Critique : Revolver

Patrick Antona | 22 septembre 2005
Patrick Antona | 22 septembre 2005

Après le naufrage de son précédent film, le bien-nommé À la Dérive avec sa Madonna de femme, c'est avec appréhension que l'on attendait le petit dernier de Guy Ritchie. Le retour au polar semblait être le moyen rassurrant pour redorer son blason (Arnaques, crimes et botanique et Snatch étant quand même de singulières réussites), avec la présence de son pote des débuts, à savoir cette bonne vieille trogne de Jason Statham. Las, c'est un véritable pensum qui nous est livré, issu d'une gestation chaotique suite au refus du studio d'origine et repris par Luc Besson in fine, le tout fortement saupoudré de références kabbalistiques du plus mauvais effet, influence encore funeste de Madonna, peut-être son mauvais génie ?

Si, par le passé, Guy Ritchie réussissait à faire passer ses emprunts à Tarantino et Scorsese par le biais d'une mise en scène alerte et inventive, ici tout est marqué du sceau de la copie la plus flagrante, desservi par une narration des plus chaotiques, d'un style d'une lourdeur inimaginable et d'une direction d'acteurs à l'emporte-pièce. Après avoir supporté un début en voix-off qui ne cesse de répéter ses citations en boucle pendant d'interminables minutes, et une scène de salle de jeux estampillée du sceau « vu chez Scorsese », on se dit enfin que le film va enfin décoller. C'est au contraire le crash le plus total qui se produit. Usant d'une esthétique hideuse faussement psychédélique et d'une mise en scène ampoulée par un montage parfois incompréhensible, Revolver ne se départ à aucun moment d'un sérieux absolument navrant, avec ses personnages débitant des dialogues creux sans aucune inspiration et même pas risible au second degré. Avec cette sempiternelle voix-off qui revient pour enfoncer le clou sur les mécanismes du jeu et de la manipulation au cas où on n'aurait rien compris.

Mais où est l'histoire dans tout ça ? L'excuse de l'odyssée spirituelle de Jake Green (le personnage de Jason Statham) dans un monde d'illusion et de faux-semblants devant l'amener à s'affranchir de ses peurs masque mal le manque d'inspiration de l'ensemble. Qui plus est complètement décrédibilisé par des emprunts on ne peut plus visibles à d'autres cinéastes. En vrac on peut citer le Usual Suspect de Bryan Singer avec la surprise complètement éventée de l'identité des compagnons de cellule de Jake Green et le parallèle criant entre Mr Gold/Kaiser Sausë, «Fight Club avec son ambiguïté sur le dédoublement de personnalité et pour finir on a droit à l'inclusion d'un dessin animé dans l'intrigue, uniquement pour montrer que Guy Ritchie sait faire comme Tarantino. Hallucinant ! Intrigue qui est en fait un démarquage pas très subtil du Magicien d'Oz (mais qui se cache derrière le masque de Mr Gold ?) mais à laquelle Guy Ritchie ajoute des truands asiatiques bien violents et un soupçon d'ésotérisme new-age pour montrer qu'il est bien dans l'air du temps. Revolver donne l'impression irritante de voir un mauvais film de Jean-Luc Godard qui aurait bénéficié de moyens ! Serait-ce là qu'il faudrait détecter la patte française apportée par Luc Besson ?

Dans cette épreuve de DEUX heures (!!!), il reste un personnage à sauver, le tueur à gages Sorter, sorte de cadre supérieur froid comme un serpent mais qui saura faire preuve de compassion à un moment-clé, et une scène de gunfight pas mal torchée avec une utilisation très « fincherienne » de l'espace et du montage, mais tout ceci n'est qu'un îlot dans un océan de poncifs et de postures faussement intellectuelles. Même Ray Liotta n'est pas épargné par Guy Ritchie qui le gratifie de la scène finale la plus ridicule que l'on ait pu imaginer. Devant tant de vacuité et d'autosatisfaction assumée, on se demande si l'ambition de son auteur n'est pas en fait de nous faire ce que son film tente laborieusement d'expliquer : une arnaque oui mais une bien mauvaise !

Résumé

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commentaires
Fox40
28/03/2021 à 16:59

Vu à la suite de Snatch et difficile de croire que c'est le même real au manettes . J'ai perdu le fil au bout d'une heure et le pire était pas encore arrivé. Dommage avec un scénario cela aurait pu être sympa .

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