Critique : L'Année du dragon

Sandy Gillet | 21 juin 2005
Sandy Gillet | 21 juin 2005

Qu'il est difficile de prendre à bras le corps une œuvre telle que L'année du Dragon tant celle-ci véhicule en son sein une multitude de référents sociaux, culturels et d'explorations cinématographiques, tant celle-ci est imprégnée d'une aura certes indéfinissable mais au final bien réelle. C'est que Cimino signait là son dernier film majeur, pour ne pas dire chef-d'œuvre, que le temps n'aura fait que malheureusement bonifier du fait de l'extinction progressive d'un cinéaste que l'on a qualifié à tort de rebelle, de raciste ou de fasciste alors que son seul souhait était de faire un cinéma juste, engagé, militant même, mais toujours honnête envers ses propres convictions et son public. Une denrée rare dans le paysage cinématographique mondial d'aujourd'hui.


Quand sort L'année du dragon en 1985, cela fait quatre ans que La porte du paradis, son précédent film, a été enterré corps et biens au cimetière des illusions perdues. Accusé d'avoir été le fossoyeur d'un certain cinéma indépendant américain, son film ayant provoqué la banqueroute de la United Artists, Cimino n'en finit plus de purger sa peine rongeant son frein au purgatoire des artistes maudits et mégalomanes. Après plusieurs tentatives pour revenir à la réalisation, L'année du dragon va donc lui fournir l'occasion de rebondir une ultime fois, devenant à ce jour un peu son œuvre posthume avant l'heure. Adapté d'un roman homonyme de Robert Daley, auteur spécialisé dans le polar rugueux (on lui doit entre autre récit Dans l'ombre de Manhattan que Sidney Lumet porta à l'écran en 1997 signant là son dernier bon film), co-écrit par un certain Oliver Stone et produit par Dino De Laurentiis (soit le même binôme que sur Conan le Barbare par exemple), L'année du dragon est donc une œuvre de commande où Cimino semble abandonner cette mise en scène qui refuse la dramaturgie traditionnelle où ellipses narratives et fulgurances visuelles sont légions.


En apparence seulement, car si le propos semble ici limpide voire des plus classiques (un policier incorruptible, genre shérif à la John Ford, se charge de purger le Chinatown new-yorkais de la pègre et de la corruption. Pour cela, il use de tous les moyens légaux ou non pour y arriver au point de déstabiliser sa hiérarchie confortablement installée dans un statut quo lucratif qu'elle ne veut pour rien au monde voire chambouler), Cimino ne cesse d'asséner ses vérités qu'il dissémine de film en film avec plus ou moins d'outrance depuis Voyage au bout de l'enfer : gangrène de la société américaine malade de son melting pot seulement apparent qui se traduit inévitablement sur le repli communautaire, pouvoir des médias qui font et défont les personnes, les actes et l'Histoire avec un grand H (la guerre du Vietnam entre autre chose), et cela sans contre-pouvoir…


Tout y est, et même si l'on peut regretter certaines platitudes (le couple que forme Rourke avec sa femme est peu crédible jusqu'à la fulgurance de la séquence en forme de rupture totale avec le reste qui voit son assassinat d'une rare cruauté visuelle), certaines invraisemblances (la journaliste et accessoirement sa maîtresse chinoise étant jouée par une japonaise) et un happy-end contraire au ton général du film, ils sont balayés par la maîtrise totale d'un ensemble rythmé par des scènes d'actions pure où l'affrontement final sur un pont de chemin de fer enveloppé d'un épais brouillard n'en est que l'apothéose magistrale. À ce titre, L'année du dragon, film baroque et classique à la fois, fait donc partie de ces morceaux de bravoure provoquant une persistance rétinienne obsédante qui finissent par rester à jamais gravés dans nos mémoires.

Résumé

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commentaires
Atef
10/03/2016 à 10:18

J'aime beaucoup vos critiques et je trouve dommage qu'elles ne soient pas plus visibles que ça. A moins d'aller les chercher dans le moteur de recherche du site où de trouver un lien dans un article d'actualité qui en parle, impossible de voir les archives. Pourquoi ne pas faire une icône archive vers une base de données nominative? (là votre onglet archive renvoie vers une timeline chronologique, donc pas pratique pour trouver une ancienne critique).

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