Gang de requins : critique noyée

Julien Welter | 29 septembre 2004 - MAJ : 16/08/2018 22:41
Julien Welter | 29 septembre 2004 - MAJ : 16/08/2018 22:41

Le cas 1001 Pattes vs Fourmiz aura au moins fait jurisprudence. Avec seulement un mois d'intervalle, la sortie en 1998 de ces deux dessins animés sur la vie des insectes s'était soldée par la mise à mort de l'un par l'autre. On ne se risquera pas dans ces lignes à pronostiquer l'éventuel gagnant de ce nouveau duel (quoique les 340 millions de dollars de recette de Nemo semblent difficilement égalables), mais on notera seulement qu'en sortant un an après le poisson-clown, les producteurs de Gang de requins prouvent qu'ils ont retenu une leçon. Dommage qu'il ne s'agisse pas de la plus importante. À l'époque, concurrencé par la féerie Disney et le talent de Pixar, Dreamworks avait en effet dû se résoudre, pour son premier long métrage animé, à jouer la carte des adultes en engageant Woody Allen et Sharon Stone dans une ironique histoire de fourmis prolétariennes. Cette stratégie, payante pour Shrek, justement parce qu'il était une parodie du monde de l'enfance, aboutit toutefois à un résultat très faible car l'histoire existe seulement à travers la culture du spectateur. Avec Gang de requins, les réalisateurs poussent jusqu'à la nausée ce procédé d'anthropomorphisme référentiel.

Cette histoire à l'eau de mer s'évertue malheureusement à puiser dans un registre comique limité, pour qui n'a pas le talent du dessinateur Gary Larson ou du comique Eddie Lizzard. Le premier philosophe avec génie sur les hommes à travers les animaux, et le second dépeint avec un juste non-sens le quotidien humain vécu par des animaux. Mais que peut-on faire avec un humour pataud et un premier degré navrant ? Seulement montrer sans imagination un corail encombré d'immeubles, de panneaux publicitaires et de télévisions géantes. Animer des petits poissons avec des casquettes. Faire tenir le micro à des carpes. En reproduisant le monde des humains à l'identique dans un bocal hermétique, les réalisateurs semblent avoir oublié d'y mettre une dose de finesse ou d'émotion. Là où Pixar avait eu le génie de raconter une aventure animale dans laquelle l'homme pouvait se projeter, Dreamworks a la mauvaise idée de narrer une navrante comédie humaine dont les personnages sont des animaux.

 

Ne sachant pas exploiter le charme et l'intérêt du monde sous-marin, les réalisateurs multiplient alors les références. Les requins sont des mafieux, les méduses, des hommes de main, les bernard-l'hermite, des clochards, et les petits poissons, des gogos auxquels Will Smith, Robert De Niro, Martin Scorsese ou Angelina Jolie prêtent leurs voix (en VO) et leur apparence. Renvoyant constamment à une culture cinéphilique, les réalisateurs érigent même en principe humoristique le clin d'œil. Mais Scorsese et De Niro parlant comme au bon vieux temps de Mean streets, ou Will Smith rappant comme à l'époque du Prince de Bel-air oxygènent trop peu une comédie mafieuse finalement asphyxiante.

 

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