Critique : Coffret Wong-Fei Hung

Par Patrick Antona
2 août 2006
MAJ : 18 octobre 2018
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Heureuse initiative de la part de Wild Side d’avoir réuni dans un seul coffret les deux seuls films de Liu Chia-liang ayant pour héros Wong Fei-hung. S’attachant une fois de plus à donner sa vision de l’apprentissage des arts martiaux par une voie positive, en évitant la violence dans laquelle versait son mentor Chang Cheh, Liu Chia-liang rend hommage, par son cinéma, à toute une lignée de pratiquants des arts martiaux dont lui-même est issu, famille qui a bénéficié et répandu les enseignements de Wong Fei-hung. La boucle est ainsi bouclée.


LE COMBAT DES MAÎTRES

Deuxième réalisation de Liu Chia-liang en solo, après Spiritual Boxer (Wang Yu défie le maître du karaté en VF), en 1975, Le Combat des Maîtres (Challenge of the Masters en anglais) est le film qui pose tous les cas de figure que son auteur-chorégraphe va s’évertuer à mettre en scène pendant toute sa carrière. Car, dans cette évocation de la jeunesse tumultueuse du héros martial Wong Fei-hung, on y retrouve avec une grande lisibilité tous les thèmes récurrents dans lesquels Lui Chia-liang se complait : la lutte entre écoles de kung-fu, l’apprentissage à la dure liée à la philosophie orientale, la compétition entre les techniques du Nord et du Sud, le respect des anciennes traditions, la place des femmes en tant que combattantes égales des hommes. Même Shaolin est présente car l’histoire de la famille Hong (comme celle de la famille Lui) est indissociable de l’enseignement issu en droite ligne du mythique monastère chinois !


Mais le cœur du scénario réside exclusivement sur les rapports qui vont unir l’élève Wong Fei-hung (le débutant et pourtant excellent Gordon Liu) au maître (sifu en mandarin) Luk Ah Choy, interprété par Chen Kuan Tai. Entre exercices périlleux, qui préfigurent ceux de La 36° Chambre de Shaolin et des kung-fu comedy de Jackie Chan, duel au bâton et apprentissage philosophique (« Le Kung-fu c’est l’harmonie »), Luk Ah Choy réussira à enseigner à son fougueux apprenti qu’un grand combattant d’arts martiaux se doit d’apprendre aussi le pardon. Leçon finale que Wong fei-hung saura retenir lorsqu’il affrontera, par vengeance, un redoutable criminel, interprété par Lui Chia-liang lui-même, dans un des moments mémorables du film, à la chorégraphie ultra-soignée et violente, puis lorsqu’il viendra faire la leçon à l’école rivale de son père, experte en coups tordus.


On sent déjà dans quelques scènes du Combat des Maîtres], surtout celles où se chamaillent Gordon Liu, Wong Yu et Lily Li, les prémices de la kung-fu comedy, genre dans lequel Liu Chia-Liang excellera à partir de 1979, date de la sortie de Dirty Ho, autre grande réussite à découvrir en 2007 chez Wild Side. Mais la réussite du présent film réside dans un dosage subtil entre action, avec cet enchaînement sans aucun temps mort entre séances d’entraînement et combats, dont un particulièrement virulent entre les deux frères Liu Chia-liang et Liu Chia-Yung, et l’évolution du personnage principal, Wong Fei-hung, dont le réalisateur a su capter l’essence en tant personnage au destin hors norme à venir. Sans oublier que Le Combat des Maîtres intronise (et avec quelle panache !) le jeune frère adoptif Gordon Liu dans un premier rôle qu’il assume avec grande crédibilité. Par la suite, Gordon Liu demeurera pendant près de dix ans l’acteur fétiche de Liu Chia-liang, véritable icône représentant de la philosophie martiale de la famille Liu, et un des plus grands acteurs de kung-fu au cinéma de tous les temps.


MARTIAL CLUB

Seconde incursion de Liu Chia-liang dans l’univers de Wong Fei-hung, Martial Club, sorti en 1981, se range d’emblée dans la catégorie de la kung-fu comedy. Trois ans plus tôt, Jackie Chan associé au réalisateur Yuen Woo Ping avait raflé la mise avec sa vision iconoclaste du personnage légendaire dans Drunken Master et fait la fortune de la compagnie Golden Harvest.


Martial Club

se pose donc comme une réponse de la Shaw Brothers et du réalisateur en évoquant encore la jeunesse de Wong Fei-hung, les relations père-fils tumultueuses, l’apprentissage rude de l’art martial mais cette fois-ci au contact de ses camarades. Mais Liu Chia-liang ajoute à cette thématique déjà riche ce qui était la spécialité sportive de Wong Fei-hung, la « Danse du Lion », démonstration qui compose l’essentiel du générique de début, et représente l’apport essentiel à la mythologie du grand maître des arts martiaux. Le Gordon Liu, toujours dans la peau du champion cantonais, partage cette fois-ci l’affiche avec Robert Mak, danseur de formation, et parfait comparse pour un film au registre plus léger que son modèle.


Et en atout de charme, Liu Chia-liang adjoint au duo-vedette son égérie de l’époque, la belle et athlétique Kara Hui, qui illumine le film à chacune de ses apparitions. Et du côté des opposants, c’est le sombre et néanmoins talentueux Johnny Wang, l’autre grand vilain de la Shaw Brothers avec Ku Feng (ici père de Wong Fei-hung) qui se détache du lot dans le rôle de l’envoyé du Nord venu mettre les écoles du Sud au pas. Au niveau de l’action, Martial Club aligne le quota adéquat d’affrontements et d’acrobaties (surtout ayant trait à la Danse du Lion), mais reste mémorable pour deux séquences d’anthologie: la passe d’armes quasiment graphique entre Johnny Wang et Gordon Liu sur des rouleaux de tissu de couleurs et l’affrontement final, dans des ruelles étroites, où la succession de plans moyens, plans rapprochés ou de vues en plongée renforce le dynamisme d’un duel chorégraphié avec méthode.


Si Martial Club ne reste qu’un simple film d’exploitation, par rapport au Combat des Maîtres, véritable œuvre fondatrice, il n’en demeure pas moins un divertissement des plus honorables, à la direction artistique et à la photographie soignées, gages de qualité made in Shaw Brothers.

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