Coupez ! : critique cannoise qui vomit de rire

Simon Riaux | 17 mai 2022 - MAJ : 19/05/2022 10:28
Simon Riaux | 17 mai 2022 - MAJ : 19/05/2022 10:28

Quelques années après l'ouverture catastrophique de The Dead Don't Die, Cannes se risque à nouveau à la comédie zombie avec Coupez ! de Michel Hazanavicius, remake de la petite perle japonaise Ne coupez pas !, mené par Bérénice BejoFinnegan Oldfield, Romain Duris et Matilda Lutz. Une ouverture du Festival de Cannes 2022 plus risquée qu'il n'y paraît, mais plus réussie qu'attendu.

SOUVENIRS DE LA MAISON DES MORTS

Depuis Mes amis, en passant par les deux premiers OSS 117 ou encore The Artist, sans oublier Le Redoutable, Michel Hazanavicius recréé, revisite, des univers de cinéma. En pastichant des styles, en s’appropriant des gestes techniques désuets ou oubliés, les tournant en dérision ou les ordonnant comme les composants d’un fantasmatique coffre à jouets, il cartographie une cinéphilie rêvée, mordante et jamais méchante. Après une parenthèse du côté de fictions plus “traditionnelles” (The Search, Le Prince Oublié), où sa malice semblait soudain asséchée, le voilà qui revient avec Coupez ! présenté en ouverture du 75e Festival de Cannes. 

 

 

Plus qu’un genre, il se frotte à l’occasion de Coupez ! à l’exercice du remake. Et pas n’importe quel remake puisqu’il ne s’agit en l’espèce ni de ressusciter une œuvre oubliée ni de proposer une réinvention d’un long-métrage célébré depuis belle lurette, mais bien de refaire, plus ou moins à l’identique, le tout frais et déjà culte Ne coupez pas ! de Shinichiro Ueda. Comédie fauchée découpant à l’acide les affres d’un tournage à l’économie, dans lequel des pieds nickelés du cinoche d’exploitation s’efforcent de mettre en boîte un film de zomblards victime d’un assaut de véritables morts-vivants, l’oeuvre originale s’est instantanément imposée comme une sensation culte... pour les rares qui l’auront découverte. 

C’est la première particularité du travail d’Hazanavicius, qui propulse le spectateur français dans la position, inédite et inconfortable, du consommateur américain découvrant une idée géniale, passée au sanibroyeur de sa propre culture, au prétexte qu’il n’avait pas suffisamment eu accès au geste initial. Non seulement le constat est incontestable (Ne coupez pas ! étant resté cantonné aux cercles de cinéphiles et de curieux), mais il se double d’une étonnante réussite : celle du réalisateur français à réunir un acte de clonage et la célébration d’un pas de côté tout personnel. 

 

Coupez ! : Photo Grégory Gadebois, Matilda LutzAller-retour gastrique pour la Digested horror

 

KILLER DRILLER

Car indiscutablement, sa version duplique l’originale, souvent au gag près, parfois plan par plan. Ne nions pas qu’il introduit, ici et là, des modifications d'espace et de rythme qui modifient la géographie et la musicalité de plusieurs gags, tout comme il serait hypocrite de ne pas voir qu’il propose, tant en termes de photographie que de montage, une autre grammaire de l’économie, qui pousse sa proposition du côté du pastiche plus que du happening. Mais quels que soient ces greffons objectifs, son film demeure, jusque dans ses passages les plus réussis, un écho direct de son matériau d’origine. 

 

Coupez ! : photoAttention, ça va couper !

 

Pourtant, et ce n’est pas la moindre de ses réussites, il parvient, malgré son respect scrupuleux du canevas de base, à glisser, par micro-touches, par ajouts aux airs de discrets tissus cicatriciels, quantité de blagounettes, décalages et trouvailles, qui confèrent le sentiment étrange de regarder tant un décalque qu’une appropriation indiscutable. Et pour cause, ex-petite main de La Grosse Émission des Nuls, puis maître d’oeuvre de La Classe américaine, le cinéaste est venu au cinéma par sa veine la plus organique et partageuse : la démerde. 

C’est pourquoi, plus encore que dans sa seconde moitié aux airs de maelstrom de vannes scato-mongolo-protozoïques, c’est bien l’amour du collectif qui confère à Coupez ! sa valeur. Là où l’original traitait aussi des remous de la création envers et contre tout, à commencer par les médiocrités de chacun, sa relecture par Hazanavicius revêt une dimension autobiographique qui exsude du moindre de ses plans. 

 

Coupez ! : Photo Romain Duris, Bérénice Bejo, Luàna BajramiQuand la sous-préfette va découvrir l'ouverture de Cannes 2022

 

"VOUS OUVRIR EN DEUX PAR LE CUL"

Si la nature de remake de Coupez ! est assumée au point d’être intégrée au scénario, ce n’est pas non plus un hasard. Le film s’impose comme un geste de fan, riant du fan qu’il fut, des bleus qu’il reçut, des maladresses commises et des indélicatesses répandues à la manière d’une hémorragie. Que le film narre l’histoire d’un empêtrant empêtré dans ses ambitions et finalement sauvé, au moins autant par sa passion que par celle de ceux qu’il agonit d’injures, n’est pas une propriété de cette nouvelle version, mais elle revêt une saveur particulière devant la caméra d’Hazanavicius. 

