La Malédiction 666 : critique

Laurent Pécha | 30 mai 2006 - MAJ : 06/12/2018 16:14
Laurent Pécha | 30 mai 2006 - MAJ : 06/12/2018 16:14

Alors que le cinéaste n'est plus l'ombre de ce qu'il était (Prisonniers du temps et 16 blocks), l'année 2006 est pourtant placée sous le signe Richard Donner. À quelques semaines d'intervalles, deux œuvres majeures (les meilleures) du réalisateur, Superman et La Malédiction, vont avoir les honneurs de leur remake sorti à grands renforts d'effets marketing en tous genres à l'attention toute particulière d'une nouvelle génération de « cinéphiles ». Si pour Superman returns, on peut encore raisonnablement espérer que Bryan Singer saura aussi bien se dépatouiller avec l'homme de fer qu'il a su le faire avec ses X-Men, le doute n'est plus de mise désormais avec l'infamie que constitue cette Malédiction 2006.

On pensait avoir vu cette année avec The Fog le pire remake d'un « classique » du film fantastique période pré-Matrix, il n'en était rien. Le film de John Moore imposerait presque le respect par sa capacité à insulter ce monument de terreur qu'est La Malédiction version Donner. Car impossible ici de ne pas faire référence à l'original (à moins de ne pas l'avoir vu, c'est à dire avoir découvert le cinéma avec Matrix donc) tant son remake s'évertue à reproduire rigoureusement « à l'identique » le récit et les scènes phares de son prédécesseur.

À l'identique, c'est bien évidemment un mot bien trop fort tant cette version 2006 se plante dans toutes ses largeurs n'arrivant strictement jamais à titiller l'intensité et l'effroi de son illustre modèle. La liste serait trop longue à énumérer mais des séquences à l'encéphalogramme plat il y en a à foison avec en point d'orgue celle du cimetière d'un ridicule à toute épreuve. Associé au scénariste de l'original (qui a sûrement récupéré un premier jet de son histoire et l'a updaté au goût du jour à coup d'insertion de scènes avec portable, mails et autres technologies actuelles), John Moore crée le film de terreur d'un nouveau genre : le film à 2 de tension.

 

 

Damien vous glaçait le sang avec son regard, vous oublierez presque ici qu'il existe ou vous vous plaindrez à la protection de l'enfance des sédatifs employés pour rendre aussi apathique son modèle 2006. Gregory Peck avait une classe folle et on partageait son tourment, Liev Schreiber s'impose comme le meilleur acteur d'entrée et de sortie de porte avec l'air inquiet. Vous étiez inquiets pour Lee Remick, vous aurez envie que Julia Stiles ne réchappe pas à sa spectaculaire chute. Les yeux de Billie Whitelaw en gouvernante satanique vous ont traumatisé durant des années, le triple salto avant de Mia Farrow et ses cris hystériques vous rappelleront à quel point un film des ZAZ était drôle. Enfin la musique de Jerry Goldsmith et ses chœurs vous tétanisaient dans votre fauteuil, celle de Marco Beltrami vous rappellera qu'un grand film d'horreur se doit d'avoir une bande originale d'exception.

 

 

Inutile de continuer plus loin cette mascarade qui tient uniquement du mauvais coup marketing faire un remake de La Malédiction et on va le sortir partout dans le monde le 06/06//2006, comme ça on aura la fameuse marque du diable et tant pis si on ne fait pas un bon film »), La Malédiction 2006 évite le zéro absolu (dieu sait que l'auteur de ces lignes a voulu le mettre) pour la fameuse scène de décapitation (un plan gore réussi sur presque deux heures, youpee !) et le fou-rire déclenché à la mort de l'ex-égérie de Woody Allen. Allez, on se console comme on peut en se disant qu'il y a bien des jeunes cinéphiles curieux qui auront envie de découvrir l'original. Cela fera toujours une poignée de gens qui se materont un VRAI film.

 

 

Résumé

Le DVD de La Malédiction de Richard Donner se trouve facilement en boutiques d'occaz autour des 4-5 euros, soit deux fois moins que le prix de la place de son remake. À bon entendeur !

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