Critique : Mirage de la vie

Nicolas Thys | 5 novembre 2007
Nicolas Thys | 5 novembre 2007

Le film entier, magnifique démonstration de force, est à l'image d'un des plans finaux. Alors qu'Annie vient visiter Sarah Jane à Los Angeles, une discussion s'installe, houleuse, la dernière avant les adieux définitifs entre les deux femmes et, quand la mère demande à sa fille si elle est heureuse, Sirk enchaine sur un panoramique et Sarah Jane se retrouve face à un miroir hurlant qu'elle est blanche, sa mère à l'arrière plan.

Tout le drame se joue en quelques instants : la question raciale, au cœur du film de Sirk alors qu'elle était plus vite éludée dans la version de Stahl, de la différence et de la non-acceptation de soi mais également la négation d'une liberté qui devrait passer, la faute aux conventions sociales racistes et rétrogrades, par un impossible oubli de ses racines et de l'amour que porte autrui. Sarah Jane veut être blanche, elle l'est presque en surface mais elle ne sera jamais que le reflet de ce qu'elle désire être, et sa mère, juste une image ou un mirage dans ce reflet, pesant de tout son poids pour lui rappeler qui elle est vraiment et d'où elle vient.

Mais on ressent également la charge physique imposée par Sirk qui, ne se contentant pas de poser une caméra et d'attendre, va chercher les émotions et les sensations au plus profond de ses personnages avec ses propres moyens : des mouvements de caméra amples, fluides, limpides donnant parfois le vertige. Sirk filme avec ses tripes et parvient, dans un exercice de mise en scène phénoménal, à faire ressurgir l'être véritable de chacun, à explorer les multiples recoins de l'âme des protagonistes.

La violence latente ou soudaine des situations qui parsème le film et les deux couples mère/fille, amplifiée à son paroxysme par Sirk et la flamboyance des images de Russel Metty, ne pouvaient qu'exploser dans un épilogue majestueux, certainement l'un des plus élégiaques et émouvants du cinéma hollywoodien.

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