Critique : Lust, caution

Julien Foussereau | 31 août 2007
Julien Foussereau | 31 août 2007

Depuis bientôt une décennie, Ang Lee apparaît comme une valeur sûre et du cinéma chinois et du cinéma américain, son Oscar pour Brokeback Mountain, sa reconnaissance professionnelle ainsi que ses gros budgets en sont autant de preuves. Cette fois-ci, Ang Lee retourne au pays avec Lust caution, vaste film historique sur l'occupation de Shanghai par les Japonais dans les années 1930. Dans ce sombre contexte, Wong, une jeune femme naïve et fan de Cary Grant, tombe amoureuse de son chef de troupe de théâtre, un idéaliste fougueux fantasmant sur un acte de bravoure résistante... comme infiltrer le cercle très privé de ce traître de Mr Yee, collabo chargé de réprimer les poches de résistance, dans l'espoir de le supprimer.


Ce résumé, qui n'est pas sans rappeler celui de Black book, présage d'assez belles choses : l'idéal politico-moral malmené par la réalité d'un terrain plus ambigu au fil du temps ou la mise à mal du manichéisme sur le rapport occupant / oppressé.  Ang Lee se démène d'ailleurs assez bien en ce qui concerne l'introduction centrée sur le premier thème de son flashback qu'est, en fait,  Lust caution. L'ironie qu'il porte à l'égard de Wong et ses amis apprentis résistants fait partie des meilleurs moments, notamment à propos du fort embrigadement basé sur le sacrifice de l'individu telle cette « mise à jour » sexuelle de Wong effectuée par le régulier des bordels.


La dimension sexuelle, justement. Érotisme, il y a dans Lust caution. Érotisme tellement licencieux qu'il a fait rougir les censeurs américains qui lui ont sorti le carton NC-17. On n'y voit pas d'inconvénient pour peu que cela serve le récit. C'est là que le bât blesse tant le parfum de souffre équivaut ici à un désodorisant pour réfrigérateur. On devine le désir d'Ang Lee de plonger son public dans 156 minutes d'un bain vénéneux et sensuel. Or, il a beau mettre le paquet dans l'esthétisation de ses scènes de lit, Tony Leung peut bien dérouler avec application sa connaissance -impressionnante- du Kama Sutra (et de l'amour qui fait mal), ils ne nous empêchent pas de trouver le temps très long.


Cette déception sans appel s'explique par  l'approche comportementale trop désincarnée pour amener le trouble et la compassion nécessaires face aux malheurs d'une espionne qui, entre deux coïts bestiaux, souhaiterait être aimée avec la douceur et la tendresse de Cary Grant. Tony Leung et Wei Tang devraient être mystérieux, ils deviennent opaques sous l'effet de la mise en scène de plus en plus aseptisée de la deuxième partie. Jusqu'à leur disparition, irrémédiable, dans les méandres de l'indifférence.

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