Le Château dans le ciel : critique sur un nuage

Jean-Noël Nicolau | 29 août 2007 - MAJ : 24/01/2019 14:04
Jean-Noël Nicolau | 29 août 2007 - MAJ : 24/01/2019 14:04

Souvent un peu délaissé au sein du corpus miyazakien, Le Château dans le ciel (aussi connu sous le nom de Laputa, avant sa très tardive sortie française en salles) mérite sans nul doute d'être régulièrement redécouvert. Entrepris comme le premier véritable projet du studio Ghibli, fondé autour de l'expérience de Nausicaä, Le Château dans le ciel est peut-être le premier véritable blockbuster du cinéma d'animation japonais contemporain, clairement conçu comme tel. Sur les bases éprouvées par ses deux premiers longs-métrages (la mythologie aérienne de Nausicaä et le dynamisme survolté du Château de Cagliostro en particulier), Hayao Miyazaki construit un évident récit d'aventures tout public. Plus encore que dans Porco Rosso (que Laputa annonce par bien des aspects, de la famille des pirates adorables à la fascination sans bornes pour les cieux), c'est ici que le réalisateur s'essaie à l'épure la plus complète de son style.

En résulte une oeuvre limpide qui ne cesse de trouver son inspiration dans la littérature européenne de la fin du 19e siècle, et si Swift est directement cité, on pensera encore plus sûrement à Jules Vernes, à Welles et à Stevenson. Ce mélange rétro-futuriste, entre un univers de révolution industrielle et des données de science-fiction naïve, devient, avec le succès public phénoménal de Laputa, un cliché incontournable de l'animation japonaise, qui, de Last exile à Steamboy, ne cessera plus de revenir auprès de ces machineries délirantes et de ces civilisations disparues. En s'adressant clairement aux enfants, Miyazaki rend plus accessible des thèmes déjà présents dans Nausicaä, en particulier sa volonté de donner aux créatures les plus touchantes des aspects inattendus.

 


En échos aux Ohmus de La Vallée du vent, ce sont ici les robots de la forteresse volante qui passent d'un instant à l'autre du statut d'incontrôlables menaces muettes à celui de protecteurs attendrissants. Le film prend d'ailleurs son essor, après une première moitié plaisante mais un peu longuette, dès l'apparition du premier robot mutilé, élégante machine dont le combat et le sacrifice se révèlent d'une intensité inoubliable. Un peu plus loin, une fois atteint Laputa, c'est le robot jardinier (sur lequel viennent s'amuser quelques renards-écureuils tout droit sortis de Nausicaä) qui s'impose comme le véritable coeur du métrage et ce en une poignée de plans parmi les plus beaux jamais composés par Miyazaki. Si on ajoute à cela la majesté de la cité volante, ainsi qu'un méchant d'une cruauté rare, on obtient les meilleurs moments du film, judicieusement situés dans sa dernière partie.

  


Mais ce climax, qui flirte avec le chef-d'oeuvre, révèle d'autant mieux le déséquilibre qui empêche Laputa de rejoindre les grands classiques du maître. Sur deux heures, les errances du duo enfantin, mignon mais un peu mièvre, n'offrent pas la puissance des combats de Nausicaä et d'Ashitaka ou même des enjeux psychologiques passionnants des apprentissages de Kiki et Chihiro. Certes, le spectacle est foisonnant, peu avare en humour et en poursuites rocambolesques, sous le trait énergique et reconnaissable de Miyazaki. Et s'il manque un peu d'émotion et de profondeur, Le Château dans le ciel n'en demeure pas moins un certain idéal du film d'action pour tous les publics, devant lequel chacun pourra s'émerveiller.

 

 

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