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We Own This City : critique qui cogne salement sur OCS

Par arnold-petit
26 avril 2022
MAJ : 5 juin 2022

Vingt ans après avoir bouleversé le paysage audiovisuel avec The Wire (ou Sur écoute sous son titre français), David Simon, Ed Burns et George Pelecanos retournent à Baltimore avec Reinaldo Marcus Green (La Méthode Williams) derrière la caméra pour s’attaquer à la police américaine en adaptant le récit d’une des plus sales affaires de corruption policière dans We Own This City, dès le 26 avril sur OCS.

We Own This City : photo

ACAB

We Own This City et The Wire sont inévitablement liées, et pas seulement parce qu’elles ont été créées, écrites et produites par les mêmes équipes, qu’elles se déroulent à Baltimore, qu’elles suivent des officiers de police dans leur lutte contre le crime et leurs dérives et qu’elles sont deux excellentes séries, complémentaires l’une de l’autre.

Avant de devenir un des plus grands showrunners de ces deux dernières décennies, David Simon était le reporter chargé des affaires criminelles au Baltimore Sun. Ce qu’il a observé et vécu durant cette période lui a servi ensuite pour écrire sa série culte qualifiée de tous les superlatifs. Son poste au journal a été repris plus tard par Justin Fenton, qui a appris en même temps que tout le monde, en 2017, que sept officiers d’une unité d’élite de la police de Baltimore étaient arrêtés pour des faits de corruption, de trafic de drogues, de fraude et de racket en bande organisée.

 

We Own This City : photoUn des meilleurs rôles de la carrière de Jon Bernthal (avant le prochain)

 

De ce scandale, qui a un peu plus jeté l’opprobre sur les autorités locales et l’image de la police aux États-Unis deux ans après la mort de Freddie Grey lors de son arrestation, le journaliste a écrit un livre détaillé sur la naissance et la chute de cette brigade d’agents en civils se comportant comme une organisation criminelle, La ville nous appartient, adapté à l’écran sur HBO par les mêmes créateurs de The Wire.

En revanche, même si elles partagent des séquences où des représentants de la loi écoutent des enregistrements, de nombreux acteurs comme Darrell Britt-Gibson, Jamie Hector, Domenick Lombardozzi ou Delaney Williams et encore tout un tas d’autres points communs, il n’y a aucune raison de comparer les deux séries. Déjà, parce que Wayne Jenkins et les agents en civils de la Gun Trace Task Force derrière cette affaire de corruption policière se rapprochent plus de Vic Mackey et de sa Strike Team que de Jimmy McNulty et Lester Freamon, mais surtout parce que David Simon, Ed Burns et George Pelecanos n’ont plus les mêmes ambitions qu’à l’époque.

Alors qu’ils dénonçaient l’inertie d’institutions trop occupées à se protéger, mais montraient qu’il restait encore une lueur d’espoir, ils dressent désormais un bilan triste et amer dans cette mini-série qui s’apparente à un épilogue en six épisodes de The Wire. Comme le dit l’affiche : rien n’a changé, et c’est même pire qu’avant.

 

We Own This City : photoDagmara Dominczyk, malheureusement sous-exploitée, comme tous les gentils flics (de la série)

This IS America

Qu’ils soient dans son immersion policière, criminelle et politique au sein de Baltimore, son exploration culturelle et sociale des décombres de l’ouragan Katrina, son récit désespéré d’un élu contre une structure rouillée ou sa fresque sociale en pleine révolution pornographique dans le New York des années 70, les personnages tragiques et fascinants de David Simon forment un ensemble permettant de mettre en lumière les défaillances systémiques et institutionnelles aux États-Unis. Des gens qui se retrouvent broyés par l’engrenage d’une machine imparfaite et injuste ou qui en deviennent les rouages, parfois malgré eux.

Si le scénario de la mini-série interroge sur les violences policières et leur impact auprès des communautés afro-américaines, la mort de Freddie Grey en avril 2015 et les émeutes qui ont suivi (reproduites en partie) formant un point de bascule historique et narratif, We Own This City n’a pas vocation à être une simple critique ou un récit à charge contre la police américaine.

 

We Own This City : photoDans la jungle urbaine, les uniformes font la loi

 

À travers l’histoire de Wayne Jenkins et de sa brigade de choc, qui ont multiplié mensonges, bavures et crimes en toute impunité grâce à leur efficacité et leur influence, le scénario décrit un vaste système de malversations et de dysfonctionnements qui gangrène la police et toutes les strates de la hiérarchie. Des dirigeants avec leur politique de chiffre et de tolérance zéro pour lutter contre la hausse de la criminalité en passant par les délégués et les préfets aveugles ou complices jusqu’aux flics qui se laissent corrompre et qui abusent de leur pouvoir.

Avec autant de rigueur et de réalisme que dans leurs précédentes oeuvres, David Simon, Ed Burns et George Pelecanos entremêlent les destins, les temporalités et les intrigues pour analyser une société en perdition, à laquelle ils tendent un miroir qui semble trop fêlé pour être réparé. Un sentiment qui se ressent dans les accès de violence, les instants sous tension et tout au long de la saison. Dans une scène de constitution d’un juré où plusieurs personnes sont récusées en raison de leurs précédents avec la police ou lors d’une prise de conscience tardive quand il faut se regarder en face dans les toilettes d’un commissariat.

 

We Own This City : photoFlics et voyous

Thin Blue Line

Pour autant, We Own This City a aussi ses limites et ses défauts. Les sauts dans le temps sont nombreux, et même si la réalisation tente de situer le spectateur chronologiquement en se servant des rapports d’activités datés de Jenkins comme transitions et de la pilosité faciale de Jon Bernthal, la narration finit par être assez confuse à mesure que les flashbacks et confessions se succèdent (ce que la diffusion épisode par épisode ne va pas arranger).

