Critique : Garden State

Matthieu Perrin | 19 avril 2005
Matthieu Perrin | 19 avril 2005

Garden State, c'est l'autre nom que les habitués donnent au New Jersey et c'est aussi un film phénomène qui a récolté près de 27 millions de dollars au box office américain pendant l'été 2004 (une bien belle somme pour un petit film indépendant de seulement 2,5) tout en devenant instantanément culte pour toute une nouvelle génération de pré-trentenaire. Déjà connu outre Atlantique pour incarner l'un des héros de la série télévisée Toubib or not Toubib, Zach Braff revête pour ses (vrais) grands débuts cinématographiques les casquettes de réalisateur, scénariste et acteur principal. Une triple gageure que le jeune homme va parvenir à parfaitement maîtriser en livrant un condensé brillantissime sur le malaise des jeunes américains. Et ce par le biais d'une histoire toute simple, celle d'Andrew Largeman, jeune acteur retournant dans sa ville natale, qui doit affronter les fantômes de son passé pour s'affirmer et devenir un adulte.
Ce qui choque en voyant les premières images de Garden state, c'est cette impression de malaise (mais pas plus prononcée que ça d'un point de vue cinématographique) et surtout cette absence manifeste de sentiments. La mère d'Andrew vient de se suicider et pourtant il ne pleure pas ; il se rend à son enterrement mais ne verse pas une seule larme. C'est cette apathie, cette anesthésie des sentiments qui va peu à peu disparaître au contact de Sam (Natalie Portman). Cette manière d'appréhender la vie et le récit cinématographique renvoit par sa tonalité douce amère aux films de Paul Thomas Anderson (notamment Punch drunk love, une des plus bizarres comédies romantiques) ou encore à ceux de Wes Anderson (Rushmore ou La famille Tenenbaum). Ces œuvres indisposent et fascinent car elles n'arrivent pas à s'ancrer véritablement dans un genre précis. Garden state oscille constamment entre le drame et la comédie tout en dégageant une mélancolie drôle particulièrement attachante. Le film de Zach Braff, bien que moins abouti, est finalement assez proche d'un Donnie Darko où le passage à l'âge adulte, le rapport à la famille et la découverte de l'amour étaient traités avec une ahurissante maestria et une grande justesse de ton.

Ce qui étonne, c'est de voir dans tous ces films la parenté physique des acteurs. De Jake Gyllenhaal à Zach Braff, on se retrouve face à des têtes assez étranges, loin des canons habituels auxquels les productions américaines nous ont habitué. Une autre récurrence chez tous ces cinéastes vient de l'importance accordée à la musique et l'utilisation des chansons souvent là pour créer une certaine nostalgie. Zach Braff, lui, a souhaité utiliser des chansons à l'image de la tonalité qu'il voulait donner à son histoire, des chansons douces amères. Et qu'y a t-il de mieux que de bonnes ballades folk pour traduire cet état ? La bande-son de Garden state est ainsi un régal permettant d'entendre pour les plus connus, Coldplay et Nick Drake en passant par des groupes moins célèbres comme The Shins.

Et décidément, Natalie Portman risque d'être définitivement associée à ces chansons folk. Déjà immortalisée par les plus belles images de l'année 2005 avec Closer de Mike Nichols en marchant dans les rues de New York sur la chanson « Can't take my eyes off you » de Damian Rice, elle risque d'en faire tomber plus d'un dans le rôle de Sam, une « Jersey girl » excentrique. Et si l'année 2005 était l'année Natalie Portman ? Tout comme 2004 fut celle de de Scarlett Johansson. Nous pensions que Closer était le film qui l'avait amené vers l'âge adulte tant la petite fille de Léon semblait être devenue une femme. Avec Garden state, Natalie Portman redevient une jeune fille sur le point de devenir une femme (dans un rôle finalement très proche de celui de Kate Winslet, pleine de vie et totalement excentrique dans Eternal sunshine of the spotless mind) et montre que de Mars Attacks ! à la trilogie Star Wars en passant par Heat ou encore Tout le monde dit I love you, elle sait choisir les projets ambitieux et les cinéastes de renom. À chaque fois, la jeune comédienne fait preuve d'une malice et d'une énergie phénoménale tout en sachant rester discrète. Une sorte d'anti-star dont on ne peut pourtant pas s'empêcher de dresser les louanges. Assurémement la grande actrice de demain !

Depuis l'ère John Hughes, nous cherchions en vain qui pourrait être son digne héritier. À tel point qu'on en était venu à douter que la génération des 20/30 ans des années 90 ait un jour le droit elle-aussi à son Breakfast club. Entre une vision glauque de l'adolescence (Larry Clark et son Ken Park) et celle très scato et infantile des « teenage movies » remplis d'ados « bourrant » des american pie, il manquait sérieusement d'alternative. Avec son épatant Garden state, Zach Braff a sans doute trouvé la tonalité manquante.

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