Au service secret de sa majesté : critique

Patrick Antona | 2 novembre 2006
Patrick Antona | 2 novembre 2006

« This never happened to the other fellow »

 

Après l'abandon du permis de tuer par Sean Connery, les producteurs Albert Broccoli et Harry Saltzman se lancèrent à la recherche effrénée de celui qui pouvait endosser le costume de l'agent 007 et auditionnèrent plus de 400 acteurs potentiels (dont un jeune Timothy Dalton tout frais sorti de la Royal Shakespeare Academy). Mais celui qui deviendra le nouveau James Bond ne sera en rien un acteur confirmé mais un mannequin australien de 28 ans, George Lazenby, que les promoteurs de la série tenteront de transformer en clone de Sean Connery, afin de ne pas dérouter le public nombreux et fanatique de la série. De leur côté, le réalisateur Peter Hunt, monteur et réalisateur de seconde équipe sur certains des épisodes précédents, et le scénariste Richard Maibaum optent pour un retour au source en faisant de Au service secret de sa Majesté un film plus centré sur les personnages et dont l'action est débarrassée de tout gadget superflu et envahissant.

Mais, innovation ultime dans la série, James Bond trouvera à l'issue de l'intrigue l'élue de son cœoeur, en la personne de Teresa, fille passablement suicidaire du gangster corse Draco (Gabriele Ferzetti), interprétée avec brio par la lumineuse Diana Rigg, ex Miss Peele de la série TV Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Tous ces éléments, un parfait inconnu pour le rôle, une intrigue plus ramassée et crédible, et une relation amoureuse dépassant le cadre de la James Bond girl de service, font de Au service secret de sa Majesté une des aventures de 007 les plus originales et les plus attachantes qui soit, ultra-respectueuse du matériel d'origine de Ian Fleming. Mais cette voie malheureusement allait être abandonnée dans les années à venir, vu le relatif insuccès du film à sa sortie en 1969.

 


« I was always taught that mistakes should be remedied. Especially between friends… or lovers »


Le choix de centrer une bonne partie de l'intrigue sur la relation qui s'ébauche entre James Bond et Teresa permet au spectateur de ne plus voir en l'agent secret un personnage en deux dimensions tel qu'il l'était devenu mais de voir un être complexe, moins débonnaire qu'il n'y paraît (le bureau conservant les souvenirs de ses missions passées, ses relations conflictuelles avec M), et qui trouvera en Teresa son double parfait (l'addiction à l'alcool et au jeu les rapprochent).

Si l'interprétation de George Lazenby peut parfois manquer de relief pour faire passer l'émotion nécessaire, l'alchimie réussit à se faire entre les deux tourtereaux hard-boiled, le tout magnifié par la musique puissamment lyrique de John Barry dont la chanson We have all the time in the world interprétée par Louis Armstrong représente l'apogée romantique d'un film qui ne l'est pas moins.

 


L'action et le suspens n'ont pas été oubliés, et nous avons droit ici au retour de Blofeld (Telly Savallas), dont le plan maléfique est de rendre le monde stérile en se servant de jeunes et jolies jeunes filles comme porteurs de germes destructeurs. Venu le dénicher dans son repère au sommet du Piz Gloria, qui demeurera un des décors les plus mémorables de la série, la lutte entre James Bond et sa nemesis se fera par le biais de poursuites à ski, avalanche, cascade automobile dont un climax sur une piste de bobsleigh qui demeure anthologique, le tout servi par une mise en scène alerte et très pop, en parfaite adéquation avec le style de l'époque.

Dans les combats mano a mano (les parties « ski » étant doublés par Willy Bogner), George Lazenby fait preuve d'ailleurs d'une grande crédibilité et d'une prestance virile digne de Sean Connery, l'acteur assurant ses propres cascades.

 

 

Mais, ingrédient inaliénable de la série, l'humour et le charme sont toujours présents, avec ce bataillon de jeunes beautés internationales (Catherine Schell, Joanna Lumley, Julie Ege et d'autres), les « anges de la Mort » de Blofeld, dont certaines éprouvent la plus grande curiosité pour le kilt écossais qu'arbore James Bond, infiltré en tant que Sir Hillary, chercheur généalogique.

Une nouvelle fois, la musique demeure un appoint manifeste avec le thème « Bond meet the Girls », ironique et séducteur en diable, qui ponctue chacune des rencontres nocturnes mais par lesquelles l'agent secret comprendra la portée du complot ourdi par le chef du SPECTRE. Souvent décriée comme complexe et absurde, cette menace prend avec le recul un nouvel écho dans un monde moderne où les calamités des grippes aviaires et autres pandémies sont malheureusement d'actualité.

 

Résumé

Considéré à tort comme un des épisodes les moins intéressants de la série, Au service secret de sa Majesté a réussi avec le temps à s'imposer comme un des meilleures illustrations du monde de James Bond, dépassant le cadre d'œoeuvre maudite, et s'établissant comme un film-charnière dans l'exploration psychologique de celui qui est devenu un des héros emblématiques du monde moderne, en lui donnant un visage plus humain et une motivation tragique pour le reste de sa carrière.

« There's no hurry, you see ? We have all the time in the world. »

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Lecteurs

(4.2)

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commentaires
corleone
20/02/2018 à 12:22

Critique excellentissime qui me met une pointe de nostalgie quand je vois sa date de publication(2006) puisque c'est justement pendant mes vacances d'été de cette année là que j'ai vu ce film pour la première fois ainsi que la majorité des autres classiques James Bond. Je l'ai encore savouré hier soir à la tv.

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