Critique : Melinda et Melinda

Julien Welter | 12 janvier 2005
Julien Welter | 12 janvier 2005

Aussi précis qu'une horloge, Woody Allen livre depuis vingt ans un film tous les trois cent soixante-cinq jours (à dix ou douze près). Sorte d'anti-Terrence Malick dans le domaine de la productivité cinématographique, il développe avec constance des histoires qui revêtent sa griffe comique de même que son état psychanalytique. En 2004, c'est Noël, c'est Hanoukka, c'est fête car le réalisateur new-yorkais propose deux récits pour le prix d'un. Mais comme pour toutes opérations promotionnelles alléchantes, gare toutefois à un emballage qui masquerait la qualité du produit.

Dans les premiers instants, Allen semble prendre les Woodyens par la main en leur livrant une discussion attablée entre un auteur dramatique et un auteur comique sur les impératifs de leurs genres respectifs. L'acteur Wallace Shawn, inoubliable ex-gourou du sexe de Diane Keaton dans Manhattan, autant que l'ouverture à la Brodway Danny Rose flattent agréablement le palais nostalgique du spectateur. Ainsi conquis, on adhère sans complexe, du moins au début, au menu proposé : la même histoire racontée parallèlement sur les modes comique et tragique. Cette mise en bouche exquise et trop courte sera toutefois suivie de plateaux monotones et prévisibles qui porteront la marque du déclin de l'empire Allenien.

Car sans perdre de sa prolixité, le réalisateur semble avoir réellement perdu de sa pertinence au cours des dernières années. Installé dans un systématisme comique qui rend prévisible chaque réplique et chaque situation, le réalisateur ronronne une mise en scène qui multiplie les directeurs de la photographie prestigieux (après Darius Khondji, Zhao Fei, Sven Nykvist, c'est au tour de Vilmos Zsigmond) et les acteurs les plus en vogue (Radha Mitchell, Will Ferell, Amanda Peet, Chiwetel Ejiofor) pour pratiquer au final du bouche-à-bouche au débat littéraire le plus vieux du monde : s'évader par le comique ou se purger par le tragique ?

Sans vraiment s'intéresser à son thème, sans réellement jouer avec les possibilités que la conduite parallèle de deux récits similaires offre, Woody Allen use de la pellicule et du bon sens pour ne rien dire, ou plutôt rien que l'on ne sache déjà.

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