Batman forever : critique fluo

Ilan Ferry | 11 mars 2010 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Ilan Ferry | 11 mars 2010 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après les deux premiers opus, la franchise Batman (car c'est bien de ça qu'il s'agit avant tout) se devait de perpétuer une certaine tradition qualitative. En un mot : il fallait un réalisateur à la hauteur des ambitions d'un Tim Burton qui, avec ses deux chefs d'œoeuvre baroques, avait placé la barre très haut ! La Warner allait-elle trouver cet homme en la personne de Joel Schumacher ? Au vu de ce Batman forever, on peut en douter, comme les fans surpris de voir pousser des tétons sur le costume des héros !!! Batman forever marque la rupture entre le film d'auteur et le blockbuster dans toute sa splendeur au profit d'un produit certes plaisant mais destiné avant tout à vendre des produits estampillés Batman.

DU GOTHIQUE AU DISCO

Qui dit autre réalisateur dit autre style. C'est ainsi qu'avec un malin plaisir, Joel Schumacher prend le contre-pied de son illustre prédécesseur en offrant un Batman coloré, d'inspiration pop adoptant ainsi un ton général plus décontracté que les deux films précédents. Si le réalisateur d'Edward aux mains d'argent plongeait le chevalier noir dans une pénombre constante, Schumacher décide d'entourer son héros d'une multitude de couleurs criardes qui feraient passer Gotham City pour une discothèque. Passé la première séquence, tout devient limpide : Batman forever sera une B.D. live ou ne sera pas. Les personnages, les situations, les décors… tout est caractérisé à l'extrême pour permettre au spectateur de rentrer dans cet univers si particulier.

On passera sur le scénario d'une rare bêtise. Deux super méchants s'allient, l'un pour détruire Batman, l'autre pour devenir l'homme le plus intelligent de Gotham grâce à une invention qui, greffé sur les téléviseurs, décervelle toute personne la regardant, prouvant si besoin est que Schumacher ne fait pas dans la finesse. Plus intéressante est la charte visuelle, véritable marque de fabrique du film. Peut-être vaguement inspiré du Fantôme de l'Opéra, Batman Forever se distingue par ses décors monumentaux qui, s'ils n'égalent pas les somptueux monuments expressionnistes des films de Burton, confèrent à ce Batman une véritable richesse plastique.

 

Photo Val Kilmer, Nicole Kidman

 

LES GENTILS

Batman ne serait pas Batman sans des personnages suffisamment forts pour incarner les mythes qu'ils convoquent. Ainsi Val Kilmer endosse le double costume de Bruce Wayne / Batman en lieu et place du ténébreux Michael Keaton, confirmant ainsi la volonté de la production de toucher un large public avec un héros plus jeune. Si sur le papier le choix pouvait paraître intéressant, il n'en est pas de même à l'image. En effet, l'ancien rival de Tom Cruise dans Top Gun semble plus à l'aise dans le rôle du milliardaire playboy que dans celui de l'homme chauve souris. En un mot Val Kilmer est un Bruce Wayne crédible mais un Batman un peu fade en dépit d'une volonté évidente de coller au plus près au personnage torturé. 

De son côté, le Robin composé par Chris O'Donnell est exploité de façon trop évidente pour faire craquer les midinettes tandis que malgré ses efforts, la belle Nicole Kidman ne parvient pas à faire oublier Kim Basinger et Michelle Pfeiffer. Elle offre cependant un bon contrepoint au personnage de Wayne.

 

photo, Chris O'Donnell

 

LES MECHANTS

Enfin, impossible de parler d'un Batman sans s'attarder un minimum sur ses méchants emblématiques. Batman forever ne déroge pas à la règle et offre deux bad guys en totale adéquation avec l'esprit déjanté voulu par Schumacher. Ainsi l'homme mystère ne pouvait trouver meilleure incarnation en Jim Carrey faisant ici ce qu'on attendait de lui depuis les succès de The Mask et Ace Ventura, à savoir grimacer à chaque plan sans oublier d'en faire une tonne comme l'excentricité de son personnage l'exige. 

