Critique : Don Giovanni

Thomas Douineau | 4 juin 2006
Thomas Douineau | 4 juin 2006

L'épigraphe de Joseph Losey en tête de cette édition synthétise à elle seule la quintessence du projet : « Il s'agit de créer quelque chose de différent : un film, articulé sur un langage spécifique, se déroulant dans des décors réels, avec des personnages interprétant une véritable histoire, et dans lequel le cinéma, la parole et la musique auront une part égale. »


La splendeur du résultat est à la hauteur de l'ambition du réalisateur. Cette adaptation du Don Giovanni de Lorenzo da Ponte est un choc musical et filmique qui respire encore aujourd'hui (le film a plus de 25 ans) la traque perpétuelle de la beauté absolue. Filmé entièrement en décors naturels magnifiés par le célèbre décorateur Alexandre Trauner (ah, les villas de Palladio !), formidablement photographié, Don Giovanni est un chef-d'œuvre d'art lyrique servit ici par la mise en scène ample et inspirée de Joseph Losey.


Plusieurs réalisateurs comme Bergman ou Zeffirelli se sont déjà frottés à l'adaptation d'un opéra au cinéma. Mais là où Bergman choisissait pour sa Flûte enchantée l'extension d'une mise en scène de théâtre, Losey se fonde sur une réalisation aérienne proprement cinématographique et réussit un rapprochement des genres le plus souvent sidérant où éclate une symbiose étonnante entre images et musique que seul Milos Forman pour son Amadeus est parvenu à réitérer.


L'initiative de ce Don Giovanni filmique revient conjointement à Rolf Lieberman, directeur artistique, grand spécialiste de l'opéra (il fut administrateur général de l'Opéra de Hambourg et de Paris) et au regretté Daniel Toscan du Plantier qui souhaitaient démocratiser le genre. Plutôt que de filmer une représentation et de la diffuser à la télévision, il suggéra de recréer dans un film la magie du spectacle.


Bien que certains mélomanes aient émis quelques réserves sur l'interprétation de cette pièce maîtresse de l'œuvre du compositeur autrichien (la lecture « pressée » de la partition par le chef Lorin Maazel, le personnage de Zerlina, composée par Teresa Berganza, un peu trop âgée pour le rôle ou encore l'interprétation de Losey qui fait de son Don Juan un homme qui défie sa propre mort), on reste ébloui par ce spectacle musical exceptionnel propre encore aujourd'hui à réconcilier les foules avec l'art élitiste qu'est l'Opéra. Ne serait-ce que sur cet aspect, Don Giovanni est une réussite totale.

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