Tout James Bond : Au service secret de Sa Majesté, la grande tragédie de la saga

Alexandre Janowiak | 15 décembre 2020 - MAJ : 16/12/2020 10:59
Alexandre Janowiak | 15 décembre 2020 - MAJ : 16/12/2020 10:59

Quelques mois nous séparent encore de Mourir peut attendre, et alors que la dernière aventure de James Bond dans laquelle officiera Daniel Craig attend sagement de pouvoir être exploitée en salles à l'international, Ecran Large ré-explore l'intégralité de la saga consacrée aux aventures de l'agent 007.

Après cinq films et un sacré succès mondial, James Bond est désormais bien intégré dans le monde du cinéma... mais c'est l'heure pour Sean Connery de faire ses adieux (pour un temps) à l'espion. C'est donc George Lazenby, jeune mannequin australien de 29 ans, qui prend sa suite et signe avec sa prestation dans Au service secret de Sa Majesté, l'un des meilleurs épisodes de la saga. Une performance qui restera dans les annales de la franchise puisque le comédien ne reprendra jamais le rôle. Retour sur ce film unique qui a bouleversé la saga James Bond, notamment grâce à sa puissance tragique, bien avant l'ère Craig.

 

Affiche officielle

 

DE QUOI ÇA PARLE ? 

Après avoir sauvé du suicide une comtesse puis de lui avoir évité un scandale en payant sa dette de jeu au casino, James Bond est sommé par le père de cette dernière, le puissant trafiquant corse Marc Ange Draco, d'épouser la comtesse en échange d'une forte somme d'argent. Bond accepte de l'épouser, mais plutôt que l'argent, il veut que Dracro l'aide à traquer l’effroyable Blofeld, chef du SPECTRE.

Draco accepte, Bond reprend la route du MI6 pour annoncer la nouvelle à M, mais il se voit retirer l'affaire Blofeld. Heureusement pour lui, après que James Bond lui ait mis une main au cul et adressé des regards enjôleurs, la secrétaire réussit à convaincre M de lui accorder des vacances. Période pendant laquelle James Bond va s'amouracher de Tracy Draco mais aussi partir dans les montagnes suisses pour stopper le plan de Blofeld.

 

Photo George Lazenby, Diana RiggPlus qu'une mission, l'amour en jeu

 

Après avoir infiltré la forteresse "clinique" en écossais et examiné de près l'intimité des jeunes femmes cobayes du plan de Blofeld, il se fait reconnaître par le boss du SPECTRE. Coincé il réussit à s'échapper en ski, puis en voiture grâce à Tracy. Sauf qu'elle se fait capturer à son tour, mais grâce à Marc-Ange Draco, il revient à la charge en hélicoptère, Tracy est sauvée par son père et Bond réussit à contrecarrer les plans de Blofeld et à le stopper en bobsleigh.

Finalement, Bond se marie avec Tracy au Portugal quelques semaines après. Ils sont heureux et discutent déjà d'enfants dans leur Aston Martin. Pas pour longtemps, Tracy se fait tuer par Blofeld et sa Frolein Irma. Bond est brisé et pleure sa mort. 

 

Photo George LazenbyUn Bond brisé

 

POURQUOI C’EST BIEN 

Au Service secret de Sa Majesté a longtemps été considéré comme un des pires James Bond, notamment parce que lors de sa sortie, il a bouleversé les habitudes de la saga avec l'arrivée de George Lazenby dans la peau de l'espion, après les cinq films de Sean Connery. Pourtant, il s'agit sans doute d'un des films de la franchise les plus réussis, tant il manie avec brio trois éléments de scénario : l'action, le sentimental et le tragique.

Ce qu'on retient de ce James Bond réalisé par Peter R. Hunt, ce sont d'abord les scènes d'action. En 2h10, le long-métrage offre une myriade de séquences de bastons de ses premières minutes à son gros climax, en montant crescendo dans la tension. D'abord simple duel au poing, les scènes d'action deviennent de vrais joyaux entre la poursuite en ski, la course de voiture, l'assaut du repère de Blofeld en hélicoptère et l'ultime poursuite en bobsleigh. Les scènes à la montagne (notamment le ski et la forteresse) ont d'ailleurs largement inspiré Christopher Nolan pour le climax enneigé de Inception.

Bref, à chaque instant, à travers de belles idées de mise en scène (les sublimes plans aériens) ou tout simplement un découpage hyper dynamique (peut-être trop ?), Peter Hunt propose un film captivant et de plus en plus impressionnant. D'autant plus que le réalisateur (monteur sur James Bond 007 contre Dr. NoBons baisers de Russie et Goldfinger) innove techniquement parlant, à l'image de jeu de zoom/dézoom souvent pertinents pour mieux sonder l'état spirituel de ses personnages. Et ce sans parler de la sublime bande originale de John Barry

 

photoCette forteresse qui inspire encore

 

Au-delà, le film est particulièrement drôle, qu'il s'agisse de Bond en Sir Baroney où il échange son fameux costume pour un kilt inattendu ou au détour de petites phrases savoureuses : un "Beluga Royal, Nord de la Caspienne" prononcé juste après s'être battu avec un homme et s'être servi en récompense, une petite tartine de caviar.

