Critique : La Famille indienne

Laurent Pécha | 6 mars 2007
Laurent Pécha | 6 mars 2007

Débutée en 2002 avec Lagaan suivi de Devdas, l'incursion du cinéma Bollywood sur les écrans français, sans connaître un succès foudroyant, a eu un impact suffisamment important pour que désormais les meilleurs films produits en Inde se frayent un chemin dans nos salles. En 2004, ce fut donc au tour de La Famille indienne de tenter sa chance pour séduire le public français. Avec seulement cinq copies, le film ne pouvait connaître qu'un succès d'estime (16 376 entrées France), et sa sortie DVD est donc la véritable occasion de promouvoir toute la richesse et la force du cinéma de Bollywood actuel. Car cette Famille indienne n'est pas n'importe laquelle des productions bollywoodiennes, mais tout simplement le plus grand succès de ces vingt dernières années en Inde, regroupant les plus grandes stars du pays. Il s'agit d'une fresque intimiste, romantique, mélodramatique exaltant des valeurs nobles et essentielles (l'amour de sa famille, la nécessité absolue de vivre en harmonie et en paix avec les siens), portée et magnifiée par une bande originale exceptionnelle et des chorégraphies étourdissantes de virtuosité, de luxe et de panache.


Si, en termes d'audace de mise en scène, le cinéma Bollywood sait offrir des œuvres encore plus novatrices et osées (on pense aux films de Ram Gopal Varma), La Famille indienne constitue toutefois une bénédiction de tous les instants dans sa capacité à nous proposer une vision de cinéma aussi déconcertante (la naïveté des sentiments, la suprématie du premier degré) que fascinante et revigorante. Prenant son temps (3h 29s), comme tout bon film bollywoodien qui se respecte, tout en sachant parfaitement le mettre à profit (ne cherchez pas à lutter, l'émotion vous gagnera forcément à un moment), le réalisateur, Karan Johar, signe une œuvre visuellement grandiose. Créant un univers totalement imaginaire ou simplement déconnecté de toute réalité politique et sociologique (on suit quand même les problèmes intimes d'une famille indienne pétée de thunes qui se balade en jet privé pour aller rendre visite à leur fils à l'autre bout de la planète, ce même fils arrivant à la fac en Lamborghini flambant neuve…), où les couleurs les plus vives (un défilé de garde-robe 100% fashion) côtoient les décors les plus somptueux, le jeune cinéaste invite le spectateur à rêver. Ses acteurs sont tous plus beaux les uns que les autres, la photographie est avant tout là pour mettre en valeur le moindre recoin du cadre (une utilisation du Scope généreuse où chaque parcelle de l'image dévoile quelque chose), et les rebondissements se multiplient sans cesse pour créer une histoire de plus en plus cornélienne jusqu'au dénouement final qui aura raison des plus émotifs d'entre nous.


Et comme si tout cela ne suffisait pas, La Famille indienne a pour elle LE joker absolu : ses chansons et ses chorégraphies. Tous les numéros de danse (et ils sont plus que nombreux) sont ainsi des purs moments d'anthologie qui irradient nos pupilles incrédules devant tant de talent, de brio et d'élégance. Quant aux airs fredonnés, difficile, voire impossible, de ne pas les garder en tête longtemps après la fin de la projection.

Avec l'émergence notamment du cinéma coréen, La Famille indienne vient nous rappeler avec panache et éclat que le futur du cinéma mondial doit désormais se conjuguer avec Bollywood.

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