Critique : Fair play

Laurent Pécha | 5 septembre 2006
Laurent Pécha | 5 septembre 2006

L'entreprise, monde cruel où chacun ou presque est prêt à écraser psychologiquement (voire pire) son collègue pour grimper les échelons. Un monde où le fair-play n'existe pas et qui sert de terrain de jeu à Lionel Baillu pour son premier et remarquable long-métrage. Etirant son déjà excellent court-métrage qui se déroulait uniquement lors d'une partie de squash, le jeune cinéaste multiplie les bras de fer sportifs (aviron, squash, parcours de santé, golf et pour finir canyoning) en déroulant à chaque fois la même montée de la tension. Tout d'abord anodine et purement amicale, la joute va petit à petit permettre à ses duellistes de vider leur sac et ainsi dévoiler leurs intentions pour le moins arrivistes. De plus en plus tendus les échanges verbaux se chargent de sous-entendus assassins et mettent une pression de plus en plus insoutenable sur les protagonistes mais aussi le spectateur, fasciné par ce jeu de massacre feutré mais pourtant bel et bien destructeur. Si le scénario ainsi conçu tend plus d'une fois à la répétition laborieuse, il y puise paradoxalement sa force principale : plongé en terrain connu, on jubile d'avance et on attend l'étincelle, cette petite phrase blessante qui va faire basculer une simple partie de sport en un affrontement psychologique des plus dévastateurs.

Remarquable satire jubilatoire, Fair play a le bon goût d'y aller crescendo dans le pétage de plomb livrant un final forcement complètement barré où chacun videra son sac de la manière la plus franche et décapante qui soit. Respirant le vécu (chacun pourra facilement retrouver une situation qu'il a du affronter un jour), sobrement réalisé mais avec une rigueur bluffante, Fair play doit, on s'en doute étant donné les échanges verbaux prolifiques, beaucoup à son casting 6 étoiles. Tous, de Jéremie Reignier à Marion Cottillard en passant par la révélation Éric Savin (déjà présent dans le court-métrage) ou encore Benoît Magimel (méconnaissable avec son look de faux dandy roux bedonnant adepte du sweet multicolore), offrent des performances incroyablement authentiques qui trouvent là aussi leur apogée dans une expédition de canyoning redoutablement éprouvante pour nos nerfs.

Qu'importe si la démonstration de Lionel Baillu pêche par une pirouette finale un peu trop appuyée, on sort conquis et encore plus persuadé que l'on vit dans un monde de brutes où la notion de fair-play reste une bien jolie utopie.

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