Pour la réalisation, le trio créatif derrière The Wire a fait appel à Reinaldo Marcus Green, dont le premier long-métrage, Monsters and Men, s’articulait autour de ce que décidaient de faire trois habitants d’un quartier de Brooklyn après le meurtre d’un Afro-Américain par un policier blanc. Le cinéaste qui a acquis une notoriété avec la nomination de La Méthode Williams aux Oscars filme les interrogatoires et le déroulé des événements avec un soin particulier, essayant d’insuffler de la nervosité et un réalisme cru avec sa caméra. Toutefois, la mise en scène et le montage manquent d’identité, de parti-pris et de dynamisme lors des scènes d’action et des passages les plus tendus.

 

We Own This City : Photo Jon BernthalUn lundi comme un autre

 

Entre les différents flics, criminels et agents fédéraux que suit la série, Wunmi Mosaku interprète une avocate idéaliste du bureau des droits civils qui cherche à comprendre les agissements de la police de Baltimore tandis qu’elle propose un décret afin de la réformer en profondeur.

Cependant, si elle s’efforce de faire illusion avec une histoire de frère perdu de vue, son personnage sert surtout à en rencontrer d’autres pour qu’ils apportent de nouvelles anecdotes ou surexplicitent les intentions du scénario. Un ancien policier devenu professeur qui donne une leçon sur la « guerre contre la drogue » est bien campé par Treat Williams, le flic ripou du Prince de New York de Sidney Lumet (dont We Own This City pourrait être considérée comme une version contemporaine), mais ces scènes répétées de dialogues d’exposition donnent l’impression que les scénaristes étaient plus préoccupés à développer leur propos que leurs personnages ou leur caractérisation.

 

We Own This City : photoPère Castor, raconte-nous une histoire

 

Certains, comme les agents McDougall et Kilpatrick de la DEA (David Corenswet et Larry Mitchell) disparaissent même au bout de quelques épisodes pendant que le scénario continue de se concentrer sur les méfaits, établis depuis déjà longtemps, de Jenkins et son équipe. Des redondances qui participent à créer cette sensation de frustration et de répétition au coeur même du récit, mais qui finissent par ressembler à une liste de chefs d’accusation permettant d’étayer les arguments qu’il présente. 

Néanmoins, même si elle n’est pas aussi riche ou profonde que ce qu’elle aurait pu être, We Own This City reste une série dense et frappante pour seulement six épisodes, qui est portée par un casting impeccable, à tous les niveaux, des personnages principaux jusqu’aux plus petits rôles secondaires. Cette nouvelle création de David Simon, Ed Burns et George Pelecanos propose un exercice d’auto-critique conscient accompagné d’une réflexion autour de la notion même de police à une époque où ses bavures sont sur tous les écrans, d’un côté comme l’autre de l’Atlantique. Et le résultat est aussi terrible que passionnant.

We Own This City débute le 26 avril sur OCS avec un épisode diffusé chaque mardi en US+24

 

We Own This City : Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

We Own This City ne pouvait pas être aussi riche et peaufinée que The Wire en seulement six épisodes, mais la mini-série de David Simon, Ed Burns et George Pelecanos explore avec brio les dérives de l'institution policière pour livrer un portrait cynique, brutal et désabusé d'un système brisé et d'une Amérique au bord de l'implosion.

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Tnecniv

@Las vegan, à oui les sauts temporel … ça aussi c’est bien foireux .

Tnecniv

Déçu pour ma part, je viens de finir de la regarder et je ne comprends pas l’intérêt après The wire, que ça ne fasse que 6 épisodes ok, mais j’ai trouvé ça tellement expéditif… Particulièrement sur le dernier épisode, c’est sous-exploité, tant au niveau de l’histoire que de certains personnages, John Bernthal cabotine comme pas permis, ce qui le rend particulièrement insupportable, son jeu est surfait. Pour moi The wire se suffisait dans le registre, elle faisait fait tout en mieux, et de loin … Puis j’ai quand même souvent eu l’impression de voir un copier coller à chaques scènes de saisies, et pour finir, toutes les nuances que l’on pouvait retrouver dans les personnages de The wire en se disant qu’ils n’étaient ni bons ni mauvais, sont complètement absentes dans We own this city, vraiment je ne comprend pas l’intérêt .

Las Vegan

Difficile à suivre si on est pas au fait de la situation judiciaire et sociales de Baltimore.. j’ai rien compris avec les sauts temporel impromptu, qui reviennent sur une autre Timeline sans repréciser les dates : par exemple, l’épisode commence sur une scène en 2017, puis on vous indique qu’on passe en 2015, et ensuite en 2003… Après on revient sur l’action en 2015 mais rien ne l’indique…

Par contre le sexe à pile de John Bertal dépasse l’entendement avec sa coupe militaires et sa matraque qu’il fait valdinguer !! Je le laisse me « punisher »quand il veut sinon ^^

Alxs

Vus les 2 premiers épisodes et je retrouve avec plaisir ce faux rythme, la complexité, le réalisme de The Wire. La team Pelecanos / SImon /Burns écrase la concurrence. Et je suis déjà frustré que ça ne dure que 6 épisodes et que ce ne soit pas une série fleuve!

Boddicker

Perso, je trouve mauvais, mal joué et je n’ai pas réussi à faire abstraction du catastrophique boulot sur la pilosité de Bernthal, la barbe en poil de cul collés sur le menton ça passe pas pour moi…

Dick Laurent

Vu hier soir…on ne peut pas juger sur un épisode mais c’est vrai que Jimmy McNulty semble loin….

Flash

Et merde, je n’ai pas OCS !