Le Légende de Beowulf : Critique

Laurent Pécha | 20 novembre 2007
Laurent Pécha | 20 novembre 2007

Après avoir joué la carte grand public avec une visite au Père Noël pour tester les possibilités techniques de la performance capture (Le Pôle express), Zemeckis tombe avec La Légende de Beowulf du côté obscur et propose un tout autre morceau de réjouissance, nettement plus adulte et nettement moins recommandable pour tous les yeux (en dessous de 10 ans, mieux vaut s'abstenir). De bout en bout inégal mais toujours fascinant, ce film innovant (vous en connaissez des longs-métrages d'animation avec autant de violence graphique ?) invite à plus d'une vision pour en capter l'essence.

 

 

Réinventant grâce au script intelligent de Roger Avary et Neil « Sandman » Gaiman, une vieille légende nordique dont les origines et le sens ont, depuis la nuit des temps, prêté à confusion et interprétation, Zemeckis tente le patchwork gonflé d'offrir un spectacle barbare et spectaculaire (l'affrontement final force le respect) tout en créant de toutes pièces une brillante réflexion mélancolique sur la place des légendes et des mythes dans les croyances humaines. La dualité du récit est ainsi particulièrement déstabilisante. D'un côté, la liberté absolue que procure la technique de performance capture qui offre au cinéaste tout le loisir de créer des plans à la virtuosité époustouflante. D'un autre côté, cette sensation d'assister à un immense huit-clos esthétiquement pauvre : la salle de banquet, la grotte de Grendel et sa maman et puis...des allers-retours fulgurants et aériens entre les deux.

 

 

Plus d'une fois affaibli par une telle démarche à l'image des deux premières attaques de Grendel qui se ressemblent trop, La Légende de Beowulf s'avère inégal dans la perception des effets de la performance capture : les premiers rôles sont soignés, les autres, c'est plus proche de l'animation à la Shrek, donc peu réaliste). Mais l'oeuvre a, pour elle, au-delà de ses séquences gore ou tendues (les séquences avec Angelina Jolie possèdent un saisissant charme vénéneux), ce joli spleen lancinant autour de son héros finalement terriblement humain. Sans oublier qu'un film qui rend un hommage (involontaire ?) à l'une des scènes les plus drôles d'Austin Powers tout en invoquant en filagramme les fantômes d'un certain Homme qui tua Liberty Valance, ça mérite vraiment toute notre attention, qu'elle soit récompensée ou non.

 

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