Critique : Kiki la petite sorcière

Stéphane Argentin | 15 mars 2007
Stéphane Argentin | 15 mars 2007

Amusant de constater les trois axes que comporte la filmographie (actuelle) d'Hayao Miyazaki : les aventureux (Cagliostro, Porco Rosso), les radicaux ou plus exactement LE radical (Mononoke) sans conteste son film le plus « engagé », et enfin les mixtes (Laputa, Chihiro) qui, de part leur bipolarité, s'adressent aux plus vieux comme aux moins jeunes. Cinquième long-métrage d'un des maîtres de l'animation japonaise datant de 1989, Kiki la petite sorcière est, en quelque sorte, la petite soeur de Chihiro. Petite car, si le point de départ demeure identique (une fillette de 12-13 ans livrée à elle-même), la soustraction de bon nombre de thèmes récurrents chez Miyazaki restreint d'autant le public ciblé.

 

 

 

Une constante demeure toutefois : la passion de Miyazaki pour l'aviation. Kiki, en bonne sorcière qu'elle est, enfourche en effet avec plus ou moins de maîtrise son inséparable balai volant tandis que son ami Tombo se passionne pour toutes sortes de créations aéronautiques (vélos à hélice, zeppelins…). Seul Mononoke, résolument plus « terrestre » se distingue à nouveau sur ce point. Autre constante : la touche comique / attendrissante avec ces petits animaux de compagnie aux yeux globuleux (comment oublier les fameux sylvains de Princesse Mononoke ?). Sorcière oblige, Kiki est accompagnée de son chat (noir) Jiji. Un chat qui servira de clochette d'alarme pour la perte d'identité (magique) de la jeune fille, tout comme la disparition corporelle progressive marquait celle de Chihiro. Autre disparition, plus limitative en terme de public celle-là : le thème de l'industrialisation à outrance et de ses répercussions sur l'environnement (les dieux frappés par la déforestation et la pollution devenus démons dans Mononoke et Chihiro). Seule demeure une jeune ermite peintre (Ursula) entourée d'oiseaux qui ne sera guère plus qu'une confidente et une rencontre de plus sur le chemin de Kiki.

 

 

 

Car Kiki la petite sorcière, c'est d'abord cela : une histoire faite de rencontres tant professionnelles (Osono la boulangère) que personnelles (Tombo le petit ami) et de quantité d'autres, bonnes et moins bonnes mais toujours enrichissantes et qui, cumulées, forment un tout, l'apprentissage d'une vie. Le public cible est donc bien spécifique : les petites filles de 12-13 ans. Les garçons y trouveront plus difficilement leur compte, le seul personnage masculin un tant soit peu présent à l'écran étant le jeune Tombo. Mais là encore, on est bien loin de l'équité des sexes Sheeta-Pazu dans Laputa, Ashitaka-San dans Mononoke ou bien encore Chihiro-Haku dans Chihiro. Quant au retrait des thèmes plus « adultes » et ainsi du double niveau de lecture, il « hermétise » encore un peu plus les aventures de cette petite sorcière auprès d'un public plus âgé. Dommage car la patte du cinéaste y est bel et bien présente et ravira à n'en pas douter les inconditionnels.

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