Critique : Sid & Nancy

Matthieu Perrin | 7 avril 2006
Matthieu Perrin | 7 avril 2006

Vingt ans après sa sortie, le film d'Alex Cox sur l'idylle « No future » entre Sid Vicious, (mythique bassiste des Sex Pistols et icône du Punk) et Nancy Spungen (groupie-junkie américaine), refait surface dans une édition DVD dite « collector » assez dépouillée. Vingt années qui lui ont permis de gagner une rage et une intensité insoupçonnées lors de sa sortie en salle.


Certains films prennent une direction assez inattendue avec le temps. En témoigne la réédition en DVD de Sid et Nancy d'Alex Cox avec Gary Oldman et Chloé Webb, un très bon film sorti en 1986 racontant la love story des deux amoureux les plus fous de l'Histoire du rock'n roll. Une histoire qui se terminera évidemment tragiquement par le meurtre toujours non élucidé de Nancy dans une chambre du légendaire Chelsea Hotel (même si tous les soupçons se posent évidemment sur Sid Vicious).


En vingt ans, le film est devenu meilleur grâce à de tragiques évènements survenus malheureusement depuis. En effet, le film contient des réminiscences de deux atroces faits divers plus récents : l'idylle suicidaire entre Kurt Cobain et Courtney Love (cette dernière qui ressemble à deux gouttes d'eau de par son look à Nancy fait d'ailleurs un caméo dans le film et a failli interpréter Nancy) et les noirs désirs de Bertrand Cantat et de Marie Trintignant. Deux faits divers montrant les limites de l'amour passionnel auxquelles on ne peut s'empêcher de penser en (re)voyant le film.


Autre force insoupçonnée du film lors de sa sortie au cinéma ; la réédition de Sid et Nancy en DVD coïncide avec l'avènement du Biopic qui domine actuellement la production américaine (en témoigne les Oscars qui ont notamment récompensé Walk the line, l'adaptation de la vie du chanteur Johnny Cash ou encore Truman Capote). Ce qui est passionnant en revoyant Sid et Nancy c'est qu'on se rend compte à quel point le cinéma et le rapport réalité/fiction a évolué. On est même étonné de la justesse du regard que porte Alex Cox sur cette love story pour le moins trash. Si le film avait été réalisé aujourd'hui, il y a fort à parier que le côté malsain et glauque de l'histoire (prostitution, drogues…) aurait été mis en avant, voire que les producteurs auraient accentué le côté mystique de Sid Vicious.


Pour une histoire aussi destroy et sans aucun avenir, Cox ne vire à aucun moment dans la complaisance ou dans le glauque et fait même un film simple et insouciant comme ses personnages. Le réalisateur est un habitué de ces mondes marginaux qu'il a connu et fréquenté (revoyez l'excellent Repo Man, et rappelons le, il est quand même le scénariste de Las Vegas Parano !). Pour montrer la rage qui anime ses tourtereaux boiteux, Cox à aucun moment ne le fait transparaître par sa réalisation (la caméra à l'épaule aurait été aujourd'hui de rigueur). Il souhaite avant tout raconter une histoire. Cette approche « trop gentille » qui avait été reprochée à l'époque au film devient aujourd'hui sa force.


On a même du plaisir à retrouver l'esthétisme des années 1980 (notamment au niveau des couleurs et du rythme, lorsque les réalisateurs prenaient le temps de nous faire apprécier le cadre et les mouvements de caméra…) et la simplicité de la narration. Du coup, Cox permet à Gary Oldman de crever l'écran pour l'un de ses premiers rôles qui va en faire l'un des acteurs les plus marginal d'Hollywood. Si Al Pacino avait pour les besoins de Panique à Needle Park (film dont Sid et Nancy est quasiment le remake) pris au pied de la lettre la fameuse méthode de l'Actor's Studio en allant traîner avec des junkies, Oldman utilise une toute autre méthode bien plus radicale et encore plus dangereuse ; au moment où l'acteur tourne le film, il est tout aussi shooté que Sid Vicious. Et c'est sans doute pourquoi la performance de Oldman est aussi juste et crédible. Et il n'est pas aisé d'arriver à interpréter quelqu'un d'aussi incontrôlable et imprévisible que Sid Vicious, réputé pour ne savoir jouer que d'une seule corde, de sa basse et n'avoir joué que sur seulement trois morceaux des Sex Pistols… Mais Sid Vicious est devenu une icône à lui tout seul. « Vivre vite et mourir » encore et toujours. Il connut la gloire à 19 ans et mourut d'une overdose à l'age de 21 ans. Sid fait sans raison n'importe quoi ; il tabasse un journaliste avec sa basse, se cogne la tête contre les murs juste pour impressionner Nancy, voire balance des fléchettes sur un journaliste.


Alex Cox, conseillé par les plus grands spécialistes du Punk (Joe Strummer, le chanteur des Clash pourtant groupe rival a même accepté d'en faire la musique) nous fait revivre le Punkin' London comme si on y était ; les concerts qui tourne mal et où l'on pogotte, l'insouciance dans les rues de Londres, toute cette « Anarchy in the UK » qui était l'hymne des punks de l'époque. Quelques scènes magistrales restent en tête : Sid et Nancy jouant aux cow-boys avec des pistolets jouets dans les rues de Londres ou encore la séquence mythique dans laquelle Sid descend les marches de l'Olympia en torturant la célèbre chanson My Way pour les besoins de La folle histoire du Rock'n roll. Sans parler des séquences d'émotions intenses comme la première scène magistrale dans laquelle en plan fixe, Oldman exprime toute la douleur que représente la perte de la femme de sa vie grâce à son jeu époustouflant ou encore la très très belle séquence finale.


Il y a fort à parier que Tarantino s'inspirera beaucoup de ce film pour écrire le scénario de sa True Romance. La sortie en DVD de Sid et Nancy est donc l'occasion de redonner ses lettres de noblesse à un film magistral qui avait réussi à capter l'insouciance de ce couple hors norme et dont on avait reproché le manque d'agressivité. Mais on avait oublié que les Punks étaient avant tout des rêveurs…

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