 

Z (Comme Z) : Photo Bérénice BejoA Vegan adventure

 

Enfin, s’il se met dans les bottes d’un massacreur aux petits pieds, le réalisateur conserve néanmoins le savoir-faire indispensable à une maîtrise par endroit supérieure à son modèle. En témoigne la première partie du film : un plan-séquence de 32 minutes, aussi radicales que celles dont il s’inspire, mais dont le cinéaste sait tirer un bien meilleur parti.  

Audacieuses, jusqu’au-boutiste, mais prenant trop le risque de perdre le spectateur chez Ueda, elles deviennent ici un jeu de chat et de la souris entre un casting merveilleux de cabotinage et sont élevées par une mise en scène qui réussit à nous tenir en haleine par la promesse d’un hors-champ en forme de pure jubilation catastrophique. Soit une leçon de cinéma, et un hommage à l’imagination du public, qui compense toutes les errances rythmiques d’un premier geste aussi courageux que kamikaze. 

 

Coupez ! : Affiche française

Résumé

Coupez ! aurait pu être opportuniste et mécanique, il s'avère généreux et atypique. Quand un remake piège son spectateur pour mieux lui rappeler combien le cinéma est un art de la catastrophe, un éclat de rire irrépressible.

Autre avis Alexandre Janowiak
Plutôt que réaliser un simple remake avec Coupez, Michel Hazanavicius s'amuse à transcender et ridiculiser le principe même de remake, raillant sa propre démarche en tant que cinéaste et ironisant sur un cinéma (notamment hollywoodien) toujours plus cupide et moins inspiré. Drôle, absurde et touchant.
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Lecteurs

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commentaires
Marc en RAGE
15/06/2022 à 19:28

@ Monty Python

Déjà un film Français qui fait du Zombies je me suis dit bon sa passe les 30 minutes le Live de ce film de Zombies sa passe limite et c'est après sa se gâté c'est l'envers du décor les coulisses d'y film c'est long presque ennuyeux. A la fin de COUPEZ on se dit OK ils sont arrivés à la fin de Nanar Zombies yesssss je me suis comme même marré.
Et juste pour cette réplique culte "
" Pourritures de zombies je vais tous vous ouvrir le cul "

Monthy Python
13/06/2022 à 11:35

Je suis parti au bout de la "seconde partie" après avoir supporté quasiment une heure de quelque chose qui n'a pas de nom. On me parle d'une troisième partie ou toute la merde précédente s'explique ? heu... désolé je n'ai pas pris le risque.

Monthy Python
13/06/2022 à 11:30

J'ai vraiment l'impression d'avoir été pris pour un c... avec ce film !
les répliques cultes?? Même dans Kamelott les répliques sont meiux c'est dire la nullité

Marc
31/05/2022 à 13:00

@ Flo

COUPEZ ! Est géniale totalement barré. OUI LE CINÉMA FRANÇAIS EST ENCORE CAPABLE DE NOUS SURPRENDRE.
Et juste pour cette réplique culte de Berénice Bejo
" POURRITURES DE ZOMBIES JE VAIS TOUS VOUS OUVRIR LE CUL "

Flo
24/05/2022 à 14:38

« Ça va trancher chérie !
– Mais non qu’est ce que tu f… Il faut dire « ça va couper chérie » ! Pas « ça va trancher ».
– Ah bon ?
– Bah oui t’étais où pendant le film toi ?
– Ah mais non parce que je fais ça à mi-temps moi ! Je suis pas un full time job ! » :-)

Les films de Michel Hazanavicius ont souvent cette particularité de toujours se mettre dans les pas d’autres cinéastes, pour mieux y apposer un point de vue divergent ou (Grand) détournant. Selon ce qu’on en retient, il s’est inspiré tour à tour de Altman, De Broca, Chaplin, Jaco Van Dormael et bien sûr Godard (après avoir échoué à faire du Douglas Sirk à un moment).
Ici, comment ne pas penser à Ed Wood… Les deux – le cinéaste et le film de Tim Burton.
Mais il prend suffisamment son temps pour y arriver.

Pour cela, il y a à nouveau un remake, d’un petit film japonais roublard – « Ne Coupez Pas ! ». Un bon exercice de film dans le film évidemment clair, et ici complétement respecté par Hazanavicius… Mais qui sonne différemment en langue française, avec plaisir.
Les films de Genre (et de Zombies surtout) étant très rares dans une France cartésienne, ceux-ci sont traités souvent par le biais de la moquerie un peu hautaine. Le premier degré devenant fade, et le second degré plutôt débile.
Les films français arrivant à jouer sur les deux tableaux étant des raretés savoureuses.

