Showgirls : critique résurrection

Sébastien de Sainte Croix | 21 janvier 2005 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Sébastien de Sainte Croix | 21 janvier 2005 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Conforté par le succès critique et public de Basic instinct, Verhoeven s'engage à nouveau aux côtés de Joe Eszterhas sur un sujet à haute teneur polémique : Showgirls.

Frustré d'avoir à édulcorer tous ses films pour éviter une interdiction aux mineurs, Verhoeven obtient de ses producteurs un classement NC-17 avant même le premier tour de manivelle et s'engage dans un casting marathon pour trouver l'actrice qui acceptera de passer une bonne partie du film en string, voire moins.

C'est la toute jeune Elizabeth Berkley qui va enfiler le « costume » de Nomi Malone : choix de carrière audacieux et casse-gueule pour cette héroine de sitcom (Sauvez par le gong) qui trouve là son premier (et dernier à la date d'aujourd'hui) grand rôle. Verhoeven nous invite à suivre l'apprentissage d'une jeune danseuse en route vers la gloire : se produire à Vegas. Véritable Ève en string, Nomi perdra quelques plumes au passage, ainsi que toutes ses illusions, et se résoudra à utiliser son corps comme une arme de destruction massive pour gravir la rampe.

 

photo, Elizabeth Berkley

 

Attaqué à tort sur son côté vulgaire et putassier (le cabaret tenu par Robert Davi est gratiné), Showgirls est un film d'une grande élégance formelle sur un monde qui l'est moins. Verhoeven filme avec beauté les personnes et les situations les plus vulgaires. Tous les personnages sont ambigus et les relations qu'ils nouent entre eux sont autant de rapports conflictuels sur le désir de prendre ou d'exercer le pouvoir sur un être ou une situation. Le personnage principal n'échappe pas à la règle et va se montrer encore plus doué que ses maîtres. Le film de Verhoeven n'est alors pas le film de cul annoncé mais, un peu à la manière de Crash, un film où les personnages communiquent lors desdites scènes.

 

 

photo, Elizabeth Berkley, Kyle MacLachlan

 

Le premier ébat frénétique dans la piscine entre Mark et Nomi voit cette dernière, instrumentalisée dans leur face-à-face précédent lors du lap dancing, rétablir la balance en baisant son amant d'un soir jusqu'à ébullition. Cette inversion n'est pas sans rappeler la scène de dépucelage de Jennifer Jason Leigh dans Flesh + blood (La Chair et Le Sang) qui « baise » son violeur. Les conflits se règlent au corps à corps sur la scène du casino ou dans n'importe quel lieu propice à tirer un coup. Le cul est banalisé et réglementé : toutes les histoires d'amour sont vouées à l'échec et seule celle non consommée entre Nomi et Cristal (Gina Gershon) aurait pu aboutir à quelque chose. Verhoeven serait-il un grand puritain qui s'ignore ?

Non content de faire SON film plein de nudités frontales et de strass, le cinéaste hollandais met tout son talent en oeuvre pour rendre les numéros musicaux les plus spectaculaires possibles, alors que le genre semblait tombé en désuétude depuis allons Bob Fosse et son All that jazz.... De là à dire qu'il faudrait relire Showgirls comme la perte d'illusion d'un metteur en scène obligé de se « prostituer » pour gravir les échelons du box-office Verhoeven n'ayant jamais caché son sentiment à l'égard d'Hollywood où la violence est acceptée même la sienne alors que le moindre sein dévoilé provoque scandale.

 

Affiche ressortie 2016

Résumé

Film personnel autant que film spectacle, Showgirls se montre à la hauteur des attentes qu'il a suscitées, et même plus : le film se bonifie avec le temps. Arrivée à son but (prendre la place de la meneuse de la revue et s'être vengée de ceux qui l'ont humiliée), Nomi peut donc quitter ce grand Disneyland pour adultes qu'est Las Vegas et reprendre la route. Certains y verront une tentative de l'auteur d'apporter à son personnage un semblant de rédemption et de retour à l'ordre moral, mais la route de Vegas mène tout droit à Los Angeles et donc à... Hollywood. La suite aurait pu s'intituler Nomi takes Hollywood, mais le box-office en a malheureusement décidé autrement.

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commentaires
Pat Rick
29/02/2020 à 20:23

Pas le meilleur film du cinéaste néerlandais mais clairement un bon film film injustement dénigré.

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