié que le cinéma c’est aussi un public avec lequel il faut interagir. Les bons arguments ne font pas forcément les bons films.

 

2/5 

 

Jonathan Fischer 

Résumé

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