Visitors : critique du troisième type sur Warner TV

Déborah Lechner | 10 mai 2022 - MAJ : 10/05/2022 18:02
Déborah Lechner | 10 mai 2022 - MAJ : 10/05/2022 18:02

Après la conclusion d'Hero Corpqui s'amusait à parodier les super-héros, et son retour sur les planches pour jouer Le Discours de Fabcaro, Simon Astier est repassé derrière la caméra pour une production a priori plus ambitieuse. Le scénariste et réalisateur a changé de registre, mais pas forcément de ton pour signer la première création française originale de Warner TV retenue parmi plus d'une centaine de projets : la série de science-fiction VisitorsAttention : légers spoilers !

rétro-PÉDALage

Entre les séries OVNI(s) et Infiniti sur Canal+, Parallèles sur Disney+, Les Sept Vies de Léa sur Netflix ou encore le film Flashback sur Amazon Prime Video, une vague de productions françaises de genre déferle depuis plusieurs mois sur les plateformes de streaming. Les oeuvres fantastiques et de science-fiction ne faisant toujours pas légion en France, la nouvelle création de Simon Astier se présente donc comme le dernier ovni à recenser dans le catalogue sériel hexagonal. Et si la formule de Visitors s'avère moins originale qu'escomptée, elle n'en reste pas moins une balade pop-rétro amusante. 

Après Stranger Things qui a banalisé son filtre old school fantasmé, Visitors a opté à son tour pour un habillage rétro ultra-référencé à visée nostalgique. Avec une approche moins méta et philosophique qu'OVNI(s), les épisodes compilent des clins d'œil plus ou moins subtils aux classiques des années 80 et 90 qu'ils invoquent comme des totems et pastichent à des fins parodiques : E.T L'Extraterrestre de Steven Spileberg devient ainsi Fred L'Extraterrestre, tandis que Fox Mulder et Dana Scully de X-Files laissent place au duo saugrenu de Muller et Scolla.

L'intrigue reprend également les poncifs narratifs du genre, que ce soit avec la découverte nocturne du vaisseau spatial écrasé en forêt, les disparitions de civils qui n'inquiètent pas grand monde, les phénomènes inexplicables qui touchent la population ou les éternelles manigances de l'armée.

 

Visitors : photoLe retour des Boys Band

 

Heureusement, la série ne se contente pas d'empiler les hommages paresseux et les caricatures grotesques déjà rincées par Les Nuls, Kad et Olivier ou Le Palmashow (d'ailleurs présent au casting). Plus minutieuse qu'il n'y parait, Visitors prend le temps de soigner sa direction artistique et les morceaux de synthé de sa bande-son, peu tapageuse, mais qui facilite l'immersion sans dénoncer l'économie de moyens. Simon Astier fait également part d'un souci du détail louable, en particulier avec ses spots publicitaires à l'ancienne, les nombreux "easter eggs" disséminés à l'écran ou la reprise kitsch du logo de Warner TV pour l'ouverture de l'épisode se déroulant dans le passé. 

Pour compléter la panoplie de la série SF vintage, les épisodes privilégient également les prothèses et autres substances glaireuses aux effets numériques. En plus de se donner un cachet artisanal de bonne facture, la série pioche en même temps dans l'imagerie dégoulinante et visqueuse de La Mouche ou The Thing, tout en présentant des créatures repoussantes proches des facehuggers d'Alien pour parfaire le décalque cinéphile. Avec ces différents motifs, Simon Astier a donc confectionné un patchwork pop divertissant et parfois ludique, mais malheureusement pas toujours marquant ou pertinent. 

 

Visitors : photo, Simon AstierLa fougue dans les yeux

 

la guerre des mondes

L'écriture du cadet Astier est moins corrosive et élégante que celle de son aîné, mais Simon Astier manie l'humour absurde et inepte avec adresse. Sans tomber dans la suite de gags lourdauds et abrutissants, le scénariste a ciselé les dialogues, affûté les répliques et peaufiné son tempo comique, en plus de compter sur un casting adapté à ce registre plus lunaire. On remarque en particulier Tiphaine Daviot, redoutable dans son rôle d'épouse insupportable, Julie Bargeton, géniale en ex blasée et je-m'en-foutiste, ou Vincent Desagnat, presque trop à l'aise dans sa combi de geek à cran.

