Critique : Forrest Gump

Johan Beyney | 13 mars 2007
Johan Beyney | 13 mars 2007

Une petite plume blanche s'envole dans les airs, ballotée par le vent. À elle seule, elle résume la vie de Forrest Gump : un jeune homme pur qui, de rencontres en hasards, de maladresses en coïncidences, va se faire balloter à travers l'histoire des États-Unis des années 1960, 1970 et 1980.

Simple d'esprit certes, mais d'une gentillesse et d'une naïveté à faire fondre un iceberg, Forrest va se faire le témoin – et l'acteur, malgré lui – d'une nation en plein changements culturel, politique et économique. Zemeckis promène sa caméra (et sa mise en scène énergique) dans le temps et nous fait découvrir, du point de vue forcément décalé de l'imbécile heureux, la naissance du déhanchement d'Elvis, l'émergence du combat pour les droits civiques, celui du mouvement hippie, la guerre du Vietnam ou le scandale du Watergate. Multipliant les clins d'œoeil (à vous de les trouver, le film en est truffé), il revisite l'Histoire par le petit bout de la lorgnette, aidé en cela par une utilisation subtile des effets spéciaux, qui lui permettent notamment d'intégrer son personnage dans des images d'archives pour lui faire rencontrer plusieurs présidents des États-Unis. Le scénario est malin, la bande-son bien pensée, la réalisation efficace, le casting excellent (Tom Hanks bien sûr, oscar du meilleur acteur pour l'occasion, mais également Robin Wright-Penn et Gary Sinise…). Au premier abord, rien à reprocher à ce film drôle et émouvant, si ce n'est la mièvrerie de certains dialogues (dont le fameux laïus pataud sur les mérites comparatifs de la vie et d'une boîte de chocolats).

Rien, si ce n'est le manque d'audace scénaristique de son réalisateur. Si l'un des atouts du film est précisément le décalage entre l'attitude candide de Forrest face à des événements dont nous connaissons l'importance historique (logé au Watergate, il appelle l'accueil pour se plaindre que la lumière des lampes de poche provenant de bureaux voisins l'empêche de dormir…), on aurait apprécié qu'il en use pour offrir un discours un peu critique sur l'histoire de son pays. Au lieu de ça, il profite des lacunes de son personnage pour n'en offrir qu'une vision assez édulcorée. Si le destin du lieutenant Dan peut faire office de reproche quant au sort des soldats du Vietnam, celui de Jenny est cependant assez trouble : son inscription dans le mouvement hippie ne semble en effet s'expliquer que par son enfance difficile, et les conséquences qui en découlent (toxicomanie, maladie) ont de quoi laisser perplexe au sein d'un film qui se veut apolitique. Ce contrepoint à l'innocence du personnage principal semble alors payer bien cher son manque de patriotisme.… Résultat : un point de vue assez sage et consensuel, là où l'on aurait pu attendre un peu de recul.

Cependant, si l'on fait abstraction de ce point négatif (et c'est tout à fait faisable), on se prend facilement au jeu de ce divertissement poétique et rafraîchissant, et c'est entre rires et larmes que l'on se plait à encourager Forrest Gump à courir toujours plus loin.

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