Blow Out : critique du meilleur film de Brian De Palma ?

Thomas Douineau | 1 février 2021 - MAJ : 08/02/2021 11:52
Thomas Douineau | 1 février 2021 - MAJ : 08/02/2021 11:52

Et si c'était le meilleur film de Brian De Palma ? C'est en tout cas l'un des plus beaux, tragiques et puissants du réalisateur culte derrière Carrie au bal du diable, Obsession, Body Double ou encore Mission : Impossible. En écho au Blow-up de Michelangelo Antonioni, John Travolta y traque la vérité et un tueur face à Nancy Allen et John Lithgow. Entre thriller politique et réflexion sur le cinéma, un grand film, et un sommet pour De Palma.

« Ça, c'est un cri ! »

Au début des années 80, auréolé du récent succès de Furie, Carrie et Pulsions, Brian de Palma commence à avoir le choix pour avancer dans sa carrière. Pourtant, il se concentre sur un autre scénario qu'il a lui-même signé, et qui est parti d'une idée venue pendant le mixage sonore de Pulsions. C'est Blow Out, alors titré Personal Effects.

Dans un premier temps, c'est un petit projet. Mais le casting de John Travolta change les choses. Lui qui avait notamment débuté dans Carrie du même réalisateur, a explosé depuis avec Grease et La Fièvre du samedi soir. Le petit film devient alors un projet énorme, nanti de 9 millions de dollars, budget déjà conséquent à l'époque.

À l'arrivée, le film fut un échec commercial énorme, avec moins de 14 millions au box-office. Un moment qui a marqué le réalisateur à jamais. Pourtant, Blow Out a depuis été largement réhabilité, et a eu droit à une deuxième vie. Notamment grâce à Quentin Tarantino, qui le classe parmi ses films préférés, et a réutilisé la musique de Pino Donaggio dans Boulevard de la mort d'ailleurs.

Désormais, Blow Out est considéré comme l'un des meilleurs films de De Palma. Une oeuvre qui synthétise, à la fois dans le fond comme dans la forme, tout son cinéma, de ses angoisses à ses obsessions. Et c'est sans conteste son film le plus personnel et le plus audacieux sur le plan esthétique.

 

photo, John TravoltaSur écoute

 

DECI-BELLE

À travers l'histoire de cet ingénieur du son spécialisé dans les films d'horreur, témoin d'un accident alors qu'il enregistre des sons pour son prochain travail, c'est l'essence même du septième art, tant du point de vue artistique que technique, qui est mise en exergue. Jusqu'à offrir au spectateur la plus belle des leçons de cinéma au cours d'une scène anthologique où John Travolta, en technicien hors pair (à l'image de De Palma), « fabrique » un film et donne vie à des images, pour en révéler l'illusion. Pour un cinéaste passionné par le pouvoir de l'image, Blow Out est un paroxysme stylistique.

Cependant, Blow Out ne s'arrête pas à ce formidable exercice de style en forme « d'explication de texte (d'image ?) ». On y retrouve les thèmes chers à De Palma : conspiration politique, culpabilité, paranoïa et faux-semblants, dont il s'est toujours servi pour nourrir ses thrillers, genre dans lequel il excelle.

À cela s'ajoute que le film se pose comme étant le plus cynique et le plus pessimiste de son auteur. Après avoir compris de quoi il en retourne, Jack cherche à faire éclater la vérité, mais personne ne l'écoute. Déterminé, il va donc mettre en danger la vie de la femme qu'il aime (et qu'il a précédemment sauvée) pour prouver qu'il a raison, à n'importe quel prix.… L'échec sera total : la vérité reste enterrée, et Sally est morte. Jack a tout perdu, à commencer par son humanité.

 

photo, Nancy AllenNancy Allen, figure majeure du cinéma de De Palma

 

CLAP DE FIN

Impossible de ne pas s'attarder sur la fin de Blow Out, sans aucun doute l'une des plus belles et des plus douloureuses du monde. D'une beauté à couper le souffle, elle scelle de manière terrible et désespérée le destin tragique des personnages. Du drame qui s'est joué devant nos yeux, il ne reste qu'un simple effet sonore dans un film d'horreur de seconde zone qui devient, pour De Palma, une sorte de métaphore de toute l'expérience de Jack.

Ce cri qui résonne et se perd dans une série B dénuée de sens, les larmes de John Travolta, la musique de Pino Donaggio : c'est un final mémorable, et l'un des plus puissants de toute la filmographie du cinéaste.

