Critique : Moi, toi et tous les autres

Erwan Desbois | 15 septembre 2005
Erwan Desbois | 15 septembre 2005

Premier film de Miranda July, Moi, toi et tous les autres apporte un vent de fraîcheur et de modestie sur le cinéma indépendant américain. Le point de comparaison le plus proche serait le réalisateur Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat), qui dirige lui aussi sa caméra vers la classe moyenne des pavillons de banlieue et plus particulièrement vers ses adolescents, les vrais aussi bien que les adultes qui le sont restés dans leur tête. Miranda July est cependant l'antithèse de Solondz (dont l'indigeste Palindromes nous reste encore sur l'estomac), en cela que son parti-pris est résolument optimiste.

Plus la tête dans les nuages que le moral dans les chaussettes, sans arrière-pensée moralisatrice, July ne prêche rien d'autre que le droit à un peu d'innocence et de fantaisie dans un monde qui se déshumanise. À partir de ce constat qui est en passe de devenir le leitmotiv artistique de ce début de siècle, Moi, toi et tous les autres se démarque grâce au talent de sa réalisatrice, également scénariste et premier rôle féminin, pour croquer des personnages de tous âges (de sept à soixante-dix-sept ans) et de toutes catégories sociales. Voisins, connaissances, collègues, enfants : ils sont une dizaine à graviter autour du duo principal et à former un portrait de groupe terriblement attachant où chacun a ses galères et ses espoirs, le plus souvent liés à l'affection et au sexe – sujet délicat traité avec candeur et impertinence par July.

La capacité de cette dernière à dresser de très beaux portraits de personnages se retourne malheureusement contre elle. Ce talent indiscutable d'observatrice se marie mal avec la direction prise par le film dans son dernier tiers, celle d'une installation d'art moderne où la présence de chaque élément (qu'il s'agisse d'un personnage, d'un décor ou d'une musique) est savamment étudiée dans l'optique du message à délivrer. Miranda July ne se laisse à aucun moment guider par ses personnages, et leurs histoires – dont chacune est tellement prometteuse et originale qu'elle pourrait être le sujet d'un film entier – sont toutes brutalement conclues dans le dernier quart d'heure pour les faire converger vers le thème du manque de contact humain. Un matraquage qui plus est assez maladroit, à l'image de l'exposition d'art contemporain qui se tient à la fin du récit et dont le sujet est explicitement celui du long-métrage dans son ensemble.

Pas complètement abouti, Moi, toi et tous les autres n'en reste pourtant pas moins une œuvre prometteuse, dont les qualités indéniables d'écriture des personnages et d'ambiance (de vrais moments de grâce toute simple traversent le récit) donnent envie de garder un œil sur Miranda July. Celle-ci a d'ores et déjà gagné notre sympathie, en espérant qu'elle s'affirme dans un futur proche en choisissant plus franchement entre cinéma indépendant « réaliste » et œuvres plus conceptuelles.

Résumé

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire