Critique : Block party

Flavien Bellevue | 4 septembre 2006
Flavien Bellevue | 4 septembre 2006

Michel Gondry est de retour seulement quelques semaines après La Science des rêves dans un genre où nous ne l'attendions pas forcément (bien qu'il soit issu du clip et de la pub), le docu-concert. À la demande du comique américain en vogue aux US, Dave Chappelle, le réalisateur français se retrouve aux commandes d'un documentaire dont le point d'orgue est un concert, enregistré le 18 septembre 2004, réunissant des artistes phares de la scène hip-hop américaine à New York, dans un quartier de Brooklyn, d'où le titre Block party.


Difficile de trouver la patte habituelle de Gondry (mis à part le générique quelque peu enfantin) car nous ne sommes pas dans une œuvre de fiction où son imaginaire va totalement l'envahir. Ici, le réalisateur est au service de l'acteur Dave Chappelle qui, après les succès des deux premières saisons consécutives de son émission Chappelle's show sur la chaîne Comedy central, s'offre le rêve de réunir, le temps d'un concert, ses amis artistes du hip hop US qui lui rendent parfois visite dans son émission. Au programme, l'inévitable et talentueux Kanye West, son nouveau protégé John Legend, les rappeurs Common, Dead Prez, Talib Kweli, Mos Def (qui a fait quelques sketchs avec Chappelle, dans son show), le groupe, quasi mythique, The Roots mais également les ravissantes Erykah Badu et Jill Scott. Mais le point d'orgue de ce concert à l'affiche très alléchante, pour les amateurs du genre, est la reformation du groupe The Fugees. Depuis leur succès de l'album The Score, le groupe remonte sur scène pour la première fois, sous les caméras de Gondry.

Avant le concert en question, l'acteur Dave Chappelle revient sur les lieux de son enfance à Yellow Springs (Ohio) et décide d'inviter toutes les persones qu'il croise au concert. Des commerçants qu'il connaît depuis son enfance à l'orchestre de l'université de l'Ohio, le but de Chappelle est simple, pouvoir sortir des « campagnards » qui n'ont pas l'habitude ou les moyens de se déplacer jusqu'à New York pour assister, de surcroît, à un concert prestigieux. Une fois son « public » trouvé, Dave Chappelle s'intéresse au quartier de Brooklyn dans lequel va se dérouler le concert, Bed Stuy. Ce quartier a vu de nombreux artistes du rap et du hip-hop grandir dont Notorious B.I.G, assassiné il y a maintenant neuf ans.

Les caméras de Michel Gondry et de son chef opérateur, Ellen Kuras, saisissent tous ces personnages, croisés au fil de l'aventure, de la façon la plus naturelle, sans artifices, à l'épaule zooms et flares compris ; quitte à perdre le point parfois même en situation de concert et de voir apparaître la perche du micro. L'attrait de cet œuvre tient également et surtout de son habile montage qui montre la recherche du « public », la découverte du quartier de Bed Stud pour virevolter entre le concert, les répétitions et les coulisses du concert. Block party s'avère au final un docu-concert efficace et sincère car il a pour but d'être proche de gens de tous horizons (de n'importe quel âge et race) qui composent parfois l'Amérique profonde tout en leur faisant passer un agréable moment. Gondry fait rarement sentir sa présence (on l'aperçoit une fois dans un reflet avec son équipe et on l'entend une fois poser une question) et c'est mieux ainsi. Le film étant, dès le départ, dédié à la vie, c'est bel et bien ce sentiment qui nous reste après 1h50 de tranches de vie, d'humour et de musique.

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