Soeurs de sang : Critique

Jean-Noël Nicolau | 7 novembre 2007
Jean-Noël Nicolau | 7 novembre 2007

L'ouverture de Sœoeurs de sang, avec son incroyable jeu des « Voyeurs », ressemble à une profession de foi de toute l'œoeuvre de Brian De Palma. Le traitement humoristique d'une situation scabreuse, doublée d'une mise en abyme qui rend le spectateur omniscient mais d'autant plus coupable, sera décliné jusqu'à plus soif (et bien au-delà de l'autoparodie) dans les films suivants du réalisateur. Les détails comiques très acerbes (on offre un set de couteau à l'assassin et une place dans un restaurant folklorique africain au participant noir) donnent tout de suite le ton d'une œoeuvre aussi brillante qu'infiniment maligne.

Si la majorité des effets inhérents au style de De Palma sont déjà présents (à part le sempiternel travelling tournoyant dont l'absence ne manquera à (presque) personne), ils correspondent plutôt judicieusement à l'ambiance générale et ne sont pas toujours gratuits. On pensera en particulier au split-screen, présent dans deux séquences, très efficace au niveau du suspens, mais qui fait aussi écho à la nature siamoise des deux soeœurs. Paradoxalement, la manière de filmer de De Palma semble plus maîtrisée dans cette oeœuvre de jeunesse que dans certains de ses efforts plus récents (et sacralisés). Pour cela on citera aussi la séquence d'hypnose finale, mi-cauchemar éveillé, mi-transfert psychanalytique sordide.

 

 

Inévitablement, le réalisateur cite son mentor Alfred Hitchcock, en offrant ici un Psychose au féminin, dont la bonne idée est de ne pas trop tirer sur la corde de la révélation improbable, tant celle-ci paraît évidente dès la première conversation entre les deux sœoeurs. De Palma préfère varier autour des moments clefs du chef-d'œoeuvre d'Hitchcock en proposant un meurtre à l'arme blanche assez gore et une longue séquence de tension où l'on se préoccupe davantage de la dissimulation du crime que de sa découverte. Après ces brillants trois premiers quarts d'heure, l'intrigue patine un peu, en partie à cause du manque de charisme de Jennifer Salt (l'actrice fétiche du réalisateur à l'époque). En contrepoint, Margot Kidder, que l'on a bien du mal à imaginer en Lois Lane de Superman, offre une prestation très convaincante, mélange de sensualité trouble et de menace latente. On notera la présence de William Finley (inoubliable Phantom du Paradise) en docteur inquiétant et maladroit (sa chute, en plein nettoyage du lieu du meurtre, demeure l'un des moments les plus incongrus de la filmographie de De Palma).

 

 

Malgré un plan final jouissif dans son surréalisme campagnard, Sisters ne parvient que difficilement à tenir en haleine sur toute sa durée. Seule l'excellente partition de Bernard Herrmann et les bonnes idées de mise en scène évitent le naufrage, surtout lorsque l'on s'attend à un crescendo autrement plus impressionnant. En ne sachant pas vraiment où aller pour conclure son métrage, De Palma évite le grand-guignol d'un Pulsions, mais, pour une fois, on le regrettera, tant le sujet se prêtait à l'excès. Et sur le sujet de la géméllité schizophrénique, le Faux-semblants de Cronenberg est autrement plus génial. Paradoxalement, l'excellent thriller qu'est Soeœurs de sang souffre de la sagesse de son auteur, que l'on a rarement connu aussi timoré. Il est ainsi étonnant de noter que le film le plus fou du réalisateur (Phantom of the Paradise) est entouré par ses deux œoeuvres les plus retenues (Sisters et Obsession). 

 

 

Résumé

Mais la sobriété étant une notion toute relative chez De Palma, Sœoeurs de sang réserve quand même quelques plans incroyables, en particulier lorsqu'un homme criblé de coups de couteau prend le temps d'écrire un appel à l'aide sur la vitre d'une fenêtre, et ce dans le bon sens de la lecture, c'est-à-dire à l'envers !

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