Cet humour pince-sans-rire qui frôle le surréalisme fait d'ailleurs écho à la trilogie Cornetto d'Edgar Wright (auquel le premier épisode fait brièvement allusion). Visitors a emprunté le cadre de Hot Fuzz avec un autre flic désabusé et des collègues décérébrés et peu accueillants dans une petite ville paumée, la dynamique du groupe de vieux potes usés par la vie et l'invasion extraterrestre façon Le Dernier Pub avant la fin du monde, ainsi que la crise sans précédent gérée avec autant de gravité que dans Shaun of the Dead. Les événements se déroulent quant à eux à Pointe-Claire, une commune fictive franco-américaine qu'on croirait sortie du fin fond du Kentucky, notamment pour l'accoutrement et les véhicules de la police locale. 

 

Visitors : photoEntre FBI : Portés disparus et Capitaine Marleau 

 

Avec son format court de sitcom et seulement huit épisodes au compteur, la série évite de s'enliser dans son humour potache tout en se permettant d'enchaîner les événements sans temps mort, bien que le récit manque encore un peu d'euphorie et d'énergie pour être vraiment prenant. Mais le début de l'histoire refuse de se prendre au sérieux, le sixième épisode marque une rupture de ton bienvenue et assez surprenante. Les mouvements de caméra sont moins propres et sages, les cadres se déstructurent, le montage s'emballe et la narration brise sa linéarité pour provoquer de la confusion et une atmosphère paranoïaque et psychotique que les premiers épisodes ne laissaient pas présager. 

Malgré plusieurs retournements de situations convenus, voire attendus, la mi-saison est surtout l'occasion de dévoiler les véritables enjeux de l'histoire, de dépasser les caricatures des personnages, mais aussi de construire une vraie mythologie galactique (et pas seulement pour la blague). La saison 2, si elle est commandée, promet ainsi de pousser le délire apocalyptique encore plus loin et de trouver l'équilibre entre humour bas du front et épopée cosmique. Cette première fournée sert donc davantage à prendre la température avant que Simon Astier ne passe aux choses sérieuses. 

Trois épisodes de la série Visitors chaque mardi soir sur Warner TV à partir du 10 mai 2022

 

Visitors : photo

Résumé

La série Visitors souffre d'un démarrage timide avant de dévoiler l'ampleur et les ambitions de son scénario, composé comme une énième lettre d'amour au cinéma de genre du siècle dernier.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
commentaires
gabbagabba
11/05/2022 à 20:28

On sent le jeu d'acteur hyper diversifié juste avec les photos.

Floser
11/05/2022 à 09:20

Hero corp souffrait des mêmes problèmes dans sa première saison et a vraiment decollée ensuite.
On lui souhaite d'être prolongée car comme ça Simon Astier pourra lacher la bride et vraiment nous montrer ce qu'il peut faire avec un scénario pareil

Olvers974
10/05/2022 à 23:15

Je viens de regarder le premier épisode ...
Ce n'est franchement pas terrible, alors il y a du beau monde, comme du pistonné.
Il y a tout de même pas mal d'artistes de la comédie en France qui doivent boudés de ne pas avoir un seul casting, non pas par manque de talent, mais surtout par manque de visibilité ! Les youtubeurs prennent place. Malheureusement, quand ils sont au cinéma, cela ne marche pas.
Dans les séries TV maintenant ... et bien allons-y, ça ne marchera pas plus.
Et Simon Astier qui collabore avec le Studio Bagel ( Canal + ), et bien voilà ce que ça donne.
C'est du vu et revu ... rien d'original dans l'humour, ce sont des blagues qu'on a déjà entendu. C'est vraiment mauvais, mais ça ne reste que mon avis ;)

Je postule
10/05/2022 à 21:46

Embauchés Embauchés !!!

