Silent Hill : critique dans la brume

Vincent Julé | 20 avril 2006 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Vincent Julé | 20 avril 2006 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Si l'attente a été longue pour tout être humain normalement constitué (comment ça non ?), elle a en plus causé crises d'angoisse et tensions internes à la rédaction d'Écran Large.

Entre un Sandy persona non grata à la projection de presse, un Bruno anxieux ('Tu as joué aux jeux au moins ?') et une Lucile contrariée ('Quoi, je peux pas venir !'), l'heureux élu avait donc de quoi passer une bonne soirée, sous pression. Admirateur de Silent Hill et de son univers, mais pas très au fait du jeu vidéo, il avait même consenti à tâter de la manette histoire de. Assez du moins pour sourire au son d'une mandoline sur le logo Tristar. Sauf que le plan suivant voit Radha Mitchell en Rose Da Silva courir avec son mari après sa petite fille somnambule et bavarde. « Silent Hill ! Silent Hill ! », répète-t-elle à tue-tête.

Un prologue déconcertant, à la fois expéditif et explicatif, qui sort le spectateur du film avant même d'y entrer. Il faut ainsi attendre dix bonnes minutes, entre une image d'Épinal au pied d'un arbre et un arrêt pipi-essence à la station-service, avant le fameux accident et l'entrée dans Silent Hill. La ville, le film.

 

Photo Radha Mitchell

 

Et force est de constater que la création grandeur nature du véritable personnage central du jeu vidéo a son petit effet. Les premières déambulations de Rose dans les rues sous une pluie de cendres renvoient directement aux premières minutes jouables de son alter ego vidéo ludique, jusque dans les cadrages et les mouvements de caméra, comme Christophe Gans l'avait annoncé, presque promis. Un plaisir difficilement dissimulable, qui se mue en euphorie latente au déclenchement de la sirène d'alarme. And the darkness falls !

 

Photo Jodelle Ferland

 

Si le réalisateur français utilise avec talent l'obscurité et la luminosité d'un briquet, il échoue à faire preuve de réelle originalité, et encore moins à révolutionner un genre, une cinématographie codifiés. La faute à une mise en scène mécanique, enchaînant courts plans portés à l'épaule et longues séquences à la steadycam. Cette immersion dans l'épouvante et l'horreur est tout de même salvatrice et porteuse d'espoirs pour la suite. Malheureusement, la lente descente aux enfers de Rose, et du spectateur, est parasitée par des allers-retours avec la réalité et Sean Bean, dont la brièveté, la récurrence et surtout l'inutilité finissent par plomber le bon déroulement d'un récit avant tout linéaire.

Il est de notoriété publique que Christophe Gans et son scénariste Roger Avary avaient signé un premier script entièrement féminin et refusé, avant d'y ajouter bon gré mal gré le personnage du mari. Un sacré boulet au final, qui en plus de désamorcer le mystère avec sa pauvre enquête, renseigne sur la structure du long-métrage, ou plutôt sur son appréciation à travers trois niveaux de lecture, comme autant de Silent Hill.

 

Photo Radha Mitchell

 

Le premier suit donc un Sean Bean syndical râler au téléphone, conduire une voiture, faire des blagues avec le chef de la police. Du grand cinéma. Le second niveau épouse le parcours fléché de Rose, épaulée de Cybil la flic, à la recherche de sa fille dans la ville fantôme. Une errance cendrée au rythme des rencontres, des indices et puis de l'ennui et de l'indifférence.

En effet, le scénario du pourtant talentueux réalisateur de Killing Zoé et Les lois de l'attraction s'avère tout d'abord direct, brut, malin avant de devenir laborieux et terriblement volubile. Or, dès que Radha Mitchell ouvre la bouche, elle ne colle plus du tout à son image de survivante, miroir humain des horreurs qui l'entourent. Mention spéciale d'ailleurs à son répétitif, et donc drôle "Tout va s'arranger". C'est le déclenchement de la fameuse sirène qui marque le passage au troisième niveau de lecture, le plus intéressant, le plus réussi.

 

Photo Radha Mitchell

 

Alors que le ciel s'obscurcit, que les héroïnes paniquent, le spectateur se frotte déjà les mains. Car il faut admettre que le film bascule immédiatement dans des représentations horrifiques puissantes. Christophe Gans peint avec sa caméra de véritables tableaux vivants des cercles de l'enfer de Dante. De ce point de vue, les attaques de Pyramid Head sont des claques mémorables.

Mais au-delà des effets numériques bluffants, d'une absence de concessions (faut-il être Français pour avoir cette liberté aux États-Unis, rappelons nous de La Colline a des yeux d'Alexandre Aja), c'est bien le travail sur le son et la musique qui fait toute la différence. Équivalent du Dual Shock sur une manette de jeu, les sonorités organiques, les basses sourdes et un sifflement à peine perceptible mais continuel participent à faire de cette poignée de scènes de vraies expériences (expérimentations ?) sensorielles.

 

Affiche française

Résumé

Est-ce que Silent Hill le film fait peur ? La réponse est sans conteste, et malheureusement, non. Par contre, il impressionne !

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