Films

Femme fatale : Critique

Par Ilan Ferry
7 novembre 2006
MAJ : 16 octobre 2018
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OeŒuvre « mineure » dans la carrière de Brian De Palma, Femme fatale marque le retour en force de son auteur après l’échec publique et artistique du très moyen Mission to Mars. Et quel meilleur moyen pour se réconcilier avec son public que de revenir à son genre de prédilection : le thriller ? 

Photo Rebecca Romijn, Antonio Banderas

Il faut dire qu’en la matière le réalisateur a toujours fait preuve d’une maestria qui n’a d’égale que son amour pour le genre qu’il s’agisse de Blow out, L’Impasse, Snake eyes ou le récent Dahlia noir. Femme fatale serait pourtant à ranger du côté des succès d’estime (à défaut de public) du réalisateur où siègent déjà timidement quelques unes de ses perles les moins aimées (Le Bûcher des vanités pour ne citer que lui). N’en déplaise à ses détracteurs, De Palma démontre qu’il peut toujours faire du neuf avec du vieux ou comment créer une véritable ode à la figure de la femme fatale avec le coté outrancier de Body double.

 

 

Le sexe a toujours été un thème central dans la filmographie du réalisateur et force est de constater qu’en la matière Femme fatale fait office de cas d’école. En lui donnant les courbes très avantageuses de la magnifique Rebecca Romjin (alias Mystique dans la trilogie X-Men), De Palma érotise au maximum son rôle titre et le doux parfum de meurtre planant tout au long du film n’en devient que plus pervers et donc jouissif. L’occasion pour le réalisateur de nous montrer qu’il n’a rien perdu de sa superbe au détour de séquences mémorables dont un cambriolage de haut vol en plein festival de Cannes rythmé par le Boléro de Ravel.

 

 

Des petites surprises comme ça, Femme fatale en contient un certain nombre tour à tour jouissives ou agaçantes. Tant dans sa forme que dans son fond, le film relève de la métaphore plus ou moins grossière. À l’image de son anti-héros de photographe campé par Antonio Banderas, le réalisateur emprisonne une icône qui n’est pas ce qu’elle semble être. Le film tout entier parait alors comme une belle mise en abîmes du cinéma : alors que l’appareil photo de Nicolas Brando (Antonio Banderas), toujours en quête de quelque chose de plus, fait écho à la caméra de De Palma, Laure (Rebecca Romjin) représente quant à elle une image fantasmée ayant la capacité de créer des subterfuges tel une scénariste. Ainsi, De Palma nous invite à une véritable réflexion sur la représentation de l’image et met en parallèle l’univers du cinéma et celui du rêve lentement et judicieusement juxtaposés (un constat qui trouve sa parfaite cristallisation dans la séquence finale) car tous deux emprunts d’artificialité.

 

 

La rédemption, le double, la seconde chance, le paradis, l’enfer et enfin le voyeurisme vu par le prisme de la multiplicité des points de vue, sont autant de thématiques qui constituent la quintessence du cinéma de De Palma. Et pourtant, Femme fatale déconcerte à défaut de décevoir de par cet aspect pot pourri (que renforce une perpétuelle utilisation de gimmicks propres aux obsessions du cinéaste) comme si De Palma en pilote automatique laissait de côté toute surprise pour livrer un hommage au film noir certes brillant mais ne dépassant jamais le cadre de l’exercice de style.

 

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