Critique : Girls in America

Johan Beyney | 8 mars 2006
Johan Beyney | 8 mars 2006

Il est des endroits dans le monde où l'adolescence et ses symptômes (refus de l'autorité, goût de l'interdit, éveil de la sexualité) peuvent prendre des dimensions bien plus tragiques qu'ailleurs. C'est le cas à Jersey City, une ville de la banlieue de New York où prison, drogue et violence font partie intégrante du quotidien. Dans ce contexte de misère économique et sociale, le statut des femmes fait l'objet d'un constat pour le moins paradoxal : souvent considérées comme les plus à même d'échapper à la spirale de la violence, elles représentent pourtant la population carcérale qui augmente le plus rapidement aux États-Unis. Partant de ces alarmantes statistiques et de travaux menés avec de jeunes délinquantes rencontrées dans des centres de détention, Lori Silverbush et Michael Skolnik ébauchent ici le destin de trois Girls in America aux prises avec l'engrenage social.

Oz, 17 ans, deale de la drogue aux coins des rues. Survêt' large, langage et attitude empreints de violence, elle n'a trouvé comme méthode pour survivre que de s'approprier les codes de la rue. Manger ou être mangée. Suzette, 15 ans, échappe à la vigilance d'une mère aimante pour aller fricoter avec un caïd du quartier. Un peu perdue, pas préparée, elle va se faire grignoter par son environnement. Quant à Marisol, elle va devoir faire face à l'évidente incompatibilité entre toxicomanie et maternité. Chroniques tragiques, certes, mais tristement banales.

À travers ces trois personnages, les deux réalisateurs dressent le portrait d'un monde désespéré dont la violence imprègne chaque parcelle de la vie de ses habitants. La force du film réside ici dans la réalisation quasi documentaire du film. Sans effets larmoyants ni esthétisation, le récit s'offre de manière brute et, intelligemment, constate sans juger, explique sans théoriser. Cette sincérité du propos sauve par ailleurs le film d'un écueil du genre : la surenchère malsaine dans le sordide. Plus encore, chaque difficulté supplémentaire apparaît comme la nouvelle étape naturelle d'un mécanisme social inexorable. On cherche en suffocant l'issue de secours, mais sous le poids cumulé de la pauvreté, du chômage, de la prison, des armes et de la drogue, l'impuissance nous gagne. Triste constat : les armes nécessaires à la survie sont ici les outils mêmes de la perdition. La statue de la Liberté, pourtant proche, n'aura jamais paru si lointaine.

Girls in America n'est pas un film confortable, mais c'est un film intègre. La réalisation n'est pas léchée mais elle sert le propos. Le point de vue n'est pas inédit mais il est actuel. Le film sera peu diffusé, mais il ne laissera pas indifférent.

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