Critique : Shérif, fais-moi peur

Stéphane Argentin | 27 juillet 2005
Stéphane Argentin | 27 juillet 2005

Dans sa fièvre épidémique d'adaptation de séries télévisées de tous âges et de tous horizons (Le fugitif, Ma sorcière bien aimée, Mission : Impossible, Starsky & Hutch et prochainement Dallas), Hollywood vient de faire une nouvelle victime : Shérif, fais-moi peur.

Probablement moins connue au sein de l'hexagone (si ce n'est des téléspectateurs de feu la 5) que ses consoeurs citées au préalable, la série Shérif, fais-moi peur n'en a pas moins connu six belles années de gloire de 1979 à 1985 (pour un total de quelques 147 épisodes). Autant dire qu'une telle longévité ne sera pas passée inaperçue aux yeux d'Hollywood. Et si certaines adaptations s'en sont plutôt bien tirées jusqu'à présent (avec une mention spéciale au Fugitif et Mission : Impossible), restait à savoir à quelle sauce allait bien pouvoir être mangée une série dont le seul et unique but était avant tout le fun et la déconnade.

Un rapide coup d'œil aux crédits de Shérif fais-moi peur, le film, nous donne assez vite une petite idée de ce qui nous attend. Réalisé par Jay Chandrasekhar (Club dread, Super troopers, deux comédies inédites en France, y compris en vidéo, c'est dire !), scénarisé par John O'Brien (à qui l'on doit déjà le film Starsky & Hutch), avec en tête d'affiche Johnny Knoxville (LE Jackass) et Seann William Scott (le Stifler d'American pie), pas de doute possible, cette adaptation s'annonçait déjà sur le papier comme au moins aussi délirante que sa petite sœur télévisée. Restait à savoir jusqu'où le délire allait être poussé et à qui allait-il s'adresser. Visiblement conscient que la série a déjà quelques années au compteur (avec les trous de mémoire que cela peut entraîner) et qu'une accumulation de débilités sans queue ni tête (Jackass ?) n'aurait probablement qu'un effet limité sur le public (surtout si l'on vise large au box office), les auteurs de cette transposition sur grand écran ont préféré jouer la carte de la retenue (toute proportion gardée) et rester le plus fidèle possible au matériau de départ sans en rajouter des tonnes.

Histoire tout d'abord de rafraîchir quelque peu les esprits et de rendre le film accessible au plus grand nombre (y compris aux néophytes), Shérif fais-moi peur nous (ré)introduit un par un chaque personnage, à commencer par les deux cousins, Bo et Luke Duke (d'où le titre original, The Dukes of Hazzard, soit littéralement « Les Duke de Hazzard », du nom du comté de Georgie où se déroule l'action, Hazzard). Les autres personnages principaux, à l'image de l'affiche du film où l'on voit les deux cousins assis bien à l'avant du capot de leur voiture, occupent quant à eux le second plan, aussi bien du côté des Duke avec la cousine Daisy et l'oncle Jesse que dans le camp adverse avec le shérif Rosco (accompagné l'espace de deux très courts plans de son célèbre basset) et Boss Hogg dont les entrées en matière sont des plus « westerniennes » (chapeaux et éperons). On ne pourra toutefois que regretter que le talent de l'immense Burt Reynolds soit à ce point sous employé.

Les dix premières minutes, qui servent donc à introduire tous ces personnages, donnent par ailleurs un aperçu très représentatif de ce qui nous attend pour les 90 minutes suivantes. Tout d'abord des poursuites automobiles sur tous les types de terrain (ville, route, campagne…) qui, sans pour autant être mémorables (on est loin des Bullit, French connection et autres Police fédérale Los Angeles), se révèlent néanmoins très impressionnantes grâce au talent des cascadeurs dont le travail est par ailleurs montré à plusieurs reprises en continuité (pour une fois, on a le droit à un montage relativement digeste !). Après les belles carrosseries mécaniques (la célèbre Dodge « Général Lee »), viennent ensuite les belles carrosseries féminines, à commencer par la cousine Daisy interprétée par une Jessica Simpson qui fait ici ses débuts sur grand écran et dont la plastique agira sans mal aussi efficacement qu'une petite pilule bleue. À cette blonde (brune à l'époque de la série) qui fera tourner bien des têtes aussi bien à l'écran que parmi les spectateurs, se joignent deux anciennes camarades d'écoles de Bo et Luke, au physique tout aussi avantageux et dont la présentation nous vaut au préalable une petite traversée de chambres universitaires symbolisant à merveille les fantasmes masculins les plus fous (étudiantes en petite tenue, se battant à coups de gants de boxe tout en fumant un joint et en buvant une bière).

Enfin, histoire de conduire tout ce petit monde dans la bonne direction, les cousins Duke, respectivement interprétés par Seann William Scott (Bo) et Johnny Knoxville (Luke) donnent l'occasion aux deux comédiens d'évoluer tel de véritables poissons dans l'eau et en parfaite complicité dans un milieu qu'ils maîtrisent à la perfection : celui des pitreries (Knoxville, habitué avec son propre show Jackass), des punchlines et autres expressions faciales (Scott et son visage caoutchouc à la Jim Carrey) dont le rythme soutenu maintient nos zygomatiques en activité du début à la fin. Quant au scénario, pour aussi simpliste qu'il soit (ne l'était-il pas déjà dans la série originale ?) dans son rôle cumulatif de saynète délirantes, celui-ci tient plutôt bien la route, bien que les courses poursuites aient quelque peu tendance à s'accumuler sans pour autant se renouveler vers la fin. Dernière trouvaille : la voix off qui rajoute par endroits un petit surplus de comique lors des arrêts sur image, comme pour nous rappeler, en prenant ainsi ses distances par rapport aux clichés sudistes véhiculés par la série et, par extension, le film (clichés qui donneront d'ailleurs lui à une petite remise à l'heure des pendules lors d'une virée à Atlanta), que tout ceci n'est ni plus ni moins qu'une bonne tranche de déconnade à prendre au second degré.

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