L’introduction de ce « Coupez ! » – notez l’inversion par rapport à l’original, et qui n’était pas prémédité – ne peut que faire penser au début du très cinéphile « La Cité de la Peur ». De Red (is Dead) à Z…
Mais une introduction qui serait étirée et tenterait de bénéficier d’effets de mise en scène très performatifs, avec des moments surréalistes et si incompréhensibles qu’ils pourraient passer pour volontaires… pour qui croit voir du sens partout.
Un segment qui, miracle du cinéma, arrive à exister individuellement en jouant sur son plan-séquence ininterrompu et sa petite mise en abîme.

Puis le film de monstres zombies « mute » en un… autre film de monstres, ordinaires. Qu’on n’aurait à priori Pas vraiment envie de voir, tellement il nous expliquera les incongruités du segment introductif, et nous montre des instants typiquement comico-dramatiques français, bien banals… Bref pas du tout avec la même énergie cinématographique, bien que étant toujours orné de gags sexuels et trash, ou de jeux de mots si foireux qu’ils en deviennent hilarants.
Et au bout d’un moment, quand on a digéré le fait d’être passé d’un film à un autre, l’énergie se relance plus nettement façon « Making-of romancé », conscient de son ascendance et de ses différences (créant alors une mise en abîme au cinquième degré)…
Et étant donc un film Sur le Cinéma, pour nous montrer encore une fois que… on fait aussi un métier de c*ns.
Où on doit cavaler comme un dingue d’un bout de plateau à un autre – très bonnes foulées de Romain Duris…
Où on se prend pour des Marion Cotillard, mais investie dans un rôle jusqu’à la psychopathie – Bérénice Bejo a enfin sa scène/réplique culte dont on se rappellera à sa mort…
Ben tiens puisqu’on parle de Cotillard, on y cite superficiellement Adam Driver, mais en faisant complétement l’inverse – à moins qu’on nous ait menti sur la sympathie légendaire de l’acteur ?
Et on a des égo qui débordent, des petites lâchetés et médiocrités, de l’amateurisme qui part en sucette etc etc…

Ça pourrait être un simple jeu de massacre très cynique… Mais il y trop de décalage pour ça, préférant l’ébahissement à la férocité. Car Hazanavicius est un spécialiste de l’humour basé sur la Gêne, où les personnages peuvent dire de grosses énormités, ou bien être abasourdis par ces énormités… et souvent même jouer les deux alternativement – « Fatih c’est ton métier ? »… « Pearl Harbor ?? ».
Un genre d’humour dont les français sont champions depuis Les Inconnus/Nuls jusqu’à Jean-Pascal Zadi (qui joue justement dans « Coupez ! ») en passant par Eric Judor, Fabrice Eboué, Blanche Gardin, Laurent Lafitte…
De géniaux sales gosses, blasphémateurs mais avec de vrais gentils derrière cet humour.
Et pour Hazanavicius, encore plus.

De sorte que, même s’il y glisse une petite histoire familiale un peu légère et attendue, le résultat reste surtout un grand hommage aux rêveurs et aux travailleurs anonymes, unis dans l’adversité. On y croit, avec une bonne naïveté, emporté par l’enthousiasme et la passion général de tous ces individus, essayant de dépasser leurs difficultés pour mener un boulot à bien.
Voilà, on en revient là à Ed Wood. Que le résultat du tournage zombiesque soit moche, joué faux et pas du tout maîtrisé importe moins que le fait que l’aventure en coulisses (la vraie, épique) déborde et se ressente tout de même à l’écran. Tout en étant à la fois universelle et spécifiquement très française – La Classe Française même.

C’est la grande réussite qu’à accompli cette équipe, et son auteur Michel Hazanavicius…
« Dont je précise que la bonne prononciation est… Kalavartismus ». ^_^

Marc
22/05/2022 à 13:25

Berénice Bejo

" Pourritures de zombies je vais tous vous ouvrir le cul "

Marc
22/05/2022 à 13:24

Rien que pour cette répliques
" Pourritures de zombies je vais tous vous ouvrir le cul " foncer voir COUPEZ ! Le film est totalement barré un film pour les dingues de Zombies du Cinéma on suis le tournage la galère de ce projet fou un LIVE de 30 minutes d'un film de Zombies . C'est un film pour ceux qui voudrait réaliser un court métrage mais quel plaisir coup de Chapeau à Romain Duris à Berenice Benoît et une apparition de Michel Hazanavicius.
Vive le Cinéma de ZOMBIES.

mcnahum
21/05/2022 à 10:05

Ça fait longtemps qu’un film ne m’avait pas autant plus … les 30 première minutes j’admire la technique de ce plan séquence de fous … puis je comprends tout après …
C’est drôle, bien fait , bien joué
Je recommande!

L'abbé tise
19/05/2022 à 12:00

@dejàdéçu des bandes annonces trop longues gâcheraient le film. Il est très bien, il faut aller le voir et ne pas sortir au bout de 20 minutes comme ce qu'a indiqué un autre commentaire indiqué plus bas.

@l'indien zarbi et bien la il cabotine et c'est parfait (et non il n'est pas mauvais même si dans les bandes annonce cela donne cette impression)

Tout ça pour dire : Allez voir ce film ce n'est pas ce que vous pensez !

adieu OSS
19/05/2022 à 11:15

à vous degouter des "viandards"!
plus que des fruits et des legumes, donc;

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