Critique : Ennemi intime (L')

Laurent Pécha | 2 octobre 2007
Laurent Pécha | 2 octobre 2007

Il n'est pas encore sorti et déjà les références américaines fusent. Le Platoon de la Guerre d'Algérie proclame l'affiche. Comme quelques mois auparavant avec Indigènes et pas plus loin que dans nos colonnes, L'Ennemi intime se heurte à l'influence du cinéma ricain et son quasi monopole sur la mise en images spectaculaires de conflits guerriers. Situation pour le moins évidente quand on connaît la propension presque innée du pays de l'Oncle Sam à revenir sur ses interventions militaires qu'elles soient triomphales ou peu  glorieuses. Tout le contraire de la France qui a toujours eu un mal fou à proposer des œuvres fortes sur des faits d'armes pour le moins tendancieux (doit-on rappeler que le meilleur film et de loin sur la première guerre mondiale est toujours du ressort d'un américain nommé Kubrick et de ses Sentiers de la gloire). Or, c'est justement par sa capacité à prendre à bras le corps un sujet longtemps tabou et toujours très mal (voire pas du tout) expliqué que le film de Florent Emilio-Siri touche dans un premier temps aux tripes.

 

Toujours aussi bon technicien (le film a constamment de la gueule), le réalisateur de Nid de guêpes se met au service de son histoire et ne perd presque jamais le but fixé : un souci d'objectivité et d'absence de parti pris pour faire de L'Ennemi intime un film anti-guerre mémorable. Un pari en partie réussi tant l'œuvre grouille d'idées et d'intentions parfaitement digérées, la caution scénaristique de Patrick Rotman y étant pour beaucoup. Invitant dans sa descente aux enfers les fantômes de La 317ème section de Pierre Schoendoerffer (la vraie référence du film, elle est avant tout là), L'Ennemi intime joue à fond le parcours classique du récit initiatique qui transforme une brebis en loup (formidable Benoît Magimel comme l'ensemble du casting). Cet éternel discours-mise en images que ressasse le film de guerre, Siri l'utilise presque toujours à bon escient quitte à parfois tomber dans une certaine facilité, la dernière partie s'avérant plus maladroite comme si le cinéaste avait du mal à refermer la douloureuse page d'Histoire qu'il a si brillamment ouverte.

 

Moins définitif que ses plus célèbres confrères américains en leur temps (les Apocalypse now et autres Voyage au bout de l'enfer), L'Ennemi intime porte néanmoins fièrement l'étendard du film de guerre à la française (fut-il qu'il y en ait un). Film courageux, militant sans l'être et n'oubliant jamais son aspect spectaculaire, L'Ennemi intime est tout sauf un pavé dans la marre.

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