Mais là où Au service secret de Sa Majesté impressionne le plus, c'est dans sa capacité à approfondir son héros, en liant sa nouvelle aventure à son passé (et donc aux précédents films). Très rapidement, le lien avec les anciennes missions de l'espion est établi (via des gadgets, la musique) et surtout, son conflit avec Blofeld reste au centre de l'intrigue après qu'il soit devenu le principal antagoniste de 007 dans On ne vit que deux fois. En brisant le 4e mur dès son ouverture, Bond permet d'ailleurs de rendre le spectateur immédiatement complice de ce changement tout en lui faisant comprendre que sa mission continuera comme avant.

 

PhotoUn James Bond étonnant

 

Ainsi, le spectateur comprendra que l'espion a suffisamment changé (physiquement et psychiquement) pour échapper à la vigilance de Blofeld (qui ne le reconnaît pas tout de suite, alors qu'il l'a rencontré dans le film précédent), le long-métrage faisant de son nouvel acteur une force meta dans le récit et non une faiblesse insurmontable.

Mais mieux encore, en étant particulièrement réaliste, le long-métrage permet surtout de développer des sentiments forts chez James Bond, dévoilant au public une certaine fragilité et vulnérabilité chez lui. Sa relation avec Tracy (la regrettée Diana Rigg) n'aura plus de pareille dans la franchise et marquera un tournant, scellant le destin tragique de Bond avec les femmes, tout en procurant une dose tragique et sentimentale émouvante au long-métrage. James Bond n'est pas invincible, il est même formidablement humain.

 

Photo Diana Rigg, George LazenbyJames Bond se marie... on vous avait dit qu'il était étonnant

 

POURQUOI C’EST PAS SI BIEN 

Plus de cinquante ans après sa sortie, on peut trouver que le découpage des scènes d'affrontements physiques a très mal vieilli. Entre les sons additionnels pour accentuer les coups de poing et surtout une image accélérée pour donner plus de vivacité et plus de folie à l'action, on peut trouver que certaines scènes sont globalement très kitsch désormais.

Par ailleurs, le long-métrage de Peter Hunt est toujours parsemé de comportements sexistes, à l'image d'un baiser volé ou d'une main au cul de Moneypenny en début de film, une claque gratuite de James Bond à Tracy ou cette remarque de Marc-Ange Draco (Gabriele Ferzetti) à sa fille Tracy en fin de métrage où il lui assène d'écouter son mari toujours, sans jamais broncher.

Et puis, on ne peut que regretter essentiellement que George Lazenby ne soit resté pour qu'un seul film. C'est sans doute finalement le plus gros point noir du long-métrage : sa capacité à créer un nouveau Bond, plus émouvant, plus vulnérable et malheureusement dont on ne reverra jamais le visage dans la saga. La tête dure de Lazenby aura eu raison de sa collaboration avec Broccoli, en plus de la tendance de l'acteur australien a se mettre dans de sales situations lui qui s'est cassé le bras sur le tournage et a perdu la quasi-intégralité de son cachet en jouant au poker avec Telly Savalas (argent que regagnera pour lui le producteur Harry Saltzman).

 

Photo Telly Savalas, George LazenbyBlofeld a failli la mettre à James Bond, dans la vraie vie aussi

 

BOX-OFFICE

Contrairement à ce que la légende a laissé entendre au fil des années, Au service secret de Sa Majesté n'a pas été un échec en salles. Certes, comparé aux succès titanesques des trois opus précédents, dont l'incroyable Opération Tonnerrele film est un échec, mais sur le papier avec 64,6 millions de dollars récoltés dans le monde, c'est une franche réussite (puisqu'il a couté seulement 7 millions).

En 1969, il est le onzième plus gros succès de l'année aux États-Unis avec 22,7 millions de dollars récoltés, loin derrière le leader Butch Cassidy et le Kid et ses 102,3 millions de dollars, Un amour de Coccinelle Macadam cowboy (44,7 millions) ou encore Easy Rider (41,7 millions).

 

Photo George LazenbyLes comptes sont bons... mais moins que d'habitude

 

En France, il a attiré 1,9 million de spectateurs et se place à la quatorzième place. C'est largement moins bien que le mastodonte Il était une fois dans l'Ouestincontestable vainqueur de l'année avec plus de 14,8 millions d'entrées (septième plus gros score de tous les temps au box-office France devant Avatar), Le Cerveau deuxième plafonnant à moins de 5,6 millions d'entrées.

Parmi les films devant le James Bond, on trouve notamment Le clan des siciliens (4,8 millions), Z de Costa-Gavras (3,9 millions), Un amour de coccinelle (3,1 millions) ou encore le célèbre La Piscine avec Alain Delon et Romy Schneider (2,3 millions). En revanche, il fait mieux que Easy Rider ou La Horde sauvage.

