Critique : 1941

Film ovni dans la carrière de Spielberg, et seul véritable échec financier du cinéaste à ce jour, 1941 doit autant à la fougue du jeune prodige remonté à bloc par le succès inattendu des Dents de la mer qu'au talent iconoclaste du duo de scénaristes Bob Gale et Robert Zemeckis (futurs créateurs de la trilogie Retour vers le futur, là aussi une relecture d'un autre âge d'or de l'Amérique).

 


Véritable comédie non sensique, mêlant aussi bien l'auto-parodie (l'arrivée du sous-marin japonais traité comme le prologue de Jaws, l'atterissage catastrophe de John Belushi près de la cabane à serpent de Duel) que l'humour noir (le film dépeint une amérique hystérique et ultra paranoiaque), 1941 permet au trio de s'en donner à coeur joie. Pour se faire, ils enrôlent tout ce que le Saturday night live a produit de comiques déjantés dans les années 70, John Belushi et Dan Akroyd en tête (les futurs Blues Brothers), Treat Williams, Nancy Allen, Slim Pickens (vieille gloire hollywoodienne), Christopher Lee, Toshiro Mifune, ainsi que de nombreux caméos de cinéastes de la même génération, notamment John « un bon viet est un viet mort » Milius en père noël.



Spielberg, poussé par la folie de ses deux scénaristes, ne recule devant aucune scène (aussi absurde soit-elle) et enchaîne les séquences de destruction et de burlesque les unes après les autres, se foutant ouvertement de la gueule de tout le monde (le général incarné par Robert Stack qui font en larmes au cinéma devant Dumbo alors que Hollywood est mis à sac par des marines bourrés et des aviateurs fous qui se donnent la chasse en slalomant entre les rues…scène qui n'est pas sans évoquer le ballet de chasseurs dans les arcanes de l'Etoile noire de Star Wars : Épisode IV). Bref, 1941 est un bordel sans nom, jubilatoire au possible et parfaitement maitrisé par le jeune réalisateur qui prend un malin plaisir à casser les jouets qu'il vient juste d'obtenir d'Hollywood, Universal produisant les yeux fermés, sûr du succès du nouvel opus du jeune prodige.

 



Échec cuisant à sa sortie, 1941 selon les dires des intéressés (Steven et les deux Bob) était peut être un peu en avance sur son temps et sur son public qui n'a pas apprécié que le pays soit tourné en ridicule, les militaires tout comme les civils (John wayne, à qui Spielberg proposa un rôle, refusa violemment de se livrer à ce qui était à ses yeux une véritable mascarade anti-américaine). Le mot d'ordre décrété par Milius (producteur exécutif du film) et Zemeckis « irresponsabilité sociale » a été suivi au pied de la lettre par Spielberg qui, contraint par la production d'alléger son film en scènes barges (que l'on peut redécouvrir dans cette version longue zone 1 qui fut diffusée à la TV américaine) n'en livre pas moins un film unique dans sa filmographie. À la même époque De l'or pour les braves de Brian G Hutton (Kelly's heroes)  sur un mode mineur  tiendra à peu près le même discours : les héros et leur bel esprit patriotique ont du plomb dans l'aile mon mignon. Spielberg reprendra ses esprits dès le film suivant et renouera avec le succès. Erreur de jeunesse diront certains….

 

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