 

photoTon coeur qui explose comme le ciel

 

Un final tellement noir et extrême qu'il ressemble presque à une anomalie, tant il condamne son héros, et laisse le spectateur dans un parfum d'échec monumental. Brian De Palma avait le final cut (le pouvoir sur le montage), et ça se voit à l'écran. Ce qui lui vaudra d'ailleurs de dire à l'époque, après les résultats calamiteux du film au box-office : « Je me suis mis à nu dans ce film. Et c'est un désastre. ».

L'échec du film en salles est presque le point final parfait de ce cauchemar urbain et nocturne, dont rien ne réchappe. Si ce n'est une sensation toujours aussi vive des décennies après : rarement Brian De Palma aura mis sa maîtrise formelle au service d'une histoire si solide, si forte, et si proche de ses personnages. Et John Travolata aura rarement été aussi bon.

 

Affiche française

Résumé

L'un des meilleurs films de Brian De Palma. Une superbe démonstration technique qui synthétise tout son rapport au cinéma, mais sans jamais perdre ses personnages ni son intrigue. D'où une émotion renversante, et un final terrassant, avec un John Travolta excellent.

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commentaires
Holly Body
04/02/2021 à 09:55

Non, l'article n'est pas responsable de ceux qui viennent lire une critique d'un film qui a 40 ans, sans l'avoir vu, et en espérant maintenir l'effet de surprise. C'est le monde à l'envers.
Cette culture très moderne de l'avertissement spoilers devient ridicule. Aux lecteurs d'assumer leur responsabilité, une critique avec un tel titre, évidemment que ça va parler du film en détail. C'est pas un encart de 4 lignes dans Télé 7 Jours.

Willpinner
04/02/2021 à 09:22

Analyser ce p...in de chef d'oeuvre sans parler de la fin n'aurai évidemment pas beaucoup de sens (chouette article au passage !). Mais un spoiler alert, quand même... je suis d'accord, parce que ce qui parait évident à des cinéphiles ne le sera pas forcément pour des cinéphiles "à venir", qui sont soit plus jeunes, soit s'intéressent au cinéma depuis peu. C'est un peu comme la jaquette géniale du DVD de La Planète des Singes avec la statue de qui-vous-savez sur l'affiche. Oui, il y a encore des gens qui n'ont pas cette culture et ne savent PAS que ce film se déroule en fait sur la planète biiiiiiip...

Pseudonaze
03/02/2021 à 07:56

Un chef d'œuvre, un must have pour tout cinéphile qui se respecte

pc
03/02/2021 à 00:29

Un super film !

Noah81
02/02/2021 à 19:47

Un chef d'œuvre ! Et puis, Nancy Allen ! Absolument excellente.

captp
02/02/2021 à 17:39

D'accord avec pas mal de monde c'est difficile de choisir le "meilleur" dans la filmo de ce très grand cinéaste mais blow out fait partie de ses chefs d'œuvre.
Par contre si tout les cinéphiles et critiques le disent aujourd'hui je comprendrais jamais pourquoi de Palma c'est autant fait defoncer tout le long de sa carrière et ça depuis le début. Ce mec en à pris plein la gueule tout du long par la presse et ça m'est totalement incompréhensible même avec le recul.

Geoffrey Crété - Rédaction
02/02/2021 à 09:55

@Pseudo1

On considère qu'écrire sur un film qui a 40 ans, c'est bien au-delà de l'alerte spoilers :)

Dans une critique sur un "vieux" film, il y a naturellement le risque de tomber sur des infos gâchant la surprise pour ceux et celles qui ne l'ont jamais vu.
Pour s'interroger sur la valeur de Blow Out et avec la question de sa place dans la carrière de De Palma, il était naturel pour nous de parler de tout, et notamment de la fin, très importante pour aborder et décrypter ce film.

ZORGLUB
02/02/2021 à 09:47

Pour une fois avons allumé TV hier soir pour savourer à nouveau ce film ❤️

Pseudo1
02/02/2021 à 06:35

@La rédac

Autant en général, j'aime bien vos critiques qui évitent les spoils, autant là, vous y êtes allés franco en révélant jusqu'à la fin !

Une alerte spoiler aurait été bienvenue car en l'état, vous gâchez clairement le film (et un super film apparemment) à ceux qui n'ont pas eu l'occasion de le voir avant !

Nico
01/02/2021 à 21:20

L' un de ses meilleurs films sans aucun doute ,avec l'immense Vilmos Zsigmond à la photographie et en prime un John Travolta doublé par notre Gégé national!

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