Hostel : Critique

Ilan Ferry | 30 janvier 2006
Ilan Ferry | 30 janvier 2006

Nul doute que Hostel, deuxième film d'Eli Roth, réalisateur du déjà remarqué Cabin fever, va créer la polémique et diviser le public, qui sera soit dégoûté par les excès de gore malsain de l'ensemble, soit tout simplement satisfait d'assister au « spectacle » horrifique qu'il attendait.

Disons le de facto, Hostel est d'abord et avant tout un film d'horreur au sens premier du terme. Effectivement, le film, dans ce qu'il a de plus brut, fait l'effet d'une véritable claque, accumulant scènes gore et violence excessive, dans une ambiance poisseuse prompte à créer un véritable malaise chez le spectateur obligé de regarder bon gré mal gré ce qui se déroule sous ses yeux. C'est justement dans cette remise en question de la place du spectateur que le film demeure intéressant, d'un début qui reprend tous les ingrédients du Spring break movie en les poussant à l'extrême, à une deuxième partie autrement plus gore, le public passe graduellement d'un état à un autre, et se prend petit à petit au jeu d'Eli Roth mettant ainsi en perspective les aspects les plus noirs de la nature humaine, thème central du film.

 

 

Une démarche certes perverse, car elle met le spectateur dans une position désagréable, mais pas inintéressante, puisqu'elle prend un malin plaisir à nous bousculer. De là à faire un parallèle avec Michael Haneke, il y a un fossé que nous nous garderons bien de franchir, tant Roth est loin, très loin, d'être aussi subtil que le réalisateur autrichien. Il préfère prendre le parti de la série B d'horreur, destinée à un public bien précis. Si le film fait appel à nos instincts immédiats, c'est avec une ambivalence qui peut légitimement susciter le dégoût, voire la colère.

 

 

Cependant, pour gérer au mieux ces sentiments, il faut avant tout accepter le fait d'être dans un film d'horreur, avec tout ce que cela implique au niveau de l'engagement du spectateur. Nos sentiments résultent alors de notre empathie pour le protagoniste – donc de notre degré de sensibilité face à ce qu'il subit. Et si cette condition n'est pas de prime abord remplie, le film ne peut que provoquer le rejet. Pourtant, Hostel n'est pas exempt de défauts, comme le prouvent certaines scènes potaches, décrédibilisant totalement le sérieux de l'ensemble. Ainsi, à force de jongler entre le grand-guignolesque et le traitement au premier degré, le film d'Eli Roth peine à trouver son équilibre, et donne l'impression de ne pas tout à fait assumer son parti pris, alors même que les intentions de départ étaient très claires. De plus, le film pèche par une mise en place trop longue. Si le réalisateur veut avant tout décrire une longue descente aux enfers, force est de constater que celle-ci met beaucoup trop temps à arriver.

 

Résumé

Au final, Hostel ne peut que diviser, et c'est tant mieux : film irresponsable et réactionnaire ou série B remplissant efficacement son cahier des charges, c'est désormais au spectateur de choisir son camp...

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