La Mort dans la peau : critique

Stéphane Argentin | 6 septembre 2006 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Stéphane Argentin | 6 septembre 2006 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Ils les avaient pourtant bien prévenu à la fin de La mémoire dans la peau : « Ne cherchez pas à me retrouver ou bien c'est moi qui vous trouverait ». Le comportement humain et les services secrets étant ce qu'ils sont face aux avertissements et autres interdits, la CIA cherche toujours à mettre la main sur Jason Bourne. Il faut bien dire aussi qu'investir plusieurs millions dans un projet visant à former des super espions-soldats et voir l'élite d'entre eux se détraquer en raison d'états d'âme, il y a de quoi l'avoir mauvaises et en faire des cauchemars la nuit.

Des visions violentes, Jason en souffre d'ailleurs périodiquement, tel un passé nébuleux qui cherche à remonter à la surface et épaissit d'autant La mémoire dans la peau. Tout du moins au début. Car, lorsque Jason se retrouve happé dans une sombre machination visant à le faire chuter, cette enveloppe fragile va changer du tout au tout et Bourne de redevenir alors le soldat implacable pour lequel il a été si bien entraîné. Cette transformation, pleinement justifiée au terme du premier quart d'heure, nous entraîne alors dans une véritable traque en quête de coupables et de vérités où Bourne se montrera impitoyable. Déjà peu loquace dans le premier volet (cf. la scène où Marie fait seule la conversation tout en conduisant), il arbore ici un visage et un comportement des plus durs, à l'image de cette édifiante scène du consulat où le personnage ne bronche pas d'un pouce tandis que le spectateur, sentant monter la tension, se doute que quelque chose se trame.

 

photo, Matt Damon

 

Cette reprise de scènes clés (consulat, appartement, poursuite autos), associée à une intensité crescendo, font de La mort dans la peau un prolongement exemplaire du premier film qui ne cherche nullement à surenchérir mais bel et bien à maintenir toute la vraisemblance et l'humanité de La mémoire dans la peau. Et quelle meilleure manière de pérenniser cette crédibilité cinématographique si chèrement acquise que de renouveler le pari audacieux en confiant la mise en scène à un réalisateur indépendant, tout en lui laissant à nouveau le champ suffisamment libre pour qu'il apporte sa touche personnelle. Journaliste / documentariste de formation, Paul Greengrass s'était illustré en 2002 en remportant l'Ours d'or du festival de Berlin avec son film coup de poing, Bloody Sunday, intégralement steadycamé. Une approche que Greengrass réitère ici avec succès et qui prouve une fois encore, qu'entre de bonnes mains, cette technique allie à merveille l'intensité du drame et l'action viscérale.

 

photo, Matt Damon

 

Cette décision de filmer au plus près des corps profite pleinement au film et colle parfaitement à la peau d'un personnage hanté par son passé pavé de morts et constamment sur le qui-vive, toujours près à (ré)agir en un quart de seconde et à donner autant qu'à recevoir les coups (à l'image d'un combat à mains nues d'une rare brutalité). Une proximité qui aura tôt fait d'entraîner à son tour dans son sillage un spectateur piqué à vif. Surtout lorsque lesdits évènements grouillant de détails plausibles (consultation de cartes, journal en guise d'arme…) louvoient avec autant d'aisance et de fluidité de place en place. Cette cohérence visuelle et événementielle est renforcée cette fois encore par l'impeccable performance tant physique que dramatique de Matt Damon. Capable de basculer de la fragilité à la brutalité et vice-versa avec force et conviction, le comédien incarne à la perfection le double visage de ce personnage unique.

 

photo, Matt Damon, Julia Stiles

 

Bien que sur-entraîné et déterminé, Jason Bourne n'en termine pas moins sa quête de vengeance dans un triste état, tel un John McClane brisé de toutes parts, à l'issue d'une poursuite dans un taco soviétique qui pénètre instantanément au panthéon des courses mythiques aux côtés des Bullit, French Connection et autres Police Fédérale Los Angeles. A cette faillibilité physique s'ajoute celle psychologique du personnage lorsque, parvenu au terme de son autre quête, celle de la vérité sur son passé, l'ex-machine à tuer se fragilise à nouveau tel un Jack Bauer au cours de ses « journées » de 24 heures prenant conscience de toute la dureté et la difficulté des évènements qu'il vient de traverser. Une conclusion d'une rare intensité dramatique (pour un film d'action calibré « gros budget ») qui referme alors brillamment et intelligemment la parenthèse « action » ouverte quelques 90 minutes plus tôt.

 

photo, Joan Allen

 

Ils les avaient pourtant bien prévenu à la fin de La mémoire dans la peau : « Ne cherchez pas à me retrouver ou bien c'est moi qui vous trouverait ». Le comportement humain et les services secrets étant ce qu'ils sont face aux avertissements et autres interdits, la CIA cherche toujours à mettre la main sur Jason Bourne. Il faut bien dire aussi qu'investir plusieurs millions dans un projet visant à former des super espions-soldats et voir l'élite d'entre eux se détraquer en raison d'états d'âme, il y a de quoi l'avoir mauvaises et en faire des cauchemars la nuit.

 

Affiche

Résumé

Ils les avaient pourtant bien prévenu à la fin de La mémoire dans la peau : « Ne cherchez pas à me retrouver ou bien c'est moi qui vous trouverait ». Le comportement humain et les services secrets étant ce qu'ils sont face aux avertissements et autres interdits, la CIA cherche toujours à mettre la main sur Jason Bourne. Il faut bien dire aussi qu'investir plusieurs millions dans un projet visant à former des super espions-soldats et voir l'élite d'entre eux se détraquer en raison d'états d'âme, il y a de quoi l'avoir mauvaises et en faire des cauchemars la nuit.

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