Tommy Lee Jones lui se lâche complètement dans le rôle de Double Face offrant un numéro de cabotinage comme on en a rarement vu au cinéma. Si les deux personnages peuvent lasser par leurs grimaces incessantes, force est de reconnaître qu'une fois réunis, les deux acteurs dégagent une formidable énergie prompte à faire sortir le spectateur de sa léthargie et forment le véritable duo dynamique du film.

 

photoEt si on changeait de coiffeur ?

 

Pourvu d'intentions louables (insuffler du sang neuf au mythe du chevalier noir) et d‘un casting composé d'acteurs en pleine ascension (Nicole Kidman, Jim Carrey et Drew Barrymore, ici sous exploitée, n'étant pas encore à l'époque les immenses stars qu'elles sont devenues), Batman forever ne réussit qu'à moitié son pari. Il cède trop facilement au formatage du blockbuster grand public, et ce malgré des scènes d'où débordent une certaine folie et une tentative intéressante d'exploration de la psychologie de Bruce Wayne via sa relation avec Dick Grayson.

Schumacher prend le risque de n'exploiter que la superficialité de ses personnages (l'héroïsme de Batman, la beauté trop parfaite de Nicole Kidman, la mégalomanie du Riddler et de Double Face). Il en résulte un film de pur divertissement certes efficace mais principalement destiné aux adolescents. Batman forever annonce le début de la fin.

 

affiche

Résumé

Une version de Batman aussi superficielle que drôle et divertissante. Cet épisode marque le début de la chute spectaculaire de la licence Batman achevée 2 ans plus tard par Batman et Robin. Il lui faudra presque une décennie pour s'en remettre...

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Lecteurs

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commentaires
Flo
26/02/2020 à 14:45

Un film très sous estimé (et même haï) pour ce qu’il est: après le premier film qui s’inspirait de la version classique (ambiance polar des années 40) et le deuxième qui lorgnait vers les versions comics plus modernes (anthropomorphismes des persos et looks graphiques inquiétants et tordus), "...Forever" prend ses sources au sein des plus festives années 50 et 60, où Bats et Robin combattaient aussi bien des extraterrestres que des ennemis loufoques et très colorés. Même le Joker y était plus gaguesque que pervers.
Evidemment Schumacher n’est pas un réal adepte du bon goût mais l’histoire intéresse, si on saute le traitement trop anecdotique de Double Face (TLJ croyait devoir en faire des tonnes pour ne pas se faire voler la vedette par Carrey), avec la suite des origines de Bruce. L’idée d' »immortalité » de Batman et de filiation avec Dick Grayson est aussi assez touchante.
Ce qui conclue une trilogie plutôt cohérente avec 3 épisodes se complétant tout en ayant chacun leur propre « couleur », un peu comme la saga "Alien".

-Conseil cinéma pour mieux apprécier le film: Voir "Génération perdue", "L’Expérience interdite" et les diverses série animées de Batman.
-conseil comics: ceux des années 50 et 60, plus drôles et colorés.

Jeje
11/03/2018 à 20:27

Le pir des Batman que j'ai jamais vu

Mx
11/03/2018 à 20:22

DU NANAR 4 étoiles, c kitsh à souhait, et on a deux acteurs qui ruinent leur carrières en cabotinant comme des fous!

La Rédaction - Rédaction
11/03/2018 à 20:20

@Fash
Il s'agit de la note donnée à l'époque par le rédacteur. Pas sûr que nous serions aussi cléments aujourd'hui ;)

KibuK
11/03/2018 à 20:10

C'est Robin Williams qui était annoncé au départ dans le rôle du Riddler... Ca ne s'est pas fait. Pure spéculation de ma part mais au vu de sa filmographie, peut-être que Mr. Williams voulait interpréter la folie du personnage avec une certaine finesse/douceur.

Flash
11/03/2018 à 18:58

2 étoiles et demi pour ce nanar vous êtes sympa !
Ce festival de cabotinage ce film.

Apola
11/03/2018 à 17:54

Un vrai plaisir coupable ce film

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