Critique : Barry Lyndon

Thomas Messias | 12 décembre 2007
Thomas Messias | 12 décembre 2007

Avec Barry Lyndon, Stanley Kubrick inventait un genre nouveau : le film de vampires sans vampires. Car Redmond Barry, le héros du film, est un atroce suceur de sang prêt à tout pour arriver à ses fins et vivre une existence confortable, bien planqué derrière l'argent des autres et un titre de noblesse fort opportun. Kubrick poursuit son exploration de la misère humaine à travers les âges, l'homme étant selon lui un animal égoïste et solitaire qui n'entretient quelques liens sociaux que pour donner le change. S'inspirant comme toujours d'une œuvre existente, en l'occurrence celle de William Makepeace Thackeray, Kubrick nous offre un bijou précieux, une pierre polie dont la tranquillité apparente cache à peine la perversité.

Sous une vitrine de film en costumes, Barry Lyndon est un constat pessimiste toujours d'actualité, une réflexion passionnante sur l'arrivisme et la force des liens du sang. Tout cela sous la forme d'un grand spectacle à la fois intime, épique et picaresque. Trois heures captivantes, avec très peu de plans, mais des plans d'une beauté vénéneuse, tableaux de maître oscillant sans cesse entre classicisme et naturalisme. L'un des attraits du film est évidemment sa lumière, le fait qu'il soit entièrement éclairé à la bougie et filmé à l'aide de lentilles Carl Zeiss faisant parties des histoires les plus connues faisant état du perfectionnisme du metteur en scène.

Pour autant, cette maniaquerie totale ne dessert jamais un film étonnamment bouleversant, qui respecte une certaine distance vis-à-vis de ses personnages pour mieux les montrer sous leur jour le plus fragile. On a beau détester ce Barry Lyndon, son destin nous importe. Il naît un suspense inattendu de ces scènes de duel au pistolet, réglées avec une précision d'horloger par un réalisateur dont on n'a jamais bien su s'il avait une quelconque affection pour ses personnages. Cette ambiguïté fait tout le sel de la filmographie kubrickienne, et en particulier de ce Barry Lyndon, fresque majestueuse et inoubliable qui parvient à se bonifier au film des visions.

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