Critique : Quand les anges s'en mêlent

Audrey Zeppegno | 15 mars 2006
Audrey Zeppegno | 15 mars 2006

Dans la famille des films de trentenaires aux amours tempétueuses, je demande Quand les anges s'en mêlent. Énième relecture de la thématique : gazelle à l'horloge biologique virevoltante recherche désespérément à doubler sa rencontre avec l'âme sœur d'une vie de couple stable et épanouissante. Et ils vécurent heureux ad vitam aeternam et eurent, comme le veut la tradition féerique (et mensongère) d'usage, toute une ribambelle d'enfants sages comme des images. Sauf que, revirement scénaristique oblige, le chemin qui conduit à ce tableau merveilleux est semé d'embûches, de prises de tête, de crises existentielles, d'hésitations et d'envies irrépressibles de jeter ce semblant d'idéal aux oubliettes pour mieux réaliser ses aspirations égoïstes et butiner au gré du vent.

L'héroïne de cette bluette coutumière des canards féminins, des déclinaisons édulcorées télévisuelles ou pseudo-filmiques de Sex in the City et de tous ce qui touche de près ou de loin aux romans de la collection Harlequin, se prénomme Esther. Prototype de la jeune femme active, bien sous tous rapports, prête à convoler en justes noces avec un médecin pétri de gentilles intentions, cette « biche innocente » semble à deux doigts de toucher à l'Everest suprême. En surface, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Son futur mari, celui à qui elle s'apprête à jurer fidélité jusqu'à ce que la mort les sépare, fait office de gendre idéal. Bien qu'il mène un train-train plan-plan, leur binôme s'accorde à merveille ; leurs belles-familles respectives frisent l'orgasme ; leur nid douillet se conforme au style bobos aventureux des catalogues branchouilles Ikéa ; les bans sont publiés ; la robe, qu'elle portera jusqu'à l'autel, aérienne à souhait… Et la liste de ces petits bonheurs censés mener à la félicité promise peut s'étirer comme ça jusqu'à l'infini…

Tel est le topo des trente premières minutes de ce film qui finit inévitablement par emprunter les voies trébuchantes et poussives du « Oui… mais… en fait, comment dire ???? Non. » Car c'est bien connu, tous les désillusionnés qui tergiversent sur ce sujet épineux nous le rabâchent depuis assez longtemps pour qu'on en soit convaincus, la perfection n'existe pas et la vérité est ailleurs. Car, sous ce mirage de petite fille en quête de prince charmant, se terrent les pulsions inavouées d'une mariée pas si lisse, battant au rythme d'un cœur de célibattante, ainsi que les indécrottables infidélités de son conjoint (qui, non content d‘aller voir une dernière fois si l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, flirte avec la meilleure amie de sa future-ex, le goujat !).

Bref, rien que du déjà-vu, du déjà dit (avec un soupçon de corrosivité supplémentaire), du déjà mis en scène (avec un chouïa plus d'inventivité) et du déjà joué. L'épilogue optimiste de ce conte des temps modernes, nous le tairons, car vous en connaissez déjà les lignes directrices : il entremêle au détail près les ingrédients d'un téléfilm agréable et d'un long-métrage qui manque désespérément de sel.

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