Critique : Boston justice

Zorg | 6 avril 2007
Zorg | 6 avril 2007

Boston Justice (ou Boston Legal en VO) est le dernier drame légal né des usines David E. Kelley, le créateur d'Ally McBeal et The Practice, dont Boston Justice est à vrai dire un spin-off. En effet, David Shore, le personnage principal de Boston Justice brillamment interprété par James Spader, a d'abord officié dans la huitième et ultime saison de The Practice en compagnie des personnages incarnés pas William Shatner et Rhona Mitra avant de voler de ses propres ailes. Les amateurs et fidèles du « style Kelley » ne seront donc pas dépaysés, le décor et la recette restant globalement les mêmes : les prétoires de Boston, des affaires toutes plus farfelues les unes que les autres, et un casting d'avocats quatre étoiles (le casting comme les avocats, dont certains complètement azimutés) prêts à redresser les torts et à tordre le cou aux injustices les plus flagrantes comme les plus loufoques.

 


Le cocktail final s'avère donc d'un côté relativement drôle, et de l'autre empreint de l'aspect caricatural typique des drames légaux américains. Si l'on accepte l'idée qu'on peut régler la controverse sur le retour du créationnisme dans les écoles américaines en quarante minutes chrono, aucun problème. Mais par le truchement d'affaires qui feraient plus que frôler le ridicule si l'on n'était pas de l'autre côté de l'Atlantique, le show semble avoir l'ambition de faire passer un réel message politique parfois relativement simpliste (et n'ayons pas peur des mots, ouvertement conservateur à plusieurs reprises). Même si une lecture au second degré est toujours possible, la morale laisse souvent perplexe et donne l'impression que l'aspect comique du show n'est qu'un gigantesque cheval de troie pour faire passer la pilule moins amèrement. Eduquer les masses tout en les distrayants en somme.

 

 


Soyons malgré tout honnêtes, regarder Boston Justice vaut essentiellement pour la prestation du duo James Spader/William Shatner au sein de Crane, Poole & Schmidt, illustre cabinet rempli d'avocats aux défauts tous plus gênants les uns que les autres, quand ils ne sont pas atteints de sérieux problèmes d'ego ou de stabilité mentale. Les deux comédiens se livrent à un numéro de duettistes tout à fait savoureux en avocats atypiques et un brin « off-beat ». James Spader s'en donne visiblement à cœur joie, mais certainement pas autant que Bill Shatner.

 

 


L'ancien Capitaine Kirk s'avère absolument génial dans les costumes chics à pochette et cravate assorties du plus célèbre avocat de Boston. Il campe avec malice une sorte de messie des prétoires sur le retour, ayant perdu le feu sacré, dormant durant les audiences, atteint par un Alzheimer précoce, mais qui vit dans sa propre galaxie (la galaxie Denny Crane, évidemment). Il passe dès lors le plus clair de son temps à intimider ses clients ou ses adversaires en lâchant des « Denny Crane » à tout bout de champ, comme si à l'instar de 42, « Denny Crane » était LA réponse, en plus d'être une formule magique qui guérit les écrouelles, rend la vue aux aveugles, fait pleuvoir sur commande et déclenche l'orgasme chez la femme. Il trouve en James Spader, avocat anti-conventionnel et rebelle de salon, l'alter-ego idéal. Le premier est en substance une version plus âgée et débonnaire du dernier, qui voit bien évidemment en Denny Crane une figure paternelle de premier choix. Chaque épisode se termine d'ailleurs par la séance de méditation commune entre Denny Crane et Alan Shore, malt de 12 ans d'âge dans une main et bâton de chaise dans l'autre (quand ce n'est pas dans l'oreille).

 

 


Au cours de sa première saison, Boston Justice a par ailleurs souffert d'un parcours un peu chaotique. Débarquée sur l'antenne d'ABC à la rentrée 2004 dans le sillage de Desperate Housewives pour un line-up dominical tout beau tout neuf, la série fut l'innocente victime d'une déprogrammation inattendue en plus de profonds changements de casting. En mars 2005, l'arrivée tonitruante de Grey's Anatomy pour un galop d'essai dans sa case horaire l'a en effet poussée sur la touche avant la fin de saison officielle, la chaîne décidant de prolonger les activités sentimentalo-médicales de Meredith Grey. Ceci explique pourquoi cette première saison de Boston Justice ne compte que 17 épisodes, en lieu et place des 22 prévus à l'origine. Les 5 épisodes manquants ont été remodelés par la suite pour servir d'amorce à la seconde saison, qui compte dès lors logiquement 27 épisodes.

 

 


Parallèlement aux problèmes de programmation, le show a vu une bonne partie de son casting féminin quitter le navire de manière relativement précoce pour un programme de ce genre. La première fut Lake Bell, partie chasser le monstre sous-marin dans Surface au bout d'une dizaine d'épisodes à peine, son personnage étant viré (au sens littéral) par celui d'une Candice Bergen fraîchement arrivée sur le show. Notons au passage que la prestation de cette dernière, parfaite en associé principal à main de fer sans gant de velours, apporte au show un dynamisme et une fraîcheur absolument phénoménaux, le duo Spader/Shatner tournant alors à moitié au ménage à trois. Profitant de la suspension du show au printemps 2005, le staff procéda ensuite à des remaniements dans ce qui était le 18e épisode de la première saison et qui devint par la force des choses le premier de la seconde. De nouveaux personnages furent introduits tandis que d'autres, ceux de Rhona Mitra (qui alla minauder sur Nip/Tuck) et Monica Potter furent rapidement mis à la retraite anticipée.

 

 

 

Résumé

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