 

Photo Diana Rigg, George LazenbyLe rôle le plus célèbre de feu Diana Rigg au cinéma

 

UNE SCÈNE CULTE

Difficile de choisir une scène en particulier tant Au service secret de Sa Majesté jouit d'une myriade de passages mémorables en tête desquels la descente à ski, l'attaque en hélicoptère de la forteresse de Blofeld ou encore la poursuite en bobsleigh. Il y a également la scène absurde où, se faisant passer pour Sir Baroney, un Écossais, James Bond s'habille alors d'un simple kilt, amenant à une atmosphère étrange au milieu du harem des Anges de la Mort.

Toutefois, pour ce qu'elle raconte de James Bond et de cette parenthèse George Lazenby, on a envie de retenir la séquence d'ouverture. En seulement cinq minutes, le long-métrage de Peter Hunt prend une autre dimension en mettant à la fois au centre de l'intrigue le suicide (une thématique tragique, loin des habitudes de la saga) d'une femme avant de plonger son héros dans un fight quasi burlesque.

 

photoUne scène d'ouverture mémorable

 

Ainsi, les deux guignols qui lui font face sont balancés comme des pantins, au milieu de chorégraphies tout droit sorties d'un film de kung-fu et survitaminées par une image accélérée. Et puis, il y a surtout cette brève réplique meta, adressée aux spectateurs, précédant le générique et bizutant le petit nouveau venu incarné James Bond : "Ça, ça n'est jamais arrivé à l'autre type". Comme l'annonce d'une aventure inédite, plus sombre, plus impressionnante, plus tragique, plus sentimentale, plus captivante... Bref, présageant d'un des meilleurs films de la saga James Bond. 

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commentaires

Oliviou
20/12/2020 à 14:40

C'est pour moi aussi un des meilleurs Bond (je les ai tous revus en Blu-Ray il y a 3 ans). Une autre chose qui est unique dans celui-là, c'est que Bond a PEUR. Lors des fusillades ou des bagarres, il semble vraiment craindre pour sa vie. Il n'y a que Lazenby et dans une moindre mesure Timothy Dalton qui on donné cette dimension-là au personnage.
Par ailleurs, je pense que, par bien des aspects, Skyfall est un remake caché de ce Bond (dans ses thématiques, sa gravité, et dans sa volonté de revenir à l'histoire passée du personnage).


20/12/2020 à 11:20

Mon Bond préféré mon top 1. Mon coup de cœur pour l'interprète de Bond, mon amour pour Rigg. Ma mélancolie pour Barry et ma tristesse finale. Purée quel film.
Plus que Bond, c'est un de mes films d'espionnage préféré. J'ai des frissons à y repenser

Serge
18/12/2020 à 23:28

Le meilleur de tous les 007.
Distribution, histoire et musique
Le top

George Abitbol
16/12/2020 à 12:26

C'est aussi de très loin le seul film de la saga à être fidèle au roman de Fleming dont il est adapté ! OHMSS est un film unique qui n'a rien perdu de sa superbe plus de 50 ans après sa sortie !
J'ajouterai que le film prend une autre dimension avec sa narration moins linéaire et brute qu'à l'accoutumée (le montage romantique avec Bond et Tracy sublimé par le thème d'Armstrong) et qu'il a ouvert la voie à d'avantage de profondeur en creusant un peu la psyché de 007.

Curieux comment la saga peut pondre un épisode de cette trempe et enchaîner directement avec Les Diamants sont éternels, sommet de ringardise camp complètement claqué au sol ! Si seulement Lazenby avait pu en faire deux histoire de nous épargner la purge qui a suivi cette sublimée cuvée 1969 !

Mopett
16/12/2020 à 07:48

Une longévité étonnante la saga J.B.! Entre les premiers, franchement sexistes ou le héro a la main leste pour distribuer les claques aux femmes (c'est vrai que pour les hommes ce sont des coups de poing) et les derniers, il y a tout un paquet de cascades plus époustouflante les unes que les autres. On peut dire que cette saga vit avec son temps.

Blofeld
16/12/2020 à 05:17

Tout comme Daddy Riche, c'est le meilleur de la séries,une histoire sans gadgets exagéré et un scénario en béton,Diana Riggs une vrai femme comme les vrai hommes les aime,G Lazenby excellent seul son manque d'expérience lui a nuis sur le plateau et a l'extérieur et son stupide agent !

Arnaud_Montrouge
16/12/2020 à 01:53

Super article, merci

Scots
16/12/2020 à 01:31

Un des meilleurs bond, car il est unique, la musique est splendide et un casting riche. Ce film se démarque des autres film de la saga.

Le Vieux
16/12/2020 à 01:23

Fan de cet opus en particulier pour la Comtesse Térésa, la regrettée Diana Rigg

Olddkool
16/12/2020 à 00:19

purée George pourquoi t'es pas revenu... en même temps si c'était pour faire les diamants sont éternels...

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