Critique : À corps perdus

Stéphane Argentin | 4 janvier 2005
Stéphane Argentin | 4 janvier 2005

Comme il le déclare lui-même bien volontiers (cf. l'interview qu'il nous a accordée), Sergio Castellitto a un penchant très prononcé pour les histoires d'amour, de préférence les plus passionnées possible, et qui induisent presque inévitablement la tragédie. Rien de plus naturel, donc, que cet acteur, mais aussi scénariste et réalisateur, ait choisi d'adapter pour sa deuxième mise en scène le roman à succès de son épouse, Margarita Mazzantini, célèbre romancière italienne.

L'intrigue en elle-même n'a rien d'original puisqu'il s'agit « tout simplement » d'une histoire d'adultère comme il en existe déjà des milliers d'autres au cinéma, accompagnée de sa cohorte de clichés. Quels éléments vont bien pouvoir permettre alors de transfigurer cette banalité ? Réponse : les mêmes que pour les autres histoires d'amour, à savoir la mise en scène (l'aspect technique) et le jeu des acteurs (l'aspect artistique). Ayant visiblement bien appris et retenu ses leçons, Sergio Castellitto nous livre une première heure particulièrement maîtrisée à tous points de vue. Le Scope de sa caméra épouse à merveille les corps embrasés qui s'agitent dans la chaleur estivale, tout comme les visages livides dans cet hôpital aseptisé frappé par une pluie battante. Le montage, d'une grande limpidité, assure le passage des premiers (le passé) aux seconds (le présent), et vice versa, tout en assemblant morceau par morceau toutes les pièces du puzzle, et notamment les deux plus importantes : comment ce brillant chirurgien marié a-t-il bien pu se lier à cette fille misérable, et comment cette union va-t-elle bien pouvoir se finir ?

Traité en toute logique dans la première moitié du récit (d'abord les causes, ensuite les conséquences), le premier point y est développé avec justesse grâce au talent du trio d'acteurs Sergio Castellitto, Claudia Gerini et une méconnaissable Penélope Cruz dont on ne manquera pas de saluer la performance. Une question toutefois : toutes les belles actrices doivent-elles obligatoirement passer par des rôles « défigurant » pour prouver qu'elles sont capables d'interpréter autre chose que de jolies plantes vertes décoratives (cf. Nicole Kidman dans The Hours, Charlize Theron dans Monster…) ?

Hélas, lorsque le traitement du second point (comment tout cela va-t-il bien pouvoir se finir ?) arrive, l'histoire perd pied. Sergio Castellitto se serait-il égaré à partir de ce moment-là dans les méandres du roman d'origine ? Était-il épuisé après toute l'énergie dépensée dans cette première moitié sulfureuse ? Toujours est-il qu'il nous livre une deuxième heure nettement moins passionnée et donc nettement moins passionnante, où il injecte un peu à la va-vite tous les éléments mélodramatiques nécessaires pour rallier la conclusion : le passé et l'avenir d'Italia (Cruz), et par extension son rôle au sein du couple Timoteo (Castellitto) / Elsa (Gerini) et de leur propre avenir (leur fille).

Finalement, si la première moitié d'À corps perdus nous entraînait avec brio dans cette passion tumultueuse, la seconde partie a non seulement tendance à faire comme le titre original, Non ti muovere, soit « Ne plus bouger », mais également à enfoncer le clou du mélo un peu trop vite.

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