Critique : Chicken Little

Johan Beyney | 3 novembre 2005
Johan Beyney | 3 novembre 2005

Comment commencer à raconter une histoire ? Le classique « Il était une fois » ? Déjà fait. Ouvrir le livre de contes qui contient l'histoire à suivre ? Déjà vu. Le narrateur y tient : Chicken little n'étant pas une histoire comme les autres, elle mérite une ouverture digne de ce nom. Car au-delà d'un nouvel opus « disneyen », Chicken little marque avant tout le début d'une nouvelle ère pour les célèbres studios : ayant abandonné l'animation 2D avec La Ferme se rebelle, Disney se lance ici pour la première fois dans la formidable aventure de l'animation en images de synthèse. Difficile dès lors de ne pas établir de comparaison avec ces glorieux partenaires que sont les studios Pixar. Difficile également de ne pas constater que les créateurs des aventures de ce petit poulet sont bien moins inspirés que ceux de Toy story ou des Indestructibles.

Reste que le film comporte nombre d'éléments très appréciables, à commencer par son personnage principal. Binoclard au physique chétif, il est la risée de ses camarades de classe et son propre père, maladroit et distant, ne lui accorde que peu d'attention. En mal de reconnaissance, l'attachant poulet s'imagine en héros et passe son temps à créer la panique dans la ville en annonçant des cataclysmes qui ne sortent que de son imagination. Seuls ses quelques amis, aussi ringards que lui (une vilaine petite cane, un cochon obèse et peureux et un poisson en état de perpétuel émerveillement), seront là pour le soutenir lorsque la vraie catastrophe arrivera… En revisitant l'histoire du petit garçon qui criait au loup, les créateurs de Chicken little s'assurent une base narrative solide autour de laquelle ils vont broder une trame plus moderne : personnages actuels, nombreux (et souvent très drôles) clins d'œil cinéphiliques, dialogues décalés et second degré (notamment lors des scènes d'ouverture et de fermeture, toutes deux très réussies). Loin de vouloir complètement couper les ponts avec ce qui a fait l'histoire de Disney, l'atmosphère générale du film rappelle au contraire les jours glorieux de la firme. Le choix de personnages animaliers caricaturaux et de décors asymétriques et colorés font en effet largement écho aux dessins animés des années 50/60. Il est d'ailleurs intéressant de constater que le passage à une technique d'animation élaborée s'accompagne d'un retour aux sources esthétique et narratif.

Ce passage à la 3D s'effectue d'ailleurs en douceur. Si l'animation des personnages principaux (Chicken little en tête, et ses 76 000 plumes individuelles – dixit le dossier de presse) et le rendu des textures (briques, cuir, laine…) sont largement satisfaisants, le reste n'a pas forcément de quoi casser trois pattes à un poulet. Les bêtes à poil au rendu très « Oui-oui au pays des jouets » sont à ce titre visuellement très décevantes. Reste que l'arrivée des tenants de la « vraie catastrophe » (ne dévoilons pas de qui il s'agit, mais gageons qu'ils rempliront les étagères des Disney Store) donne lieu à des scènes réjouissantes, combinant efficacement action et tension (au risque d'ailleurs d'effrayer les plus petits).

Cependant, en lorgnant sur les clés du succès pixarien (à savoir la parfaite maîtrise technique et, surtout, une incroyable capacité à fournir des récits pouvant bénéficier d'une double lecture enfant/adulte) sans vraiment y parvenir, Chicken little n'arrive pas à séduire totalement. La faute sans doute aux studios Disney qui imposent à cette histoire leurs travers les plus agaçants : l'exploration mièvre et simpliste d'un thème fédérateur (ici les relations père/fils, très à la mode au ciné ces derniers temps et moins bien exploité que dans Le Monde de Némo), une morale gnangnan et éculée assenée sans grande subtilité (enfants : communiquez avec vos parents/ parents : écoutez vos enfants, ne vous fiez pas aux apparences, etc.) et, surtout, ces insupportables chansons fourrées à la guimauve bon marché.

Si l'on fait abstraction de ces défauts auxquels nous nous sommes habitués au fil des ans, Chicken little reste cependant un héros très fréquentable – surtout par la catégorie poussin des spectateurs. Certes, ce n'est pas Pixar, mais ne boudons pas notre plaisir.

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