Kimfist
10/05/2022 à 21:21

@Alexandre Janowiak - Rédaction

Super, merci ^^

Je ne vous ferai pas l'affront de vous dire que j'habite au Canada français pour avoir vu Tokyo Vice...

Impatient de vous lire sur ces série en tout cas

Alexandre Janowiak - Rédaction
10/05/2022 à 19:41

@Kimfist

Shining Girls est prévue, mais avec les rushs cannois notamment (de mon côté), je n'ai pas encore eu le temps de m'atteler à l'écriture de la critique.

Concernant We Own This City, notre critique est en ligne depuis plus d'une semaine : https://www.ecranlarge.com/saisons/critique/1428911-we-own-this-city-critique-qui-cogne-salement-sur-ocs

Pour Tokyo Vice, la série n'est toujours pas disponible légalement en France. Nous ne ferons donc pas de critique avant sa diffusion sur Canal+ (qui ne devrait pas tarder).

Enfin, pour Outer Range, on est sur le coup (mais encore une fois, difficile de tout couvrir et on espère trouver le temps d'en dire quelques mots). Pour répondre, globalement à votre question, on fait en fonction des attentes des lecteurs, de notre temps et de nos envies aussi.

Par exemple, les séries Marvel, Star Wars... sont très attendues, tout comme les séries type Game of Thrones ou Westworld, et on sait que ce sont des séries qui mènent à des débats/discussions nombreuses après chaque épisode, d'où notre tendance à les suivre épisode par épisode (en plus d'en faire un papier bilan en fin de saison). Et si, la série n'intéresse pas tant que ça dans nos stats après coup (ou en cours), on change notre manière de l'aborder, car mine de rien, avec notre équipe resserrée, suivre une série épisode par épisode, cela peut être long et/ou fastidieux (bref, ça demande un investissement qu'il faut rentabiliser).

Les vagues d'épisodes sont souvent des impératifs par rapport aux épisodes que nous ont envoyés les studios/chaînes/plateformes en amont de la diffusion. On reçoit souvent plusieurs épisodes, mais pas forcément l'ensemble d'une saison. Dans ce cas là, si on sent que l'on n’aura pas le temps de faire une critique (actualité chargée, manque de mains...) en fin de diffusion, on écrit des papiers sur la salve d'épisodes qu'on a pu voir (surtout si on a aimé). Ou alors, ce sont des séries qu'on estime plus intéressantes à traiter avec d'un angle particulier plutôt que dans une critique bilan.

Après, globalement, la majorité des séries qu'on traite restent sujettes à des critiques de saison entière, notamment celles Netflix (puisque tous les épisodes sont dispos d'un coup, donc ça n'aurait que peu de sens de traiter seulement le début/la moitié à l'heure du binge watch). Et surtout, car c'est la meilleure manière/la plus complète d'aborder une saison, puisqu'on connaît l'ensemble des tenants et aboutissants de leur récit.

En tout cas, une chose est sûre, si une série est peu aimée par le rédacteur qui en est chargé et que la série intéresse peu les lecteurs, on finira sans doute par la lâcher. En revanche, si une série est adorée par un rédacteur (même si elle a peu d'écho chez les lecteurs), on essaiera toujours de se trouver un temps pour écrire dessus.

En espérant avoir éclairci sur certains points, même si tout notre système éditorial est bien évidemment plus complexe que ces quelques paragraphes.

Bonne soirée,

Kimfist
10/05/2022 à 18:44

Ok pour les amateurs, ça à l'air pas mal c'est vrai ;)

Mais à quand la critique de Outer Range qui vient de prendre fin ^^ ?

Y a pas mal de série triple A qui mériteraient plus de visibilité en ce moment (Tokyo Vice, Shining Girl, we own this city...)

Comment choisissez-vous les séries qui seront critiqué par épisode, vague d'épisode, ou par saison ?

C'est pas une critique que je vous fait hein, Mais Tokyo Vice bon sang WAOUH !!!

Je trépigne à l'idée d'avoir votre avis tout simplement ^^

(Je ne trépignait pas pour Moonknight par exemple, même si j'ai lu toutes vos critiques a ce sujet)

votre commentaire